22 AOÛT - ROMAN France

Christian Estèbe- Photo DR/FINITUDE

Si on a bien compris, voici quelque temps, Christian Estèbe est devenu orphelin. Sa mère, après son père quelques années auparavant, est morte. Pour un écrivain, c'est parfois une aubaine. Pour un fils, ce n'est pas rien non plus. L'histoire de la littérature est pleine de ces pas de tango indécis entre le soulagement et le chagrin. Et là, Estèbe, qui écrit depuis toujours, publie depuis trente ans (premier roman, Piano bar chez Luneau Ascot, 1982) et a passé l'âge où l'on envisage sans gêne de s'accrocher aux jupes de sa mère, va danser avec une grâce qu'on ne lui connaissait pas. Cela s'intitule La gardienne du château de sable. C'est un roman puisque chaque vie en est un que chaque mort éclaire. C'est déchirant de tristesse, de douceur, de précision enfiévrée par le chagrin.

Donc, cette nuit-là, sa mère est morte. Enfin, pense-t-il d'abord. C'est moins l'âge de la défunte (83 ans) qui lui inspire ce terrible sentiment que le poids que firent peser sur sa vie la violence et l'amour de cette femme. Elle va enfin pouvoir reposer en paix. Elle ne sera peut-être pas la seule.

Et puis non. Il faut toujours renouer le fil de cette conversation interrompue où l'imprécation et l'injure tenaient lieu d'effets de rhétorique. Essayer malaisément de comprendre la cohérence secrète qui lie la jeune femme, au physique un peu ingrat, en robe et socquettes blanches, que nous révèle la photographie de couverture du livre, avec cette petite morte dont nul ne veut plus, pas même la faculté des sciences. Ce sale et merveilleux boulot, c'est son fils, dont elle aurait tant voulu qu'il devienne prêtre et qui se fait reconnaître comme écrivain, qui le fera. Le ménage chez les autres, les passes chez soi, l'horizon obscur d'une existence entre HLM et maison de retraite, tout défile. Tout passe, tout glace, c'est la vie des pauvres gens. Comment ils aimèrent, pourquoi ils moururent. Pour que parfois un livre comme celui-là existe.

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