Le dessinateur et scénariste de bande dessinée Jean Giraud, alias Moebius, père du lieutenant Blueberry, est décédé samedi matin à Paris des suites d'une longue maladie, a annoncé à l'AFP une de ses proches collaboratrices.

Icône de la BD et de l'art illustré, Jean Henri Gaston Giraud (son vrai nom), qui signait également Gir certaines de ses oeuvres, aurait eu 74 ans en mai. Auteur prolifique depuis 50 ans (le premier tome de Blueberry a été édité en 1961), reconnu dans le monde entier, il avait exploré différentes variations de style : un réalisme documenté pour le Lieutenant Blueberry comme un onirisme fantastique (et même fantasmagorique) pour ses séries de Science-Fiction. Giraud y insérait de la poésie, de la métaphysique et des réflexions philosophiques.

Blueberry

Après une enfance à dessiner des cow-boys et des indiens et une formation à l'Ecole des arts appliqués, Jean Giraud, né le 8 mai 1938 à Nogent-sur-Marne, avait commencé à publier ses premiers dessins à 18 ans pour la publicité et la mode, avant de collaborer à des illustrés comme Fripounet et Marisette.

De retour de la guerre d'Algérie, il commence à publier une série western dans le magazine Spirou, puis dans Pilote et lance ainsi Les aventures du lieutenant Blueberry, dont le personnage principal est inspiré des traits de l'acteur Jean-Paul Belmondo, qui vont assurer sa célébrité sous son état civil d'origine. A l'époque il avouait que son "ambition était féroce". "Je voulais casser la baraque, que le monde de la BD soit stupéfait". Les aventures de Blueberry, une cinquantaine d'albums au total, sont relatées dans quatre séries d'albums : Blueberry, La Jeunesse de Blueberry, Marshall Blueberry et Mister Blueberry.

Difool et Arzach

C'est pour signer les illustrations d'une série de magazines et de livres sur la science fiction, à la fin des années 60, qu'il créera le pseudonyme de Moebius, emprunté à un mathématicien allemand. "C'était une signature, un logo qui ouvrait toutes les portes que je voulais ouvrir. Ce que nous voulions, c'était sortir du cadre relativement restreint, sous surveillance parentale, policière, de la BD de l'époque" expliquait-il. Sous ce nom d'emprunt, aux Humanoïdes Associés, il a notamment dessiné la série L'Incal (7 albums), qui avait débuté sous le titre John Difool du nom du personnage principal.

En 1973, en désaccord avec la ligne éditoriale de Pilote, il commence à illustrer des pages de L'Echo des savanes et fonde, en 1975, Métal Hurlant avec Jean-Pierre Dionnet et Philippe Druillet. Durant ces années 70, il affirme son style dans la bande dessinée de science-fiction, avec des séries comme Arzach (1976), considérée comme révolutionnaire à l'époque. L'album aura une suite 34 ans plus tard, Arzach : L'Arpenteur (Glénat, voir avant-critique téléchargeable ci-dessous). Ce devait être le premier d'une série de 3 albums.

En 1985, il crée une structure familiale, Stardom, qui commercialise ses oeuvres et leurs produits dérivés.

Hollywood

Les mondes fantastiques et parallèles imaginés par Giraud influent sur toute une génération d'artistes et intéressent Hollywood ; il participe à la conception graphique de films comme Alien (1979), Tron (1982), Willow (1988), Abyss (1989) ou encore Le cinquième élément (1997). En France, Mathieu Kassovitz avait réalisé en 1991 un court métrage à partir de la BD Cauchemar blanc (Humanoïdes Associés, 1977) et Jan Kounen avait transposé sur grand écran en 2004 Blueberry.

Pour Marvel, Jean Giraud avait aussi illustré aux Etats-Unis, en collaboration avec Stan Lee, une histoire du Surfeur d'argent. Il avait également signé le dessin du Tome 18, "La version irlandaise", de XIII (Dargaud), la série de Jean Van Hamme en 2007.


Art contemporain

Son oeuvre protéiforme (couvertures de romans, d'albums musicaux ou de DVD) a été couronnée par de multiples prix: Grand prix de la Ville d'Angoulême en 1981, meilleur artiste français (1977) et Grand prix des arts graphiques (1985) au Festival d'Angoulême, Grand prix de la science-fiction française (1980), Prix Will Eisner de la Meilleure série pour le Surfeur d'argent (1989) ; il est aussi entré au Hall des célébrités des prix Will Eisner en 1998.

De nombreuses expositions dans le monde ont rendu hommage à son talent. En France, l'Hôtel de la Monnaie croisait son art et celui d'Hayao Miyazaki en 2004. En 2010, la Fondation Cartier pour l'art contemporain avait organisé une magnifique rétrospective où courts métrages, objets et planches illustraient la diversité de ses créations. Il a également co-réalisé avec le magicien Gérard Majax une attraction pour le Furutoscope, "La citadelle du Vertige", inspirée de la série Major Fatal (Le Monde du garage hermétique).

Au panthéon du 9e Art, toujours prêt à relever les défis, parfois frustré de ne pas pouvoir réaliser ses rêves (un long métrage notamment), il confiait récemment : "Une chose importante dans ce métier, c'est d'être capable de s'évaluer. Surtout au début... après on s'en fout. A l'heure actuelle, je serais incapable de dire quelle est ma valeur en tant que dessinateur".

Fin 2007, une planche d'Arzach s'est vendue 58 242 euros aux enchères. En 2008, une autre planche extraite de cette BD s'est vendue à près de 70 000 euros.


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