Essai/Etats-unis 17 octobre Joni Seager

Elles représentent la moitié du globe et pourtant, les femmes ont bien souvent été écartées de l'Histoire, de l'art comme du domaine sociopolitique. Leur position est à l'image du statut qu'on leur octroie depuis la nuit des temps. Des choses ont changé, mais leurs conditions actuelles méritaient d'être étudiées de près. C'est la mission concrète que s'est donnée l'Américaine, Joni Seager avec son Atlas des femmes. Conseillère aux Nations Unies, elle est d'abord géographe et experte en géopolitique. A ses yeux, « ceci est plus qu'un atlas qui parle des femmes. C'est un atlas féministe ». L'objectif de cet ouvrage engagé : offrir une photographie mondiale de leur réalité au sein de la famille, du couple, du monde du travail ; ou en matière de reproduction, de santé, d'éducation et connectivité, de politiques du corps ou de pouvoir. Leur quotidien étant bien spécifique, ces thèmes précis donnent envie d'aller au-delà des chiffres. Les grands responsables : les Etats et le règne du patriarcat. Il enferme les femmes dans des clichés discriminatoires, auxquels elles ont du mal à échapper. Elles ont été assignées à une certaine place qu'elles doivent respecter, même si elles se battent pour s'imposer. Comme le souligne Margaret Atwood, « Les hommes ont peur que les femmes se moquent d'eux. Les femmes ont peur que les hommes les tuent. » Les crimes d'honneur ou les coups restent pour beaucoup impunis. Plusieurs pays se lancent néanmoins dans des campagnes de sensibilisation de la violence, tel le Liban montrant une robe de mariée striée, réalisée à partir de bandages. Mais saviez-vous que le mariage des mineurs est légal aux États-Unis ? Il s'agit d'encadrer des grossesses avant l'âge de 18 ans, or comment justifier des noces à l'âge de10 ans ?

Dénonçant les inégalités hommes/femmes l'ouvrage analyse également l'impact des crises ou des guerres sur leur condition. Il montre aussi à quel point leurs conditions sanitaires restent précaires. Seule 27 % de la population mondiale a droit à des WC. Le cancer du sein apparaît plus souvent en Europe et en Amérique du Nord, mais plus de noires y succombent. Si l'effet MeToo se mesure déjà légèrement, le corps féminin reste particulièrement vulnérable, y compris aux sirènes cosmétiques qui représentent un budget grandissant. L'éducation demeure prioritaire, or deux tiers des analphabètes sont des femmes. Dans le monde occidental, elles se révèlent majoritaires à l'université. Mais le contrat n'est valable que dans les milieux favorisés. Le déséquilibre est encore plus criant au travail. En France, on ne trouve que 37 % de femmes dans les administrations de grandes entreprises (16 % aux Etats-Unis), mais Uber promet la création de 100 000 emplois féminins.

Cet atlas original éveille la curiosité. Très inventif, riche et ludique, il possède un habillage clair et vivant (cartes colorées, informations concises), et propose des anecdotes éclairantes, apparaissant sous le label « #jedisçajedisrien ». La Nobel de la Paix, Leymah Gbowee, considère que « ce livre unique sort les femmes de l'ombre. Chaque page dénonce les injustices qui leur sont faites et pointe l'ampleur du travail encore à accomplir. »

Joni Seager
Atlas des femmes
Robert Laffont
Tirage: 9 000 ex.
Prix: 22 euros ; 208 p.
ISBN: 9782221242971

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