7 janvier > Roman France

Elle a 15 ans, aujourd’hui, lycéenne dans une banlieue résidentielle. Elle s’appelle Dominique. A de tels détails, le lecteur comprendra que la vraisemblance ne sera pas le souci premier de Babybatch, troisième roman d’Isabelle Coudrier. Qu’importe, la vraisemblance n’est pas nécessairement affaire d’écrivain et le réel n’existe dans l’univers si subtilement singulier de la romancière qu’en tant que retour du refoulé.

Dominique, donc. Bien entendu, elle aime, comme il convient d’aimer à cet âge-là. Absolument et aussi dans la certitude de l’impossibilité de l’amour. Dans l’univers comme ouaté de douceur et d’indifférence qui est le sien, ce n’est pas ce professeur d’anglais à la voix trop basse, ni ce camarade de classe paré du prestige de la maladie, ni même son père, petit banquier épargnant discret du bonheur, sur lequel elle a jeté son dévolu, c’est sur un acteur anglais, shakespearien, promis aux plus hautes destinées à Hollywood, Benedict Cumberbatch (connu en France pour son interprétation d’Alan Turing dans The imitation game ou du rôle-titre de la série Sherlock). Elle est sa "Babybatch". Ce sera son destin, son pas de côté.

Depuis le magistral Va et dis-le aux chiens et le non moins réussi J’étais Quentin Erschen (Fayard, 2011), on sait que l’adolescence, ses fièvres, ses éclipses, ses souffles au cœur, est le cher sujet d’Isabelle Coudrier. Babybatch aussi, récit d’une enfant terrible et triste, où l’Angleterre serait montrée et choisie comme une ligne d’horizon, est une tragédie en chambre. C’est également - et ce n’est pas le moins émouvant - un portrait de l’artiste en lycéenne. A l’ombre d’une jeune fille en pleurs. O. M.

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