Social

Grève nationale: Les bibliothèques au jour le jour

La CGT BNF défilait ce 17 décembre dans Paris

Grève nationale: Les bibliothèques au jour le jour

Fermetures ou horaires réduits, fréquentation en baisse, le mouvement national de grève entamé le 5 décembre perturbe de manière significative le fonctionnement des bibliothèques, qui s’organisent au fur et à mesure pour maintenir leurs services aux usagers.
 

J’achète l’article 1.50 €

Par Véronique Heurtematte,
Créé le 17.12.2019 à 17h19,
Mis à jour le 17.12.2019 à 18h00

Mardi 17 décembre, treizième jour de la mobilisation nationale et interprofessionnelle contre le projet de réforme des retraites, et alors que des manifestations étaient organisées partout en France à l’appel des syndicats, plus de la moitié des bibliothèques municipales de Paris ont gardé portes closes.

Depuis le début de la grève, les bibliothèques ont cependant pu ouvrir tous les jours, indique la Direction des affaires culturelles de la Ville de Paris, y compris les dimanches pour celles qui proposent l’ouverture dominicale. Elles ont pour cela adopté des horaires réduits, fermant pour la plupart à 17 heures au lieu de 18 heures ou 19 heures habituellement selon les jours. Le mouvement de grève est assez fortement suivi chez les agents des bibliothèques la ville de Paris, le taux de grévistes atteignant jusqu’à 30 % lors des journées de forte mobilisation. Pour les salariés ayant des difficultés à se rendre dans leur établissement faute de transport, la Ville de Paris a mis en place un dispositif de sites de repli qui leur permet d’aller travailler dans une des bibliothèques situées à proximité des portes de Paris.

Fréquentation en baisse

Sans surprise, la fréquentation du réseau a chuté. Les prêts de documents enregistrent également une baisse, - 10 % par rapport à la première quinzaine de décembre 2018, mais sans s’effondrer, les usagers étant nombreux à prolonger la date d’emprunt de leurs ouvrages via leur compte en ligne.  La date de retour de tous les emprunts effectués en ce moment est repoussée automatiquement au 11 janvier, tandis que nombre de livres numériques empruntable est passé de 4 à 5 par usager. "Nous essayons de maintenir l’offre de service aux usagers", explique-t-on la direction des affaires culturelles de Paris.

La Bibliothèque nationale de France (BNF), où les personnels se sont également mobilisés dès le début du mouvement et particulièrement les 5 et 6 décembre, a réussi à ouvrir tous les jours, à quelques exceptions près. Mais là aussi les horaires sont réduits le matin et le soir sur le site de Tolbiac, de même qu’à Richelieu et à la Bibliothèque de l’Arsenal, pour s’adapter aux effectifs réduits et pour permettre aux agents présents de pouvoir regagner leur domicile. Certains départements restent par ailleurs ponctuellement fermés certains jours. La fréquentation de la bibliothèque est en baisse de 25 à 30 % par rapport à d’habitude et l’exposition Tolkien, sur le site de Tolbiac, qui se taillait un gros succès depuis son ouverture le 22 octobre, voit une chute du nombre de visiteurs d’environ 25 %.

"Notre chance est que le site de Tolbiac et celui de Richelieu sont desservis par les lignes de métro 1 et 14 qui fonctionnent normalement car elles sont automatisées, indique Patrick Belaubre, directeur de la communication de la BNF. "La fréquentation est réduite mais ce n'est pas désert".

La Bibliothèque publique d’information (BPI), où environ un cinquième des quelque 200 salariés sont grévistes, a, quant à elle, dû fermer à plusieurs reprises depuis le début du mouvement, faute d’effectifs suffisants ou parce que le centre Pompidou, où la bibliothèque est installée, a pris la décision de fermer. La BPI est ainsi restée fermée les premiers jours de la grève, du 5 au 8 décembre, puis à nouveau du 11 au 15. Lundi 9 décembre, l’établissement a enregistré 3300 visiteurs, contre 5000 habituellement. La BPI doit annuler toutes ses actions culturelles se déroulant dans le centre Pompidou et programmées après 17 heures.

La BU de Paris 8 coupée de Paris

Aux portes de Paris, mais coupée de la capitale - la ligne 13 du métro qui la dessert étant totalement fermée -, la Bibliothèque de l’Université Paris 8 Vincennes Saint-Denis est restée fermée les trois premiers jours de la grève, comme l’ensemble de l’établissement, puis à nouveau lundi 9 et mardi 10 décembre. "Nous avons en ce moment 600 à 700 personnes par jour alors qu’on enregistre jusqu’à 3000 passages quotidiens en temps normal", détaille Iegor Groudiev, directeur de la Bibliothèque universitaire de Paris 8.

Conformément à la tradition contestataire de cette université, la grève est très suivie par les étudiants, les enseignants et le personnel administratif. Comme dans les autres bibliothèques contactées, un pointage des personnels présents est effectué chaque jour et détermine l’activité. "Nous avions prévu de nombreuses animations pour Noël, que nous devons annuler au fur et à mesure", constate le directeur. Comme l’ensemble de l’université, la BU est restée fermée mardi 17 décembre.

A Toulouse, le réseau de lecture publique a été quasiment entièrement fermé jeudi 5 décembre, lors de la première manifestation, les personnels des bibliothèques de Toulouse étant traditionnellement fortement mobilisés. Mardi 17 décembre, seule la médiathèque José Cabanis est restée fermée.

Espaces de coworking

Le réseau des bibliothèques de la communauté d’agglomération Val d’Yerres Val de Seine, dans l’Essonne, à une cinquantaine de kilomètres au sud-est de Paris, a, quant à elle, réagi à la situation actuelle en proposant à ses usagers d’utiliser les 11 bibliothèques du réseau comme espaces de coworking. Les bibliothèques ouvrent leurs portes à la demande, en dehors de leurs horaires d’ouverture habituels, aux utilisateurs qui en font la requête. L’initiative, prise par les élus de Val d’Yerres Val de Seine et qui concerne aussi d’autres espaces publics tels que les centres sociaux et les maisons de l’emploi, n’a pas vraiment trouvé son public, en raison, peut-être d’un déficit de communication. Pour Christine Andrieu, directrice du réseau de lecture publique, ce type d’offre correspond néanmoins à ce que doivent offrir les bibliothèques aujourd’hui. "Indépendamment du contexte de grève, le télétravail est un usage qui se développe, souligne la directrice. Nous devons réfléchir à l’aménagement de nos espaces pour répondre à cette demande".
 





Commentaires (0)

Espace réservé aux abonnés

Livres Hebdo a besoin de votre voix. Nous apprécions vos commentaires sur le sujet, vos critiques et votre expertise. Les commentaires sont modérés pour la courtoisie.

Connectez-vous Pas encore abonné ? Abonnez-vous

On vous
RECOMMANDE

Les dernières
actualités