BD/Suisse 8 mai Tom Tirabosco

L'appel de la forêt

L'appel de la forêt

Extrait de " Femme sauvage " de Tom Tirabosco. - Photo TOM TIRABOSCO/FUTUROPOLIS

L'appel de la forêt

Après la jungle africaine sur les traces de Joseph Conrad, Tom Tirabosco explore le Yukon dans un récit de survie dont l'héroïne fuit les dégâts du capitalisme sauvage.

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Par Fabrice Piault,
Créé le 25.04.2019 à 22h00

Dans Kongo, sur un scénario de Christian Perrissin (Futuropolis, 2013) (1), Tom Tirabosco avait suivi Joseph Conrad « au cœur des ténèbres », dans la jungle de l'Afrique éditoriale. Avec Femme sauvage, à équidistance d'Into the wild de Jon Krakauer, pour la mise en scène d'une nature à la fois protectrice et menaçante, et de La route de Cormac McCarthy pour les dangers d'une humanité dégénérée, sans oublier quelques clins d'œil au Jack London de Croc-Blanc et de L'appel de la forêt, l'auteur suisse continue de revisiter le récit de survie et de transmission.

Nous sommes dans le futur proche d'une Amérique trumpiste ravagée par les dégâts sociaux et environnementaux du capitalisme sauvage, les émeutes et la guerre civile. Une jeune femme, la narratrice dont on ne saura jamais le nom, enceinte de son compagnon tué par la police lors d'une manifestation, part seule, sac au dos et boussole en main, dans les montagnes et les forêts du Grand Nord. Elle espère retrouver au Yukon, au nord-ouest du Canada, les groupes de « rebelles » qui s'y seraient réfugiés et organisés dans une nature réputée mieux préservée à l'heure du réchauffement climatique, tandis que les très riches, eux, se sont barricadés en Alaska. Derrière elle, une famille et un monde salis, en miettes. Devant elle, un espoir mesuré de retour aux sources, sans illusions excessives, mais que peut-elle rêver de mieux sur cette planète déréglée ?

De Steve, l'un des nombreux compagnons de sa mère, la narratrice a retenu les trois principales règles de la survie en milieu naturel : toujours garder ses chaussures aux pieds pour fuir en cas de danger sans risquer blessure et infection, toujours rester sur ses gardes même dans les moments les plus favorables, et trouver un abri pour la nuit. Elle a aussi acquis avec lui quelques savoir-faire comme poser un collet ou dépecer un lapin. Et comme dans Into the wild, en dépit de quelques rencontres désagréables, ses premiers jours de solitude dans la nature sont presque exaltants, dans l'esprit de la philosophie d'Henry David Thoreau dont elle est adepte. Elle peut vérifier sa capacité à subvenir à ses besoins essentiels, jouir des plaisirs simples de la baignade ou du contact rassurant avec les rochers.

Les jours suivants seront plus angoissants, jusqu'à ce que le chemin de la jeune femme croise celui d'un mystérieux personnage au visage patibulaire, un géant muet, vêtu d'une impressionnante peau d'ours et qui pourtant apparaît comme un étonnant concentré d'humanité. A la faveur de la naissance du fils de la narratrice, Hassun, Tom Tirabosco fait peu à peu glisser son récit de survie vers le récit de transmission. La puissance de son trait charbonneux, profond, se révèle aussi bien dans la restitution de l'effondrement d'un monde que dans la représentation d'une nature ambivalente, de digressions d'inspiration chamaniste ou de cauchemars violents.

(1) Voir notre avant-critique dans LH 942, du 22.2.2013.

Tom Tirabosco
Femme sauvage
Futuropolis
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 25 euros ; 240 p. en N&B
ISBN: 9782754824569

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