La Queens Library de New York, carrefour du monde

Queens Library

La Queens Library de New York, carrefour du monde

Dans le Queens où près de la moitié des habitants sont nés à l’étranger, la bibliothèque publique a mis en place un imposant dispositif de services en direction des populations immigrées. C’est l’un des plus remarquables au monde par son ampleur, sa diversité, le nombre d’usagers et par son inscription au cœur des missions de l’établissement.

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Par Véronique Heurtematte ,
avec Créé le 11.10.2013 à 19h48 ,
Mis à jour le 08.05.2015 à 15h07

Avec 46,6 % de ses 2,2 millions d’habitants nés à l’étranger, Queens, l’une des quatre unités administratives de l’Etat de New York, détient un record qu’elle assume parfaitement : celui de comté des Etats-Unis présentant la plus grande diversité ethnique ! Sur ce vaste territoire (qui est aussi l’un des cinq arrondissements de la ville de New York), 190 pays sont représentés, on peut y entendre 160 langues différentes et 56 % des habitants pratiquent chez eux un idiome autre que l’anglais. Une particularité que la collectivité locale a très tôt prise en compte. Dès 1977, la bibliothèque publique de Queens crée un service, le New Americans Program (NAP), géré aujourd’hui par une équipe de sept bibliothécaires parlant au moins une langue étrangère, chargée d’élaborer pour les nouveaux arrivants et les populations issues de l’immigration des collections et des services dont bénéficie l’ensemble du réseau (constitué d’une bibliothèque centrale et de 61 annexes).

Trois mille étudiants par an dans les cours d’anglais pour non-anglophones.

L’un des principaux objectifs du NAP est d’aider les nouveaux arrivants à maîtriser la langue et à s’intégrer dans le pays d’accueil. Le programme des cours d’anglais pour étrangers de Queens, proposé dans 25 bibliothèques et suivi par plus de 3 000 étudiants par an, est le plus important du pays au sein d’un réseau de lecture publique. Les élèves peuvent compléter leur formation dans les sept centres d’apprentissage pour adultes qui offrent des services tels que des ressources sur Internet ou des ateliers de conversation. La bibliothèque a également mis en place des cours spécifiques comme ceux où parents et enfants viennent ensemble suivre les enseignements centrés sur la connaissance du système éducatif américain, les devoirs scolaires, etc.

Mais l’intention de la bibliothèque est aussi de pouvoir servir ces usagers dans leur propre langue, sans attendre qu’ils aient acquis la maîtrise de l’anglais. De nombreux services ont été mis en place dans ce sens, en particulier des ateliers conduits par des juristes, des enseignants, des travailleurs sociaux, capables d’intervenir dans une langue étrangère (russe, bengali, coréen, etc.) et qui abordent des sujets concrets ayant trait à l’éducation, à l’emploi et à la santé. Exemples de ces ateliers parmi les plus populaires : « démarrez votre entreprise en ligne à la maison » en mandarin, et « tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur la légalisation de votre statut » en espagnol. La bibliothèque propose également, en collaboration avec deux hôpitaux publics, des ateliers au cours desquels des professionnels de la santé abordent des thèmes comme le diabète, l’alimentation, la prévention du cancer. Elle a par ailleurs élaboré un guide des organismes proposant gratuitement ou pour une somme modique, dans une cinquantaine de langues, des services ou des cours, allant des conseils juridiques ou médicaux aux activités sportives.

S’intégrer sans oublier ses racines.

