Avant-critique Récit

Jean-Luc Coatalem, "Une chambre à l'hôtel Mékong" (Stock)

Jean-Luc Coatalem au musée Guimet. - Photo © Luc Castel

Jean-Luc Coatalem, "Une chambre à l'hôtel Mékong" (Stock)

Prisonnier volontaire une nuit au musée Guimet, Jean-Luc Coatalem raconte l'expérience avec érudition et élégance.

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Par Jean-Claude Perrier,
Créé le 16.10.2023 à 09h00 ,
Mis à jour le 16.10.2023 à 17h50

Un musée qui parle. Même si son titre nous invite à le croire, Une chambre à l'hôtel Mékong n'est pas un de ces récits de voyage savoureux dont Jean-Luc Coatalem a le secret, comme Nouilles froides à Pyongyang (Grasset, 2013). Pour une fois, le gamin trimbalé au gré des mutations de son officier de marine de père, qui a grandi en Polynésie puis à Madagascar − ce qui explique sa « bougeotte », sa vocation de journaliste bourlingueur et d'écrivain voyageur −, ne nous régale pas de ses péripéties farfelues. Ou pas de la même façon.

Car même « prisonnier volontaire », enfermé une nuit au musée national des Arts asiatiques-Guimet pour les besoins de la cause (ce livre, volume de la collection « Ma nuit au musée »), Coatalem va digresser, raconter quelques -souvenirs, voyages, lectures, procédant souvent par association d'idées. Une nuit, même blanche, de 18 heures à 5 heures du matin (il a craqué avant la ronde du matin), c'est long, c'est court. Et ça peut être angoissant.

Coatalem s'interroge longuement sur son choix : pourquoi pas le musée Gauguin de Papeari, à Tahiti − organisation onéreuse, et il était en travaux. Quant à l'Ermitage de Saint-Pétersbourg, Victor Segalen, un de ses gourous, s'y était retrouvé, « absolument et magnifiquement seul » durant trois heures, en 1917, devant les Rembrandt. Notre ami, lui, préfère s'installer aux pieds d'un bodhisattva, dans l'ancienne bibliothèque de Guimet, et songer tout à son aise. Mais ce musée, comme tous les autres « le seul lieu du monde qui échappe à la mort », disait Malraux, est aussi « un musée qui parle ». Tous les « objets inanimés » qu'il abrite ont une âme, une forte charge sacrée, qui s'exprime dans le silence et la pénombre. D'où malaise, voire pétoche, angoisse. Nul n'y échappe. Même pas un certain Pierre Loti, un autre de ses gourous, qui a passé une nuit dans les ruines d'Angkor en 1901. Rêve de gosse exaucé, mais aussi nuit cauchemardesque, à cause des chauves-souris !

Au petit matin, le bourlingueur est bien content d'être libéré et de regagner la « vraie vie ». L'épisode, qui remonte à l'après-Covid, nous est conté avec humour, modestie, érudition, et d'une plume élégante : du pur Coatalem.

Jean-Luc Coatalem
Une chambre à l'hôtel Mékong
Stock
Tirage: 9 000 ex.
Prix: 18,90 € ; 208 p.
ISBN: 9782234092563

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