La Turquie assimile un livre féministe à de la pornographie | Livres Hebdo

Par Nicolas Turcev, avec AFP, le 04.10.2019 à 18h11 (mis à jour le 04.10.2019 à 19h01) International

La Turquie assimile un livre féministe à de la pornographie

Le livre féministe "Histoires du soir pour filles rebelles" a été considéré comme de la pornographie par la Turquie - Photo LES ARÈNES

Le best-seller Histoires du soir pour filles rebelles auraient une "mauvaise influence" sur les jeunes, selon l’organe turc chargé de la protection des mineurs.

Dans une décision rendue publique la semaine dernière, le Conseil turc chargé de la protection des mineurs des publications obscènes a décidé de réguler la commercialisation du best-seller féministe Histoires du soir pour filles rebelles (Les Arènes, 2017). "Certains des passages du livre auraient une mauvaise influence sur les esprits des personnes de moins de 18 ans", a estimé l'institution. L'ouvrage ne peut donc désormais être vendu qu'aux personnes majeures et doit être dissimulé dans les magasins.

L'ouvrage d'Elena Favilli et de Francesca Cavallo, sorti en 2016, raconte "100 destins de femmes extraordinaires" allant de la peintre mexicaine Frida Kahlo à la physicienne et chimiste Marie Curie ou encore à l'icône française de la mode Coco Chanel. Il a été traduit en 46 langues, dont le turc et s'est écoulé à des millions d'exemplaires dans le monde, dont près de 80000 en France selon l'institut Gfk.

"Cela me motive encore plus"

"Quand un gouvernement a peur d'un livre pour enfants qui promeut l'égalité, cela signifie que promouvoir ces idées dans la littérature jeunesse peut avoir et a un impact, a déclaré Francesca Cavallo à l'AFP par messagerie téléphonique. Cela me motive encore plus pour continuer à me battre tous les jours. Les filles méritent de grandir entourées par plus de modèles féminins. Elles méritent de grandir avec l'idée qu'elles peuvent être ce qu'elles veulent."

L'Association des maisons d'édition turques a diffusé un communiqué cette semaine qualifiant la décision du gouvernement de "danger du point de vue de la liberté d'expression et de publication et de menace pesant sur les principes d'une société démocratique".

Pour Murat Celikkan, de l'Association des droits de l'homme à Istanbul, "trouver dangereux que des femmes aient surmonté les obstacles d'un monde" dominé par les hommes "traduit l'état d'esprit des dirigeants en Turquie". "Maintenant, je m'inquiète beaucoup plus de l'avenir de ma fille de cinq ans dans ce pays", poursuit-il. 

La seule difficulté à laquelle les auteures d'Histoires du soir pour filles rebelles avaient jusqu'alors été confrontées avait été une décision russe de censurer l'histoire d'une femme transgenre, selon Francesca Cavallo.

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