Histoire/France 10 octobre François-Xavier Fauvelle

Le continent retrouvé

Mansa Moussa, empereur du Mali. Manuscrits occidentaux - Photo Atlas catalan (détail) , vélin, 1375, Paris, BNF.

Le continent retrouvé

Mené par François-Xavier Fauvelle, un collectif d'historiens nous ouvre les portes de l'Afrique ancienne dans un livre novateur et richement illustré.

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Par Laurent Lemire
Créé le 28.09.2018 à 00h03

Magnifiquement illustré, agrémenté de cartes et de schémas, c'est pourtant plus qu'un beau livre. François-Xavier Fauvelle et les différents spécialistes qui interviennent dans ce volume nous ouvrent les portes d'un continent fantôme, un territoire que l'on abordait beaucoup par on-dit, présupposés, sentimentalisme narquois et opinions plus ou moins avouables.

Cet historien chevronné avait déjà montré la richesse de cette Afrique ancienne dans Le rhinocéros d'or (Alma, 2013), beau succès de librairie pour une belle découverte du Moyen Age africain à travers une série d'anecdotes. L'objet doré provenant d'Afrique du Sud a évidemment sa place dans cet ouvrage appelé à faire date, tant par la qualité des matériaux exploités que par les nouvelles méthodes d'investigation proposées.

Dans cette collection « Mondes anciens », qui ne cesse de montrer auprès d'un public conquis sa pertinence dans son approche de l'histoire, comme l'avait fait jadis « L'univers des formes » pour l'art, ce directeur de recherche au CNRS (université de Toulouse) a retenu une période assez vaste puisqu'elle s'étend de 20 000 ans avant notre ère jusqu'au XVIIe siècle avec les chroniques de Tombouctou écrites par des érudits musulmans.

Avant cette date, le passé est inscrit dans le sable, les paysages, les outils, les habitations, les monuments et les rares manuscrits. L'historien doit ruser avec l'oralité, la mémoire et les sources immatérielles pour étudier cette Afrique d'avant, comme le montre la dernière partie du livre qui nous fait entrer dans son atelier. Il lui faut d'une certaine façon réinventer la manière de faire de l'histoire pour la comprendre, selon les mots de François-Xavier Fauvelle. « Les Africains ont aussi une histoire ; on peut en Afrique aussi faire l'histoire des grandes civilisations, des villes, des femmes, du commerce des paysanneries, des techniques, de l'art, de l'alimentation. » Il faut simplement se débarrasser de quelques habitudes, de ce regard idéalisé et de cette Afrique inventée de toutes pièces. Cet ouvrage révèle que c'est possible. Du lointain surgissent ainsi les monarchies de Kerma, Napata, Méroé ou Aksum, le monde swahili, les royaumes courtiers du Sahel ou les sociétés du bassin du Congo.

On se souvient de la phrase de Nicolas Sarkozy sur une Afrique qui ne serait pas entrée dans l'Histoire. Ce livre montre a contrario qu'elle n'en est jamais sortie. D'ailleurs, ce n'est pas en Afrique mais en Occident qu'on a annoncé la fin de l'Histoire. Grand admirateur de ce continent et de ses potentialités, Jean-Louis Borloo n'a pas renoncé à son projet d'électrifier l'Afrique. Avec ce livre, François-Xavier Fauvelle et ses collègues lui donnent déjà le plus bel éclairage qui soit. Celui du savoir.

Collectif
L’Afrique anciennee l’Acacus au Zimbabwe : 20 000 avant notre ère-XVIIe siècle - Sous la direction de François-Xavier Fauvelle
Belin
Tirage: 9 000 ex.
Prix: 49 euros ; 680 p.
ISBN: 9782701198361

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