Du 23 au 26 juin derniers, Mediatoon Droits audiovisuels a multiplé les rendez-vous au Marché international du film d'animation (MIFA), adossé au festival du film d'animation d'Annecy. L'agence y participait à l'opération Shoot the Book!, qui met en relation éditeurs et producteurs. Entre deux rencontres, son directeur Laurent Duvault a détaillé auprès de Livres Hebdo la mécanique de la cession des droits. Filiale de Média Participations, Mediatoon représente les catalogues de Dupuis, du Lombard et de Dargaud, ainsi que ceux d'éditeurs extérieurs.
Livres Hebdo : Comment repérez-vous les titres que vous allez proposer aux producteurs ?
Laurent Duvault : Nous participons à toutes les réunions commerciales des maisons, nous voyons arriver les livres trois mois avant leur sortie. Nous opérons déjà une présélection, selon les droits qu'on détient : parfois nous avons ceux du livre audio, pas ceux du cinéma. Ensuite on lit. On lit, on lit, ce n'est pas très compliqué. Après, on résume, et là c'est plus compliqué. Puis on va voir des gens pour leur proposer du contenu. Notre chance, c'est que les bonnes histoires n'ont pas de date de péremption. Il a fallu 70 ans pour faire le premier film de Spirou.
Qu'exigez-vous d'un producteur intéressé par l'un de vos titres ?
On ne vend rien sans l'accord de l'auteur. Le principe, c'est de demander une lettre d'amour et une lettre de banque. La lettre d'amour, c'est la vision éditoriale qu'ils auront : s'ils le voient en couleur ou en noir et blanc, si c'est une série ou un film, quels acteurs ils aiment. La lettre de banque, c'est combien ils comptent payer, sur quel modèle économique, est-ce que c'est un pourcentage des recettes, est-ce que c'est évolutif. Quand on est à peu près d'accord sur les deux, on partage avec l'auteur et on organise une rencontre.
Extrait de la présentation de Mediatoon Droits audiovisuels lors de l'opération Shoot the Book!, au MIFA, en juin- Photo MEDIATOON DROITS AUDIOVISUELS.Pour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Que dites-vous à l'auteur lors de cette rencontre ?
On met vraiment les auteurs en garde, et on prend tout le temps qu'il faut pour parler d'adaptation. Que ce soit un premier livre ou son 30e, il confie rarement à un inconnu un livre qui va mettre cinq à sept ans à arriver à l'écran, si tout va bien, et qui peut en plus ne plus ressembler du tout à l'œuvre d'origine. J'utilise souvent une analogie automobile : l'auteur prête les clés de sa voiture avec une exclusivité de sept ou dix ans, et rien ne peut se passer. Et puis sa place dans la voiture change d'un producteur à l'autre. Il peut être assis devant, c'est aussi la place du mort. Il peut être derrière. Il peut être dans le coffre. Il peut être laissé au bord de la route au premier virage.
Dans les faits, quelle place les auteurs prennent-ils ?
Cela dépend vraiment d'un auteur à l'autre. Certains ont laissé la main dès le premier jour, ils sont contents de participer, ils font des caméos, quand d'autres ne veulent pas être associés. On accompagne l'auteur dans toutes les rencontres et jusqu'au choix final, pour qu'il sache quelle place il aura et comment il pourra participer, ou pas.
« Les gens cherchent un projet qui puisse marcher dans le monde entier »
Les plateformes achètent désormais des livres en direct. Est-ce que cela change votre travail ?
Il y a deux choix, soit on signe avec un producteur, soit avec une plateforme. Certaines plateformes essaient d'acheter directement des livres en disant : je préfère choisir la personne qui va l'adapter plutôt que d'avoir un projet que j'aimais bien, présenté par quelqu'un qui n'a pas la même vision que moi. Elles ont une autre sensibilité, avec les big data et l'accès à toutes les données en temps réel. Elles arrivent parfois avec des équipes assez précises. C'est quelque chose qu'on challenge, en tout cas dont on discute en amont, pour être sûr que ça aille dans le sens des auteurs. Le piège, aujourd'hui, c'est que tout est globalisé. De plus en plus, les gens cherchent un projet qui puisse marcher dans le monde entier. On essaie de faire du global local, mais ce n'est pas si simple.
Qu'est-ce que l'adaptation rapporte au livre ?
On est d'abord et à la fin des éditeurs. On fait tout ça pour que tout retourne au livre, à la vente de livres, à l'œuvre de l'auteur. La Mort de Staline a été distribuée dans 39 pays, alors qu'une BD bien traduite en fait huit ou dix, et on a multiplié nos ventes internationales par cinq. Pour Les Enfants de la Résistance, Canal a reconnu que le bouche-à-oreille des lecteurs avait beaucoup joué. Roba, le créateur de Boule et Bill, disait qu'un mauvais film n'a jamais empêché une bonne BD. C'est parfois ce qu'on se dit, en ce moment, dans certaines salles.

