Genre

La Charte sensibilise à l’égalité dans l'édition jeunesse

La Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a organisé ses premiers Etats généraux de l'égalité en littérature jeunesse le lundi 5 octobre. - Photo ©CÉCILIA LACOUR/LIVRES HEBDO

La Charte sensibilise à l’égalité dans l'édition jeunesse

L’association des auteurs et illustrateurs jeunesse a organisé, lundi 5 octobre, ses premiers Etats généraux de l’égalité en littérature jeunesse. 

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Par Cécilia Lacour,
Créé le 07.10.2020 à 17h55,
Mis à jour le 07.10.2020 à 18h00

Avec les Etats généraux de l’égalité en littérature jeunesse, organisés lundi 5 octobre à la Bibliothèque publique d’information (BPI) du Centre Pompidou à Paris, la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse a souhaité ouvrir un espace "d’échange et de réflexion sur les conditions de travail et de création", explique en préambule sa co-présidente Hélène Vignal

Difficile de dresser un état des lieux de l’égalité dans le segment, tant les données genrées manquent cruellement. Deux chiffres toutefois. L'ensemble des auteures affiliées à l’Agessa touche en moyenne 26% de moins que les hommes. Celles affiliées à la Maison des artistes (MDA) perçoivent des revenus inférieurs de 22% par rapport à leur confrères.

Légitimité

Au-delà de ces écarts de rémunération, "il existe une inégalité de fond entre la littérature jeunesse et la littérature générale. La littérature jeunesse est dévalorisée parce que les femmes y sont plus représentées", estime l’auteure et illustratrice Hélène Rajcak. Sur 30200 livres jeunesse rédigés par 11000 auteurs et publiés entre 2014 et 2018, les "autrices représentent 61 % des personnes identifiées dans la base d’enquête et 64 % des contrats", souligne Anne-Sophie Métais, responsable du pôle "Etudes" du Centre national du livre (CNL), lors de la présentation du point d’étape de l’enquête menée sur l’économie de la filière du livre jeunesse

La surreprésentation des femmes et cette différence de perception entre les segments jeunesse et adulte peut provoquer une forme d’autocensure chez les femmes. "Il est plus facile de se sentir légitime en littérature jeunesse qu'en littérature générale", déclare l’auteure et éditrice Coline Pierré. L'éditeur et auteur Martin Page assure que "la rémunération est moins importante dans ce secteur majoritairement féminin qui s'adresse à des enfants". Coline Pierré et Martin Page s'intéressent par ailleurs à l'influence du genre sur les conditions de travail et sur le contenu de la création. Ils ont coécrit et copublié Les artistes ont-ils vraiment besoin de manger ? (Monstrograph, 2018) et préparent actuellement Les artistes habitent-ils quelque part ?

Initiatives
 
La Charte des auteurs et illustrateur jeunesse a organisé, lundi 5 octobre, les Etats généraux de l'égalité en littérature jeunesse. - Photo ©CÉCILIA LACOUR/LIVRES HEBDO

A l’image de ces ouvrages, quelques initiatives tentent de documenter le genre et l’égalité entre les sexes au sein de l'édition. Depuis 2012, la commission Légothèque de l’Association des bibliothécaires de France (ABF) s’intéresse notamment aux questions de genre. Lors des Etats généraux, la Fédération interrégionale du livre et de la lecture (FILL) a annoncé l'intégration de données genrées dans ses prochaines études sur l’économie du livre. De son côté, Guillaume Husson, délégué général du Syndicat de la librairie française (SLF) — qui vient d'ailleurs d'élire pour la première fois une femme, Anne Martelle, à sa présidence —, regrette de ne "pas arriver à obtenir de données sociales" qui permetteraient d'établir des études genrées sur la librairie mais affirme sa volonté d'"approfondir le sujet". 

Dans l'ère post-#MeToo, l’égalité entre les sexes fait l’objet d’une attention croissante. Mais, selon l’agente littéraire Roxane Edouard, la réflexion sur l’égalité dans l’édition doit aussi s’ouvrir "aux personnes racisées, handicapées, DYS ou qui font partie de la communauté LGBT+". 

Les Etats généraux de l’égalité en littérature jeunesse sont disponibles en replay sur YouTube





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