Jack-Alain Léger, de son vrai nom Daniel Théron, s'est donné la mort à 3 heures de l'après midi mercredi 17 juillet. Il s'est défenestré de son appartement parisien, au 8e étage.

L'écrivain, musicien et traducteur avait 66 ans. Auteur d'une oeuvre prolifique, sous divers pseudonymes, l'homme a laissé une lettre de trois pages à son tuteur, l'avocat Emmanuel Pierrat (collaborateur à Livres Hebdo), qui nous a annoncé le décès. Dans cette lettre, Jack-Alain Léger expliquait qu'il avait attenté à sa vie plusieurs fois, de différentes manières, ces derniers jours. Malade depuis 4 ans - il avait demandé lui-même à être mis sous tutelle il y a 3 ans.

Il a écrit sous les noms de Melmoth, Dhashiell Hedayat, Eve Saint-Roch, Paul Smaïl... Il aura aussi été publié par de nombreux éditeurs parisiens: Christian Bourgois (Being), Robert Laffont (Monsignore, L'heure du tigre), Flammarion (Océan Boulevard, Pacific Palisades), Orban (Le siècle des ténèbres), Julliard (Jacob Jacobi, Selva Oscura), Mercure de France (L'autre Falstaff) et surtout Denoël (On en est là, Tartuffe fait Ramaddan, Hé bien! la guerre). Cartouche avait publié son dernier livre, Place de l'Opéra l'an dernier.

Fâché avec le milieu de l'édition, ses mots posthumes résonnent de manière aussi touchante que cruelle : "J'avais du génie pour obtenir de bons contrats" écrit-il dans sa lettre rédigée avant son décès. "J'étais souvent démoli par les gens de lettres". Lucide ces derniers jours, il avoue : "J'ai la vanité de penser que j'ai écrit de grands livres", même s'il regrette de ne pas avoir pu finir son chef d'oeuvre, après avoir rédigé les 200 premières pages, qui ont été publiées chez L'Editeur : Zanzaro circus, vol. 1 : Windows du passé surgies de l'oubli. Il avait prévu dix tomes, mais Denoël avait rejetté le projet.

Amoureux du monde arabe, il avait fait sensation en publiant sous le nom de Paul Smaïl Vivre me tue (Balland) et trois autres livres, se faisant passer pour un jeune beur. Quelques années plus tard, il était accusé d'islamophobie, par incompréhension, avec Tartuffe fait ramadan. Ces contradictions - provocations - étaient interprétées avec simplisme par les médias.

Depuis quelques années, il ne parvenait plus à écrire, et la musique ne lui procurait plus les sensations d'autrefois. Même Mozart le rendait aigri... Il avait pris du poids, se considérant comme un monstre. Cet amateur de musique rock (et chanteur), qui avait écrit des romans d'aventures comme des pamphlets ou des sagas, avait également traduit Bob Dylan, Leonard Cohen et J.R.R. Tolkien.

Déconcertant dans un monde qui préfère le formatage, et reprenant Don Quichotte dans son ultime lettre, Léger affirme : "Moi je sais qui je suis". Belle épitaphe.

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