baromètre

La relation entre auteurs et éditeurs se détériore

De gauche à droite , Benoît Peeters, Françoise Nyssen, Christophe Hardy, Nicolas Turcev, Isabelle Jarry, Vincent Montagne et Louis Delas. - Photo OLIVIER DION

La relation entre auteurs et éditeurs se détériore

Près d'un tiers des auteurs estime avoir des relations non satisfaisantes ou conflictuelles avec leurs éditeurs, selon le baromètre bisannuel de la Société civile des auteurs multimédias et la Société des gens de lettres.

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Par Nicolas Turcev,
Créé le 09.03.2021 à 11h00,
Mis à jour le 09.03.2021 à 19h15

Les tensions s'accentuent entre auteurs et éditeurs. Près d'un tiers (31%) des écrivains rapportent entretenir des relations non satisfaisantes, voire conflictuelles, avec leurs éditeurs, selon le 8e baromètre de la Société civile des auteurs multimédias (Scam), élaboré avec le concours de la Société des gens de lettres (SGDL) et publié le 9 mars. Ce taux d'insatisfaction est en hausse de 7 points par rapport à 2018.

Le document, basé sur les réponses de 1086 auteurs à un questionnaire en ligne, dresse un état des lieux détaillé de la situation de la profession et du rapport contractuel et financier qui lie ses membres aux éditeurs. Un auteur interrogé sur trois (32%, en hausse de 3 points par rapport à 2018)  estime que ce lien s'est globalement détérioré au cours des trois dernières années, quand un sur dix pense le contraire.

Dans le détail, les auteurs jugent plus sévèrement le travail fourni par l'éditeur en aval de la production du livre. La diffusion, la reddition des comptes et la promotion sont les tâches les moins bien notées par les sondés. Cette dernière cristallise le plus l'insatisfaction des auteurs : 47% d'entre eux estiment que la mise en avant de leurs livres est principalement le fruit de leur propre travail sur les réseaux sociaux. La note moyenne de satisfaction sur toutes les tâches accomplies par l'éditeur est de 6 sur 10.
 

Des rémunérations disparates

La majorité des répondants (52%) déclarent que leur situation financière tend à se détériorer, malgré une hausse du taux de rémunération moyen de droits d'auteur par rapport à 2018, à 8,2% pour l'exploitation papier. Ce taux global cache toutefois des disparités assez radicales selon le genre de l'ouvrage.

En littérature générale, la majorité des contrats (52%) prévoient une rémunération comprise entre 10% et 15% du prix de l'ouvrage, tandis qu'aux rayons beaux livres, pratiques, jeunesse et bande dessinée, le taux le plus courant pour la majorité des auteurs est compris entre 5% et 10%. En jeunesse en particulier, plus d'un tiers des sondés (38%) disent même toucher moins de 5% de droits d'auteur.

Le taux moyen pour l'exploitation numérique se situe à un niveau sensiblement supérieur à celui de l'exploitation papier, à 11,4%, pour une médiane de 10%. Les pourcentages touchés sur chaque ouvrage y dépassent plus souvent les 15% de droits d'auteur, notamment en littérature générale, pour laquelle 25% des auteurs indiquent que leur dernier contrat prévoit un taux de rémunération de 20% ou plus.

Un tiers des créateurs sondés déclarent ne toucher aucune avance sur droits, ou à-valoir, traditionnellement versée lors de la signature du contrat. Cette tendance est à la hausse par rapport à 2018, remarque la Scam. Parmi les auteurs interrogés qui touchent un à-valoir, son montant se situe la plupart du temps entre 1500 et 3000 euros (37,5% des répondants), et peut être supérieur à 5000 euros (17% des répondants). Toutefois, seulement 44% des auteurs déclarent que leurs contrats comprennent systématiquement un à-valoir, soit 5 points de moins qu'en 2018.
 

Le contrat reste un enjeu clé

La compréhension des contrats par les auteurs progresse sensiblement par rapport à 2018. Une majorité (52%) juge les conditions de l'exploitation papier claires et explicites, contre 47% il y a deux ans. Mais 15% d'entre eux trouvent leurs contrats peu ou pas compréhensibles. La tendance se renverse pour l'exploitation numérique, puisque 38% des sondés estiment que les contrats pour l'édition dématérialisée sont peu ou pas clairs, contre 29% les jugeant tout à fait explicites, en hausse de 10 points par rapport à 2018.

La compréhension des contrats d'édition, la clé de voûte de la relation entre l'auteur et l'éditeur, reste un enjeu crucial pour les écrivains, qui sont plus d'un tiers (40%) à avoir recours à un avis extérieur pour étudier ce document. Parmi les profils sollicités, on retrouve des société d'auteurs (60%), des juristes (40%) ou des agents (7%).

Le baromètre s'attarde enfin sur les effets de la crise sanitaire. Si 90% des auteurs qui devaient signer un contrat avec un éditeur pendant le premier confinement, au printemps 2020, l'ont effectivement signé, 92% des publications prévues durant ces deux mois ont été reportées par les éditeurs, d'après les informations remontées par les écrivains. L'enquête relève par ailleurs que 21% des interrogés ont constaté des « mauvaises pratiques » de leurs maisons, comme des reports non communiqués ou l'application de tarifs promotionnels sur des livres numériques sans l'aval de l'auteur.
 

Le baromètre présenté lors d'un webinaire

En partenariat avec Livres Hebdo, la Scam et la SGDL, en présence du Syndicat national de l'édition (SNE), présenteront les chiffres clés du baromètre lors d'un webinaire diffusé le 9 mars à 17h30. La table ronde sera animée par Nicolas Turcev, journaliste à Livres Hebdo et réunira Isabelle Jarry, membre de la commission de la Scam, Christophe Hardy, président de la SGDL, Benoît Peeters, président de la commission de l'écrit de la Scam, Vincent Montagne, président du SNE et de Média-Participations, Françoise Nyssen, présidente du directoire d'Actes Sud, ainsi que Louis Delas, directeur général de l'Ecole des loisirs.

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