"La nomination de Françoise Nyssen est un joli pari"

"La nomination de Françoise Nyssen est un joli pari"

L’économiste de la culture Françoise Benhamou voit dans la nomination de l’ex-présidente d’Actes Sud une opportunité pour réinventer la politique culturelle.

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Créé le 26.05.2017 à 00h00 ,
Mis à jour le 26.05.2017 à 23h03

Françoise Benhamou - Le profil de Françoise Nyssen est intéressant pour plusieurs raisons. Le secteur du livre a une place spécifique parmi les disciplines que représente le ministère de la Culture : il est moins dépendant de la puissance publique que d’autres secteurs. Des aides lui sont bien sûr accordées, mais sans commune mesure avec celles que reçoivent le spectacle vivant ou le cinéma. On peut imaginer que Françoise Nyssen saura résister aux clientélismes. Par ailleurs, un ministre, de même qu’un chef d’entreprise, doit porter à la fois une vision et une capacité à traiter des sujets techniques. Françoise Nyssen connaît les problématiques économiques tout en défendant un certain rapport à la littérature. Elle pourra aborder rapidement le choc du numérique et la question des plateformes américaines : Actes Sud possède des librairies, et elle a pu prendre la mesure de la concurrence du commerce électronique. De même, elle connaît la question de la rémunération des auteurs qui se pose non seulement pour les écrivains mais pour la création artistique en général, notamment pour les musiciens avec la montée du streaming. Elle a promu des auteurs étrangers et pas n’importe lesquels ; elle a défendu de fait une politique de la diversité, et c’est un atout qui force le respect. Et puis elle connaît le fonctionnement du système des aides au cinéma. C’est tout simplement une femme de culture.

La nomination de Françoise Nyssen est un joli pari qui sera gagné si elle est accompagnée par ceux qui souhaitent la réinvention de la politique culturelle. Il faut qu’il y ait une proximité de vues avec son directeur de cabinet, Marc Schwartz, ancien médiateur du livre. C’est cet attelage qui doit réussir en jouant sur sa complémentarité. Il va falloir très vite élaborer une nouvelle politique publique de la culture, pas un ensemble de mesures, mais une vision du monde. C’est donc à Marc Schwartz de transformer en mesures, en boîte à outils, la vision qui sera celle de la ministre. Le soutien du président est aussi important. Emmanuel Macron est un homme de culture. La culture tient une place centrale dans son projet, et cela s’est reflété dans l’ordre protocolaire du gouvernement où la culture est placée assez haut [devant le ministère de l’Economie, NDLR].

Il faut, d’un côté, qu’elle parvienne à coopérer le plus étroitement possible avec le ministère de l’Education en vue de créer une nouvelle politique inclusive. Mais aussi qu’elle porte au niveau européen les enjeux culturels français, sans apparaître pour autant passéiste. Elle sera également confrontée aux défis de l’audiovisuel, notamment de son financement : quelle place pour la publicité sur les chaînes publiques ? Comment doit évoluer le financement du cinéma face à la transformation du modèle économique de Canal+ ?

Propos recueillis par Isabel Contreras

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