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Jean-Luc Barré (Plon) : "Mon objectif n’est pas de bouleverser, mais de construire"

Jean-Luc Barré - Photo Olivier Dion

Jean-Luc Barré (Plon) : "Mon objectif n’est pas de bouleverser, mais de construire"

Le nouveau président de la maison du groupe Editis présente son ambition pour la marque, bousculée ces dernières années. Il s’est donné mission avec Sophie Berlin de redresser l’image, la qualité et les finances de Plon.

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Par Éric Dupuy,
Jacques Braunstein,
Créé le 03.03.2024 à 20h30 ,
Mis à jour le 04.03.2024 à 13h10

Moins de deux mois après sa nomination à la tête de Plon en duo avec Sophie Berlin, Jean-Luc Barré, président de l’entité appartenant au groupe Editis, affiche ses ambitions. Premiers titres à venir, rentrée littéraire et gestion du fond comme de la forme, celui qui a toujours rêvé d’accéder à ce poste, se livre à Livres Hebdo.

Livres Hebdo : Quelle est la situation structurelle de Plon aujourd’hui ?

Jean-Luc Barré : Depuis ma nomination début janvier, mon premier souci, de concert avec Sophie Berlin, a été de restaurer l’unité de l’équipe de Plon et d’assainir et apaiser les relations entre ses diverses composantes. Les équipes existantes ont été renforcées par plusieurs éditeurs issus des éditions Bouquins, lesquelles retrouvent leur identité d’origine en redevenant une simple collection dont j’assume conjointement la direction. Plon et Bouquins réunis, c’est à ce stade une quinzaine de personnes au total, dont la moyenne d’âge offre l’image de la jeunesse et de la vitalité que je souhaite donner à la nouvelle maison. Nous sommes à la fois les héritiers d’une longue histoire éditoriale et les garants de son nouvel élan. Il s’agit pour nous de concilier les deux : sens de la longue durée et inventivité constante. Mon objectif n’est pas de bouleverser, mais de construire.

« La littérature doit retrouver sa pleine mesure chez Plon »

Cette image a été écornée ces dernières années. Comment la redorer ?

En s’appuyant d’abord sur la richesse de cet héritage. Riche de 170 ans d’existence, Plon est une des maisons les plus prestigieuses de France. Sa renommée tient à un patrimoine exceptionnel où se côtoient de grands écrivains et intellectuels français et étrangers - de Bernanos et Green à Huxley et Rushdie, sans parler de Charles de Gaulle et de Winston Churchill qui y ont publié leurs mémoires. Je suis d’autant plus heureux d’être aujourd’hui à la tête de cette maison dans laquelle j’ai fait mes débuts d’auteur et d’éditeur. C’était dans les années 80, son âge d’or. Quand on entrait à l’époque dans les bureaux de la rue Garancière, on avait l’impression immédiate de plonger au cœur d’une grande histoire. Mon ambition est de faire en sorte que Plon renoue avec cette renommée tout en trouvant un nouveau souffle. Que cette maison retrouve pleinement son aura et son magistère littéraire et intellectuel, forte de la dynamique acquise au fil du temps par le travail de mes prédécesseurs qui s’est notamment illustré à travers deux grandes collections, Terre Humaine et les Dictionnaires amoureux. Je me référerai pour cela à l’esprit d’éclectisme, d’audace et d’universalité de celui qui reste mon maître à penser, Claude Durand, le patron de Fayard, ennemi de tous les interdits, pour qui l’idéologie n’avait rien à faire dans ce métier.  « On n’est pas là pour ne publier que des auteurs qui pensent comme nous » me disait-il. Une leçon salutaire par les temps qui courent.

Quels sont les premiers titres que vous allez publier ?

Le premier est tout à fait emblématique, par son sérieux et sa qualité, du genre de livres que je souhaite faire paraître chez Plon : l’essai de Gilles Kepel, Holocaustes, qui sortira le 21 mars. C’est une analyse de fond, extrêmement éclairante et utilement dérangeante, des évènements tragiques intervenus au Moyen-Orient. Il est appelé à faire débat, son titre parle de lui-même. Une dizaine de traductions sont déjà signées.  Suivront un plaidoyer pour la liberté intellectuelle justement, signé Hubert Védrine, Camus, notre rempart, puis le livre de Guillaume Durand, Bande à part, une éblouissante galerie de portraits politiques… Une de mes fiertés sera de publier en avril les derniers souvenirs que m’a confiés l’amiral de Gaulle, qui a 102 ans aujourd’hui. J’y vois naturellement tout un symbole.

Quelle sera votre rentrée littéraire ?

C’est un premier rendez-vous très important pour nous. La littérature doit retrouver sa pleine mesure chez Plon et accueillir de nouveaux auteurs de la qualité de ceux qui les ont précédés. Côté français, notre rentrée s’effectuera autour de Thomas Louis, un jeune romancier qui signe, avec Le Processus de tendresse, sa deuxième œuvre de fiction, après son premier roman paru aux éditions de La Martinière, Les chiens de faïence, en 2021. Et d’un grand romancier américain, Charles Frazier, l’auteur de Retour à Cold Mountain, qui nous a confié sa nouvelle épopée, Les Traqueurs.

« Je saurais être offensif pour attirer des auteurs »

Est-ce que vous relancerez Plon dans la course aux prix littéraires ?

Naturellement. Les prix littéraires font aussi partie de sa tradition. Nous veillerons à sensibiliser les jurés à la qualité de nos publications. Je compte m’y employer personnellement, d’autant que je connais nombre d’entre eux. Voici deux ans, le jury Renaudot a déjà couronné l’un de nos ouvrages, paru chez Bouquins, Déjeunons sur l’herbe, de Guillaume Durand. Nous allons poursuivre dans ce sillage.

Pourquoi avoir voulu garder la gestion de Bouquins ?

Parce qu’il y a une cohérence évidente entre Plon et Bouquins : un même esprit, une même exigence. Bouquins représente pour moi 15 ans d'engagement et nous avons devant nous 80 projets éditoriaux. Je suis très sensible au fait de pouvoir travailler sur la durée et de ne pas se contenter de mener politique éditoriale du coup par coup. Il y a des passerelles naturelles entre les auteurs de la collection Bouquins et ceux déjà publiés chez Plon, comme François Morel ou Hubert Védrine, et ceux qui paraîtront désormais sous ce label.  Bouquins s’ajoutant’ aux Dictionnaires amoureux, à Terre Humaine et à Feux croisés, constitue un ensemble d’une très grande richesse et un tremplin exceptionnel pour une maison à relancer. Je précise à cet égard que nous veillerons spécialement à apporter à Terre Humaine un nouvel essor dans la lignée de son génial fondateur, Jean Malaurie.

Est-ce que l’on vous a fixé des objectifs financiers ?

Cela fait partie, bien sûr, de la mission que Catherine Lucet et Denis Olivennes nous ont confiée, à Sophie Berlin et à moi-même. L’objectif est d’assurer, entre deux et trois ans, le redressement de la maison en termes de rentabilité et d’équilibre financiers. Nous devons retrouver un chiffre d’affaires conforme au potentiel de Plon. En attirant de nouveaux auteurs, cela va sans dire. Croyez bien que je saurai me montrer plus que jamais offensif à ce sujet ! 

 

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