L’affaire Preynat-Barbarin au tribunal, au cinéma et en librairie | Livres Hebdo

Par Vincy Thomas, le 19.02.2019 à 17h15 (mis à jour le 19.02.2019 à 18h00) Grâce à Dieu

L’affaire Preynat-Barbarin au tribunal, au cinéma et en librairie

Swann Arlaud et Josiane Balasko dans "Grâce à Dieu"

Après deux référés qui ont demandé le report du film, Grâce à Dieu sortira finalement le mercredi 20 février. Les deux plaignants ont été déboutés. Primé à Berlin à samedi, le film sort accompagné d'une version théâtrale du scénario. De nombreux livres ont aussi été publiés autour des scandales d'abus sexuels au diocèse de Lyon ou plus généralement au sein de l'Eglise catholique.

Grand prix du jury au Festival du film de Berlin, Grâce à Dieu de François Ozon sort en salles mercredi 20 février après avoir affronter deux procès en référés qui demandaient son report.
 
Si le film est une fiction, il repose sur des faits réels concernant les abus sexuels de l’église et son silence, sur de jeunes hommes. A travers trois victimes – Melvil Poupaud, Swann Arlaud et Denis Ménochet, le réalisateur montre avant tout comment des liens se tissent entre ces hommes agressés jusqu’à libérer la parole et réclamer justice. C’est davantage un film sur l'association La Parole libérée, fondée par d’anciens scouts qu’un récit sur la procédure judiciaire.
 
Plusieurs procédures

Il cite nommément le cardinal Barbarin, le père Preynat et Régine Maire, ex-membre du diocèse - dont les noms, dit François Ozon, "étaient déjà dans la presse" – mais pas les victimes.
 
Le jugement est attendu le 7 mars concernant le cardinal Philippe Barbarin et cinq autres personnes accusés de ne pas avoir dénoncé les agressions sexuelles pédophiles du père Preynat.
 
Régine Maire, poursuivie aux côtés de l'archevêque de Lyon pour non-dénonciation, a demandé que son nom soit retiré du film au nom de la protection de la vie privée et de la présomption d'innocence. Le tribunal l'a déboutée ce mardi 19 février en fin d'après-midi. Elle entend poursuivre le réalisateur sur le fond. 
 
Le père Preynat, poursuivi pour agressions sexuelles, ne sera finalement pas jugé avant la fin 2019. Lundi 18 février, alors qu’il accusait le réalisateur d’atteindre à sa présomption d’innocence, le tribunal de grande instance de Paris l'a également débouté, estimant que « les spectateurs sont informés, à l’issue du film, du principe de la présomption d’innocence dont [il] bénéficie, comme toute personne ».  Il fera appel. « Présenter durant deux heures comme coupable un homme qui n'a pas encore été jugé comme tel constitue une atteinte à la présomption d'innocence », argue à l'AFP Emmanuel Mercinier, l'un de ses avocats.

Le scénario en librairie
 
Les solitaires intempestifs attendent le résultat du second référé pour pouvoir publier la version théâtrale du scénario, deux textes écrits par François Ozon. Le livre est prêt et devait être en librairie cette semaine. L'éditeur attendait le deuxième jugement pour le distribuer aux libraires.
 

 
Les procès contre le père Preynat et le cardinal Barbarin ont donné lieu à d’autres publications. Isabelle de Gaulmyn a écrit Histoire d’un silence, paru au Seuil en 2016, enquête sur la pédophilie à Lyon, racontée par des victimes et des membres de la paroisse du curé. L’affaire Barbarin a été relatée dans Grâce à Dieu, c’est prescrit de Marie-Christine Tabet (Robert Laffont, 2017), qui dévoile les liens entre le cardinal, les traditionnalistes et les politiques qui l’ont protégé. Dans Plus jamais ça !, Pierre Vignon dénonce le silence et l’hypocrisie de l’Eglise face au scandale des religieux pédophiles (L’Observatoire, janvier 2019). Ce prêtre, fervent soutien des victimes de pédophilie, avait lancé une pétition appelant à la démission du cardinal, et sanctionné en n’étant pas reconduit dans ses fonctions de juge à l’officialité interdiocésaine de Lyon.
 
Un scandale mondial

La pédophilie et l’église ne touchent pas que le périmètre lyonnais. Le cinéma, que ce soit Spotlight (Oscar du meilleur film) à Boston, Sleepers à New York, La mauvaise éducation en Espagne ou El Club au Chili, a souvent exploré ce thème. Nombreux sont les essais qui ont alerté le Vatican sur ces agissements. Il aura fallu attendre ces derniers mois pour que l’Eglise catholique en fasse sa priorité, à travers des sanctions, des déclarations et des conférences. Le pape est lui-même accusé d’avoir protégé de nombreux responsables d’abus sexuels sur mineurs.

Christine Pedotti a récemment publié (en janvier) Qu’avez-vous fait de Jésus ? (Albin Michel), où elle révèle le malaise profond dans lequel elle se trouve. L’auteure met au jour la perversion du rapport de l'Eglise à la sexualité, à la démocratie et à la transparence, et montre comment les notions d'amour et de pardon prêchées par Jésus ont été détournées. Dan Chergui a témoigné sa propre expérience de victime dans Enfants violés, Eglise complice : je n’ai rien pu dire (Oser dire, 2018). Véronique Garnier-Beauvier explique comment, à 13 ans, elle a été abusée sexuellement par le prêtre de sa paroisse et raconte son parcours au sein de l'Eglise pour la défense des victimes dans Au troisième jour : abus sexuels au sein de l’Eglise (Artège, 2017).
 
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