Alors que l’adaptation de Reminders of Him de Colleen Hoover sort sur les écrans ce 18 mars, la romance confirme son statut de moteur de croissance pour l’édition française, avec 165 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2024 selon NielsenIQ BookData. Si le genre a longtemps souffert d’un déficit d’image, le succès de sagas comme After, passée de la fanfiction au cinéma, ainsi que l’investissement massif des plateformes de streaming telles qu’Amazon Prime Video, ont contribué à normaliser cette consommation littéraire auprès du grand public.
C’est pour répondre à cette demande, souvent sous-estimée par les librairies généralistes, que Sophie Maréchal et Maëva Litim ont opéré une reconversion radicale pour ouvrir le 27 décembre dernier la librairie-café Romance à Valence, dans la Drôme.
Issues du recrutement et de l’industrie, elles ont bénéficié de l’accompagnement de la CCI et de l’expertise de consœurs libraires spécialisées comme Les Trois Brigands (Toulon), Kamon Shoten (Lyon) ou Aux Grimoires Romantiques (Lyon) afin d’affiner leur projet.
Une offre de 1 100 références : de la new romance à la dark romance
Dans un espace cosy et lumineux, la librairie-café déploie un fonds de 1 100 références, principalement sourcées auprès d’éditeurs spécialisés comme Hugo Publishing ou Elixyria. La segmentation des rayons répond aux codes précis du genre afin de faciliter le repérage des lecteurs.
On y retrouve la new romance, pour les récits contemporains ancrés dans le quotidien, la romantasy, qui fait la part belle aux créatures imaginaires et la dark romance, où se mêlent crimes et mafias. L’offre est complétée par un espace young adult, une table centrale dédiée aux nouveautés et un espace spécifique pour les éditions collector.
Au-delà du livre : le modèle de la « librairie de destination »
Pour transformer l’acte d’achat en une expérience immersive, les fondatrices ont intégré un salon de thé et un bar à cookies, complétés par une offre de « non-book » incluant des bougies artisanales, de la papeterie et des accessoires de lecture confectionnés par des artisans locaux. Un modèle de « libraire de destination » où les clients sont invités à « se poser » et à partager leur expérience sur les réseaux sociaux.
La médiation occupe également une place centrale dans le modèle économique, avec une programmation riche. Le samedi est dédié aux activités créatives telles que la broderie, la céramique, l’astrologie ou la customisation de livres, tandis que le mercredi est réservé aux clubs de lecture.
« Ces rendez-vous permettent de fidéliser une clientèle qui, contre toute attente, se compose majoritairement de jeunes actives âgées de 27 à 32 ans et de mères de famille, illustrant une sociologie plus diversifiée que les clichés habituels », expliquent les deux libraires.
Un ancrage local face aux défis logistiques
La librairie s’impose également comme un relais pour la création régionale, en valorisant des plumes locales comme Mills Coleman, Andrée Martin, Aurora Gonzales ou Jill Cara. Sous le parrainage de la valentinoise Lottie Millers, autrice de la saga Since Before (Elixyria), le lieu propose des ateliers d’écriture mensuels et des rencontres régulières.
L’agenda est déjà dense, avec notamment une séance de dédicaces attendue le 4 avril pour la sortie du nouveau titre d’Emma Berthet chez Hugo Publishing. Toutefois, les gérantes pointent un défi persistant pour les librairies de province : l’accès aux auteurs de premier plan.
Malgré le dynamisme du marché, les stratégies éditoriales et les agendas saturés compliquent l’accueil des têtes d’affiche en dehors des grands pôles nationaux. Avec un rayonnement qui s’étend déjà sur 50 kilomètres, la librairie Romance prouve néanmoins que la spécialisation thématique constitue un levier puissant pour la vitalité du commerce culturel de proximité.
