Interforum crée l’impression à la commande | Livres Hebdo

Par Pierre Georges, le 30.06.2017 (mis à jour le 30.06.2017 à 11h43) Distribution

Interforum crée l’impression à la commande

Temps total de la fabrication du livre : quelques secondes, de jour comme de nuit. - Photo PHOTO SYLVAIN LEURENT

Grâce à un partenariat noué avec la société américaine Epac, la filiale logistique d’Editis entend industrialiser l’impression court tirage. Elle vise les 10 millions de livres fabriqués à la demande par an et, en reliant ce système d’impression numérique dernier cri à son service de distribution, à faire entrer le processus de fabrication des livres dans une nouvelle ère.

Une révolution qui préfigure l’impression et le livre de demain." C’est ainsi que Eric Levy, P-DG d’Interforum, et Jean-Paul Alic, directeur général adjoint, qualifient Copernics, nouveau système d’impression à la demande baptisé le mercredi 28 juin en présence de tous les partenaires de l’entreprise. Comme la révolution copernicienne, qui a placé le soleil au centre de l’Univers, le projet "entend remettre le lecteur au centre de la chaîne du livre".

Après des mois de travaux, c’est à Malesherbes (Loiret), où la filiale logistique du groupe Editis étend déjà les 70 000 m2 de son centre de distribution, que le nouveau partenaire d’Interforum, la société américaine Epac, a installé son service d’impression numérique futuriste. "D’un côté, Epac investit pour la première fois en Europe, de l’autre nous avons envers eux un engagement de volume", détaille Eric Levy, précisant que Copernics imprimera exclusivement à la demande pour les éditeurs d’Editis (100 000 références).

Entre machines high-tech et bras robotisés ultra rapides, difficile de ne pas être impressionné par l’imprimerie à la demande, fraîchement mise en fonctionnement, que Livres Hebdo a pu visiter quelques jours avant son inauguration officielle.

Dans un ancien hall de stockage, trois presses numériques (une quatrième viendra s’ajouter pendant l’été), deux imprimantes pour les couvertures, trois lignes d’assemblage ainsi que les deux lignes de finition s’activent. Deux robots, baptisés Stanley et se présentant sous la forme d’immenses armoires électriques de plusieurs dizaines de mètres, viennent compléter l’armada technologique d’Epac. "Le tout est complètement flexible, comme un jeu de Lego", résume Nicolas Gonçalves, directeur supply chain et fabrication chez Editis, et l’un des initiateurs du projet Copernics. "Plus on ajoute de la mécanique, plus on augmente notre capacité de production."

D’abord, les pages sont imprimées par les presses numériques, "sorte de grosse imprimante de bureau mais avec des têtes d’impression de plus d’un mètre", explique Stéphane Schwartz, nouveau responsable de la production d’Epac, qui se dit "extrêmement fier" de sa nouvelle artillerie numérique. Ensuite, les cahiers passent par un ensemble de robots : pliage, massicot, collage. Enfin, la couverture est produite, puis assemblée.

Le secret de fabrication d’Epac : un QR code imprimé sur la première page, dans lequel chaque robot va puiser les informations qui lui sont nécessaires. Temps total de la fabrication du livre : quelques secondes, de jour comme de nuit. "On ne cloisonne plus les tâches, le livre est imprimé de manière continue, douce et sans accroche", s’enthousiasme Stéphane Schwartz. "Techniquement, nous sommes à la pointe, ajoute-t-il. Malesherbes est un site pilote destiné à préfigurer ce que sera le livre plus tard."

Copernics en chiffres

2 heures entre la commande et la mise en carton du livre

Rentable dès 1 exemplaire imprimé, et jusqu’à environ 3 000

Jusqu’à 20 000 exemplaires différents par jour

Objectif de 1 million d’exemplaires imprimés en 2017, 10 millions par an à terme

Une fabrication connectée à la distribution

Mais si l’installation de Malesherbes a déjà été rodée par Epac dans trois usines aux Etats-Unis et au Mexique, la véritable nouveauté, d’après les dirigeants d’Interforum, ne se trouve pas là. "La vraie première mondiale, c’est la connexion de l’impression de livres aux services logistiques et distribution. Là c’est une révolution", explique Jean-Paul Alic. "On associe l’impression à la demande et la préparation de commande. En fait, on a inventé l’impression à la commande", se félicite Nicolas Gonçalves.

Pour ce faire, les deux sociétés ont relié leurs bâtiments respectifs par une passerelle de 70 mètres dans laquelle les livres imprimés numériquement arrivent, via un tapis roulant, jusqu’à une salle de préparation des colis équipée de machines du dernier cri. "Entre la commande client et le moment où le livre est placé dans le carton, il s’écoulera environ deux heures", promet Jean-Paul Alic.

Pour faire tourner cette nouvelle machine de guerre, Epac a procédé à une vingtaine de premières embauches, qui viennent s’ajouter aux 600 employés du site Interforum de Malesherbes. "C’est un projet fascinant, le début d’une longue aventure, et surtout un beau challenge collectif", sourit l’une des nouvelles recrues.

Ni stock, ni pilon

Et à entendre le directeur général d’Interforum, enthousiasmé lui aussi par le nouveau bijou, toute la chaîne du livre sera gagnante. "Pour l’éditeur : plus de stock, plus de manquants, plus d’épuisés. Pour le libraire : une disponibilité de tout le catalogue dans des délais courts. En fait, on ne peut pas faire plus simple et plus rapide", explique Jean-Paul Alic.

Pour l’instant, Interforum indique être capable de produire jusqu’à 20 000 exemplaires, différents, par jour. Le distributeur, et désormais presque imprimeur, s’est fixé pour objectif d’imprimer numériquement à Malesherbes un million de livres en 2017. Et les dirigeants poussent même l’objectif à 10 millions de copies par an, à terme.

Car, alors que Madrigall vient de lancer Thémis (1) et que Hachette Livre poursuit son projet Lightning Source (500 000 exemplaires au maximum par an) (1), Editis entend bien prendre une longueur d’avance sur la concurrence. "On se démarque surtout en termes de robotisation : nos équipements nous permettent maintenant d’industrialiser le processus d’impression à la demande, explique Eric Levy. Il est plus facile de stocker du papier que d’essayer d’anticiper les attentes du public. Nous pouvons produire à partir d’un exemplaire et jusqu’à environ 3 000", seuil de rentabilité entre l’offset et le numérique. "Techniquement, on pourrait fabriquer 10 000 exemplaires, mais ce n’est pas l’intérêt de la solution", ajoute Nicolas Gonçalves. "Il n’y aura aucun impact sur l’impression traditionnelle. Ce n’est pas le même sujet finalement", précise-t-il.

Editis avait tenté une première fois, en 2008, de se lancer sur les courts tirages en numérique avec sa filiale Bookpole. Les coûts, comme les technologies d’impression n’avaient à l’époque pas réussi à imposer le système. Dix années plus tard, en observant un livre grand format tout en couleurs et avec couverture en relief, à la sortie de l’imprimerie Copernics, on a du mal à imaginer que le projet ne puisse pas fonctionner cette fois-ci.

(1) Voir "Madrigall intègre le court tirage dans sa distribution", LH 1135, du 23.6.2017, p. 33.

close

S’abonner à #La Lettre