Alors que l’intelligence artificielle bouleverse le monde de la création et suscite de nombreux débats, son développement constitue également un enjeu pour le ministère de la Culture : comment structurer les usages de cette technologie et accompagner les établissements culturels ?
C'est dans le prolongement de cette interrogation que la Cour des comptes a publié, ce jeudi 24 septembre, un audit flash consacré à l’utilisation de l’intelligence artificielle par le ministère. Le rapport souligne une volonté de structurer les usages de l’IA, mais pointe également de fortes disparités entre les établissements ainsi qu’un manque de coordination.
Des initiatives florissantes, mais des moyens inégaux selon les établissements
Le ministère a lancé plusieurs actions pour accompagner le développement de l’IA : une stratégie publiée en 2025, une charte interne, des formations, des expérimentations et une équipe chargée de coordonner les différents projets. D'après la Cour des comptes, cette stratégie reste encore trop générale. Les 62 actions recensées donnent surtout une vision des projets existants, sans véritable hiérarchie des priorités, calendrier précis ni budget clairement défini.
Sur le terrain, les écarts sont importants. La Bibliothèque nationale de France, l’INA ou encore l’audiovisuel public disposent déjà d’outils et de moyens conséquents. La BnF prévoit ainsi 7,65 millions d’euros sur trois ans, dont 2,2 millions issus de France 2030, tandis que l’INA a consacré 5,45 millions d’euros à l’IA en 2025. Radio France dispose de 2,6 millions d’euros notifiés pour 2026 et France Télévisions consacre 500 000 euros par an aux développements et à la maintenance externe. Du côté du CNL, aucun budget spécifique n’est consacré à l’IA, même si l’établissement participe à des groupes de travail sur le sujet et a accueilli 15 stagiaires dans le cadre du cycle proposé par le ministère en 2025.
D’autres établissements, en revanche, « se situent encore dans une phase exploratoire, faute de moyens humains, techniques ou budgétaires suffisants », souligne le rapport. La Cour note pourtant que les établissements rencontrent des besoins similaires. Ils souhaitent notamment disposer d’un « cadre commun d’utilisation des outils d’intelligence artificielle, garantissant notamment la sécurité et la confidentialité des données, la souveraineté technologique, la traçabilité des traitements et la réversibilité des solutions ». L’IA pourrait également être utilisée pour mieux indexer les collections, faciliter l’accès aux contenus, automatiser certaines tâches ou développer de nouveaux services pour les publics.
La nécessité de financements durables
Autre difficulté particulièrement soulignée par l’audit : le financement. Plusieurs dispositifs publics ont soutenu des projets numériques, mais les aides restent principalement ponctuelles. Entre 2023 et 2025, 49 projets ont ainsi bénéficié de 2,6 millions d’euros du fonds de transformation numérique et de cybersécurité.
L’appel à projets « Transition numérique de la culture et appropriation de l’IA » de France 2030 constitue le principal instrument financier d’ampleur. Toutefois, le montant qui lui est spécifiquement alloué n’est pas public et les premières vagues de projets n’ont pas encore fait l’objet d’une évaluation de leurs effets.
Au terme de son audit, la Cour des comptes estime donc que le ministère doit désormais franchir une nouvelle étape : mieux coordonner les initiatives, définir des priorités, mutualiser davantage les outils et inscrire les financements dans la durée.
