Livres Hebdo : À un mois de son ouverture, comment se présente la Foire de Francfort alors que juste avant l'été, vous avez appris que le Hall 6 n'était pas conforme aux normes ? Comment cela affecte les professionnels sur place ?
Juergen Boos : Cette année a été éprouvante pour nos équipes. Nous avions conçu un nouveau plan pour séparer plus nettement le BtoB et le grand public, et à peine l'annonce faite, on nous a signifié qu'un des halls ne serait plus disponible. Il a fallu tout reprendre à zéro et recontacter environ 500 exposants pour les repositionner. Ce fut très stressant, mais tout est aujourd'hui réglé, et je pense que chacun devrait y trouver son compte.
« Trois minutes de marche supplémentaires »
Plus généralement, la Foire évolue vers une nouvelle configuration avec un changement d'implantation pour le LitAg, le centre des agents et scouts littéraires. Quels sont les points de vigilance pour que cette nouvelle organisation profite à l'activité des participants ?
Le Hall 6 devenu indisponible nous a contraints à déplacer le centre des agents, le LitAg, vers le Hall 1 — un espace largement vitré, ouvert sur la ville. Il est un peu plus éloigné des stands : j'ai moi-même testé le trajet, cela représente environ trois minutes de marche supplémentaires. Nous mettons en place une nouvelle signalétique pour orienter les visiteurs.
Le Hall 1, à l'entrée du site de la Foire, accueillera en 2026 le LitAg.- Photo FRANKFURTER BUCHMESSEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
L'objectif de ces changements d'espaces est de limiter l'affluence du week-end, qui a été excessive ces trois dernières années. Les nouveaux regroupements par zones, notamment pour les exposants internationaux et le collectif français (stand 3.1 G 125, ndlr), sont même meilleurs qu'avant.
Des directeurs de droits de maisons exposantes regrettent que le mardi soit réservé exclusivement aux agents, et se sentent désavantagés alors qu'ils paient plus cher leur stand qu'une table au LitAg (centre d’agents et scouts littéraires). Que leur répondez-vous, et comment cette situation pourrait-elle évoluer ?
J'ai entendu ce message, notamment de la part d'Antoine Gallimard et de Nicolas Roche, directeur de France Livre. Nous appelons cela le « french challenge », car nous n'avons reçu ce type de retour que de ce pays… Le marché des droits ne cesse de croître au-delà du livre imprimé — audiovisuel, streaming, audio — sur les trois jours actuels, du mercredi au vendredi. En plus des possibilités qu'offre notre Centre des droits pour les éditeurs (Publishers Rights Centre), nous avons étudié deux pistes : ouvrir aussi le mardi aux éditeurs, ou au contraire fermer cet accès dédié aux agents. Chacune pose ses propres problèmes. Rien ne changera cette année, mais nous sommes confiants que tout se passera bien et que nous trouverons une solution pour l'année prochaine.
Gisèle Pelicot en programmation
Au-delà de la logistique, quels seront les grands sujets de cette édition ?
Côté BtoB, l'intelligence artificielle domine les débats, étroitement liée aux enjeux de protection du droit d'auteur face à de nouveaux acteurs peu respectueux des règles. Le livre audio connaît lui aussi une forte progression, autre sujet majeur de cette édition. Nous consacrons une programmation aux sujets culturels et politiques actuels, notamment la censure et l'autocensure, qui sont selon moi en progression, réunie sous la bannière Frankfurt Calling, menée avec de nombreux partenaires, comme les Nations unies et plusieurs PEN clubs.
Le stand de France Livre traverse le parvis pour se tenir lors de cette édition 2026 dans le Hall 3.1- Photo FRANKFURTER BUCHMESSEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Le manga et la bande dessinée jeunesse occupent également une place importante cette année, tout comme deux nouvelles scènes dédiées à l'Asie et à l'Amérique latine, créées avec des partenaires régionaux. L'Europe centrale, avec la République tchèque, est l'invitée d'honneur de cette édition, aux côtés de personnalités attendues comme le lauréat du prix de la Paix des libraires allemands Philippe Sands, la Française Gisèle Pelicot ou l'auteur Colson Whitehead. Enfin, les adaptations audiovisuelles auront une programmation spécifique le vendredi 9 octobre, avec des producteurs de cinéma internationaux et des plateformes de streaming présents en force tout au long de la Foire.
Comment abordez-vous personnellement ce salon, qui sera le dernier sous votre direction ?
Je suis arrivé à la tête de la Foire en 2005. J'aborde cette dernière édition avec optimisme, porté par la vitalité de marchés comme l'Inde, le Brésil, le Mexique ou l'Asie centrale, où la culture, l'éducation et la littérature sont en plein essor. Il faut faire attention, car il y a de nombreux écosystèmes dans l'édition, et certains sont en croissance !
Par ailleurs, la pandémie m'a appris une leçon : nous avions investi dans un salon virtuel, que nous avons depuis abandonné. Les gens ont besoin de se rencontrer dans ce métier, c'est une question de confiance. Et j'ai d'ailleurs pleine confiance en mon successeur, Joachim Kaufmann, que j’accompagne dans sa prise de poste. Je continuerai à suivre l’évolution du secteur, notamment en France, où j'observe un marché de plus en plus politique — une tendance que je veux surveiller de près, y compris pour l'Allemagne.