Si la bibliothèque déploie d’importants moyens pour favoriser l’assimilation des immigrants, elle est tout aussi attentive à valoriser les cultures des pays d’origine à travers un important programme culturel : musique, danse, ateliers, rencontres avec des écrivains. En avril, à l’occasion de la « Immigrant Heritage Week », les usagers pouvaient par exemple s’initier au chinois, participer à un atelier sur l’acquisition de la nationalité américaine, assister à un récital consacré à la musique classique russe, ou rencontrer trois auteurs, l’Ethiopienne Maaza Mengiste, la Chinoise Ruiyan Xu et l’Indien Tejas Desai. «La bibliothèque envoie un message essentiel : les habitants issus de l’immigration sont des clients à part entière qui ont la même importance que les autres », soulignait Fred J. Gitner, coordinateur du programme pour les nouveaux Américains et des services spécifiques à la bibliothèque de Queens, lors de sa présentation en novembre dernier à la Bibliothèque publique d’information à Paris. Ces activités affichent aussi clairement l’ambition de permettre la rencontre entre Américains et nouveaux arrivants. La célébration des différentes fêtes religieuses constitue à ce titre un événement fédérateur privilégié. Le festival du nouvel an chinois est d’ailleurs depuis plusieurs années le programme qui, parmi toutes les animations organisées par le réseau des bibliothèques, rencontre le plus vif succès, rassemblant à chaque édition plusieurs centaines de personnes.

Les collections reflètent elles aussi cette double logique : les immigrants y trouvent à la fois des documents d’aide à l’apprentissage de l’anglais et des collections d’ouvrages (surtout des romans populaires et des livres pratiques), de disques et de DVD en provenance de différents pays. Le NAP a constitué de grandes collections dans une vingtaine de langues principales tandis que la bibliothèque centrale propose des fonds dans une quarantaine d’idiomes, qui tournent dans les antennes locales. «Beaucoup d’immigrants viennent de pays qui n’ont pas une tradition de lecture publique. En leur proposant des documents dans leur langue ou parlant de leur culture, nous créons un environnement accueillant », précise Fred J. Gitner. La bibliothèque a bien sûr fait en sorte de rendre l’essentiel de ses informations accessible au plus grand nombre : le site Internet de la bibliothèque donne des informations générales en huit langues ainsi qu’une sélection de sites Internet en onze langues, dont l’arabe, le polonais, le russe, le coréen. Les données bibliographiques sont également disponibles dans les langues vernaculaires.

Partenariat et communication

: des ingrédients indispensables.

Parmi les facteurs de sa réussite, la bibliothèque de Queens met en avant les partenariats, absolument indispensables, avec les différents organismes intervenant auprès des personnes immigrées. Ils permettent notamment d’identifier les besoins particuliers d’une communauté et de relayer l’information sur les actions de la bibliothèque. Mais la coopération joue aussi à l’intérieur du réseau de lecture publique : quand un bibliothécaire des services spécifiques va présenter les ressources de la bibliothèque dans des centres pour seniors, qui desservent d’importantes communautés immigrées, en particulier chinoises et coréennes, il est accompagné par un membre de l’équipe du NAP qui traduit les informations.

L’autre outil indispensable est la communication. La bibliothèque déploie d’importants efforts pour informer son public partout où il se trouve : grandes campagnes publicitaires, distribution de tracts bilingues annonçant les animations auprès des journaux de la communauté ciblée, des commerçants locaux, des associations. La communication « humaine » est une partie importante du dispositif : la bibliothèque s’efforce de recruter à tous les niveaux de qualification des collaborateurs eux-mêmes issus de l’immigration, qui offrent un visage familier aux nouveaux arrivants et servent « d’ambassadeurs » de la bibliothèque dans leur communauté. L’équipe du NAP s’appuie aussi sur une analyse régulière de données statistiques précises pour connaître de manière approfondie la composition démographique du comté et suivre ses évolutions pour s’y adapter.

Avec le NAP, la bibliothèque publique de Queens a créé l’un des plus remarquables dispositifs du monde à destination des immigrés, par son ampleur, sa diversité et parce que, loin d’en faire un service à part, elle l’a placé au cœur même de ses missions. C’est notamment grâce à lui que la fréquentation et l’utilisation de la bibliothèque sont en hausse constante, faisant du réseau de lecture publique de Queens le plus important des Etats-Unis par le nombre de prêts annuels. < V. H.

11.10 2013

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