La BD a-t-elle un sexe ? | Livres Hebdo

Par Fabrice Piault, le 11.09.2015 Édito par Fabrice Piault, rédacteur en chef

La BD a-t-elle un sexe ?

Photo PHOTO OLIVIER DION

L’initiative des quelque 150 femmes qui viennent de lancer un collectif et une "Charte des créatrices de bande dessinée contre le sexisme", dont le site Internet, Bdegalite.org, constitue la vitrine, marque une étape importante dans la maturation de ce secteur. Longtemps considérée comme un divertissement superficiel réservé aux enfants, la bande dessinée a ensuite été estampillée masculine (dans sa version "ado attardé"), d’autant plus facilement que, jusqu’à la fin des années 1980, les auteurs en étaient essentiellement des hommes, à l’exception notable de Claire Bretécher, Annie Goetzinger ou Chantal Montellier.

Par leur nombre et par leur qualité, les auteures mobilisées illustrent le rééquilibrage en cours, qui a largement contribué à sortir la "BD" de son ghetto en l’ouvrant à de nouveaux thèmes et de nouvelles approches scénaristiques et graphiques. Parmi les membres du collectif franco-international initié par Lisa Mandel, figurent des auteures de générations et de styles très différents, dont beaucoup ont publié des livres qui ont fait événement, de Florence Cestac et Annie Goetzinger à Julie Maroh, Aude Picault, Aurélia Aurita, Tanxxx ou Pénélope Bagieu, en passant par Marjane Satrapi, Diglee, Marguerite Abouet, Nine Antico, Chloé Cruchaudet, Jeanne Puchol, Catel, Catherine Meurisse, Valérie Mangin, Julie Birmant, Anne Simon ou la reine du documentaire, Marion Montaigne.

Cette diversité illustre et justifie pleinement la démarche du collectif, qui s’insurge de voir les œuvres des créatrices étiquetées "bande dessinée féminine", voire "girly", et rappelle que les bandes dessinées de femmes ne constituent pas un genre narratif en lui-même. Interpellant leurs confrères, mais aussi les éditeurs, les libraires, les bibliothécaires, les journalistes et les institutions, les auteures de littérature graphique souhaitent voir reconnaître leur travail pour ce qu’il est, promouvoir ainsi "une littérature plus égalitaire". Une aspiration légitime dont la satisfaction pourrait bénéficier à l’ensemble de ce secteur.

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