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La musique trouve sa voix dans l’édition

La musique trouve sa voix dans l’édition

Alors que la fête de la musique souffle ses 40 bougies, focus sur l’édition de livres de musique, un marché de niche occupé par une poignée d’éditeurs spécialisés qui parviennent chaque année à proposer des long-sellers.

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Par Cécilia Lacour ,
Créé le 21.06.2022 à 02h21 ,
Mis à jour le 21.06.2022 à 11h17

Jack Lang n’est pas seulement à l’origine de la loi sur le prix unique du livre. L’ancien ministre de la Culture a aussi lancé la première fête de la musique le 21 juin 1982. Et si la musique ne se fête qu’une fois par an, certains éditeurs célèbrent cet art tout au long de l’année. Si bien qu’environ 600 nouveautés fleurissent chaque année sur le sujet, selon Electre Data Services.

Souvent, la musique est intégrée dans un rayon plus large, qu’il s’agisse des essais et documents ou des beaux livres, sans toutefois faire l’objet d’une collection dédiée. C’est par exemple le cas chez Hors Collection et Gründ (groupe Editis). "La musique est un segment qui fonctionne bien dans le rayon beau livre", assure Didier Ferat, directeur du pôle beaux livres d’Edi8. Avec les directeurs éditoriaux Isabelle Lerein (Hors Collection) et Luc-Edouard Gonot (Gründ), il prépare pour octobre des titres comme Michel Berger : Petit prince de la pop made in France de Stéphane Deschamps et Valérie Alamo (Hors Collection) ou encore Hellfest : le festival raconté par les groupes de Cédric Sire et Isabelle Marcelly (Gründ). La musique se fraye même un passage en bande dessinée comme avec la collection "Hellmoute", inaugurée le 3 juin par Hellfest Metal Vortex de Jorge Bernstein, Fabrice Hodecent et Pixel Vengeur, fruit d’un partenariat entre le Hellfest et l’éditeur nantais Rouquemoute.

Quelques éditeurs donnent le "la"

Outre une production intégrée dans le catalogue de maisons généralistes, la musique reste un marché occupé par "très peu d’éditeurs spécialisés", note le cofondateur de Castor Astral Jean-Yves Reuzeau. Parmi ses confrères : Dominique Franseschi (éditeur chez Camion Blanc, fondateur de la maison spécialisée Cultures Obliques et gérant de la librairie disquerie Cultures Obliques à Marseille), Gérard Berréby (Allia), Yves Jolivet (Le Mot et le reste) et Bertrand Dermoncourt (journaliste et directeur de collection chez Actes Sud et Bouquins).

Tous s’accordent à dire qu’avec des ventes moyennes autour de 2 000 exemplaires, la musique est un marché de niche. "Ce n’est pas une micro-niche mais cela reste un défi", affirme Bertrand Dermoncourt. Et pour cause. La disparition en 2013 de la chaîne Virgin Megastore a fortement réduit la visibilité de leurs catalogues en librairie. "Hormis dans certaines grandes enseignes comme la Fnac, il n’existe pas vraiment de rayon dédié à la musique", explique Yves Jolivet. Et quand ils existent, ils sont "tout petits", à en croire Bertrand Dermoncourt. Coincés entre les rubriques livre et musique, leurs catalogues peinent également à se frayer une place dans les médias. Autre défi : ces éditeurs privilégient généralement la création, plutôt que la coûteuse traduction de titres, tout en misant sur un réseau d’auteurs spécialisés lui aussi assez restreint. "Les manuscrits de livres sur la musique est quelque chose de rarissime", pointe d’ailleurs Jean-Yves Reuzeau.

Un marché de long-sellers

Malgré ces difficultés, ces cinq éditeurs parviennent à animer le segment depuis une vingtaine d’années. "La clientèle est certes réduite mais ce public est captif", affirme Dominique Franceschi. Un public de passionnés en quête de titres pointus, voire parfois de sujets "improbables comme le métal norvégien ou le rock psyché" selon l’éditeur. Il s’agit aussi d’un public très réceptif au bouche-à-oreille et qui a tendance à commander les ouvrages en ligne. Alors, pour les séduire, les éditeurs doivent "être présents avec un train d’avance en proposant des idées nouvelles dont on réussit à s’emparer par anticipation", souligne Gérard Berréby.

Et la production éditoriale actuelle illustre la créativité du segment. Après Jean-Jacques Burnel : strangler in the light : conversations avec Anthony Boile (17 juin), Le Mot et le reste propose le 25 août une biographie de Ma Rainey : la mère du blues par Steven Jezo-Vannier. Allia publie le 2 septembre A contre-courant : l’épopée du label 4D de Martin Aston, traduit de l’anglais par Eric Tavernier. Six jours plus tard, Castor Astral propose Jacques Higelin : devenir autre d’Antoine Couder et la réédition au format poche de Hérouville, le château hanté du rock de Laurent Jaoui. Après Front 242, Catch the Men d’Eric Duboys (Cultures Obliques, co-édité avec Camion Blanc), Dominique Franceschi prépare notamment pour Camion Blanc Rock’N’Foot de Didier Delinotte. Et Actes Sud éditera les biographies de Béla Bartok par Laetitia Le Guay Brancovan (7 septembre) et de John Coltrane par Jean-Pierre Jackson (19 octobre).

Autant d’ouvrages susceptibles de se transformer en long-seller. Car, dernière caractéristique des livres de musique : "contrairement à la fiction, nos ouvrages sont des titres de fond susceptibles de se vendre sur plusieurs années", affirme Yves Jolivet. Pourquoi ? Le "mouvement cyclique de la musique" qui, à l’image de la mode, peut faire réapparaître des genres musicaux sur le devant de la scène. Ainsi, entre nouvelles éditions et rééditions au format poche, les éditeurs mènent "une politique volontariste pour maintenir les ouvrages disponibles sur le marché", assure Gérard Berréby. Et celle-ci leur a permis de rencontrer quelques jolies succès comme avec Cash : l’autobiographie de Johnny Cash (Castor Astral, 2005, vendu à 20 000 exemplaires), Please kill me : l'histoire non censurée du punk racontée par ses acteurs de Legs McNeil et Gilian McCain (Allia, 2006, 20 000 exemplaires) ou encore Kendrick Lamar : de Compton à la Maison-Blanche de Nicolas Rogès (Le Mot et le reste, 2020, 4 000 exemplaires).

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