Corée du sud

Ju Won-kyu, « Made in Gangnam » (Éditions Picquier) : Gangnam style

JU Won-kyu - Photo © JU WON-KYU

Ju Won-kyu, « Made in Gangnam » (Éditions Picquier) : Gangnam style

Dix morts retrouvés dans un hôtel de luxe à Séoul... Ju Won-kyu réunit un avocat calculateur et un officier de police ripou pour étouffer l'affaire. Tirage à 3500 exemplaires.

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Par Sean J. Rose,
Créé le 04.05.2021 à 16h25,
Mis à jour le 06.05.2021 à 12h05

Un tube planétaire a rendu célèbre le nom de ce quartier très sélect de Séoul. Mais au-delà de la parodie de vie de luxe entonnée par le rappeur coréen Psy, Gangnam est une véritable Babylone : sous le vernis humoristique, c'est bien une débauche d'argent et de turpitudes qui règne dans ce district de la capitale du Pays du matin calme.

Made in Gangnam de Ju Won-kyu nous immerge dans le bain glacé d'un massacre qui s'y est déroulé. On découvre dix morts dans le penthouse de l'hôtel Carmen. « On », c'est la direction. Hors de question que l'affaire s'ébruite. Corps d'hommes et de femmes, nus, plutôt jeunes, bizarrement disposés, comme s'ils posaient pour un tableau, figés entre extase et douleur, tous égorgés ou éventrés - ce sont des VIP, l'un d'entre eux est une vedette de la K-pop, Monky.

Il va falloir faire appel à la branche spéciale du cabinet d'avocats Y, avoir recours aux services de maître Kim Min-kyu. Ce juriste n'est pas tant un ténor du barreau qu'un homme de l'ombre, d'autant plus efficace qu'il est discret. Son rôle est justement d'effacer les preuves du scandale pouvant ternir la mémoire des défunts. Son job : « planificateur », à savoir planifier une sortie de crise grâce à un scénario crédible qu'on vendra aux médias. Partie fine ayant mal tourné ? Il y a tout lieu de le croire, vu l'usage de cet espace ultra-privé de l'hôtel, la présence des call-girls parmi les victimes et de méthadone dans le sang de chacun.

Pour ce roman social aux allures de polar, l'auteur coréen (dont c'est ici la première traduction) réunit un être calculateur, à la personnalité impénétrable, l'avocat susnommé, et un policier corrompu, au caractère exubérant, accro au jeu et croulant sous les dettes, le lieutenant Jo Jae-myeong. Le premier, contacté par l'hôtel, gère en personne le cas Monky, dont les fans s'inquiéteront bientôt du silence, allant jusqu'à injecter lui-même dans le cadavre du chanteur une substance qui fera disparaître les traces de « meth ».

Le second reçoit un coup de fil du P-DG d'une puissante entreprise de construction qui fréquente le même casino que le flic ripou et le charge de liquider, contre rachat de toutes ses créances, celui qui a tué son fils caché qui n'est autre que Monky... On tourne les pages, entre effroi et fascination, en gardant telle une rémanence dans la rétine la lumière glauque d'une société vermoulue de cupidité où des jeunes sans espoir plongent dans les stups et le stupre. Très engagé socialement et pasteur, Ju Kwon-kyu use de la fiction de manière apocalyptique, comme d'un révélateur- dépeindre les ténèbres pour mieux prêcher la lumière ?

JU Won-kyu
Made in Gangnam Traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Catherine Biros
Éditions Picquier
Tirage: 3 500 ex.
Prix: 17 € ; 168 p.
ISBN: 9782809715477

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