Le livre fait le plein à la Foire de Brive | Livres Hebdo

Par Pauline Leduc, à Brive-La-Gaillarde, le 07.11.2016 à 01h17 (mis à jour le 07.11.2016 à 15h31) Manifestation

Le livre fait le plein à la Foire de Brive

L'affluence à la foire du livre de Brive, samedi 6 novembre 2016. - Photo OLIVIER DION/LH

Sous la présidence délicate et discrète de Daniel Pennac, la trente-cinquième édition de la manifestation littéraire corrézienne a drainé du 4 au 6 novembre, un très large public venu découvrir dans une ambiance joyeuse une programmation éclectique.

La 35e foire du livre de Brive, du 4 au 6 novembre sous la présidence de Daniel Pennac, s'est achevée une nouvelle fois sous le signe du succès. Dès avant la divulgation, mardi 8 novembre, des chiffres officiels de fréquentation, Frédéric Soulier, le maire de la ville s'est réjoui d'un cru 2016 qui n'aura pas à rougir de la comparaison avec l'édition précédente, pourtant marquée par des records de fréquentation et de chiffre d'affaires avec un bilan financier dépassant les 700 000 euros. "Nous sommes bien partis pour nous en  approcher, a confirme Nicolas Poret, le nouveau président du Groupement d'intérêt économique (GIE) qui réunit les 7 librairies assurant la commercialisation de tous les ouvrages. Les tendances de fréquentation sont au moins aussi bonnes pour les journées de vendredi et samedi et même la tranche de 13h-15h le dimanche a fait le plein : les gens changent leurs habitudes pour venir à la foire".
 
Une anarchie contrôlée
 
Les raisons du succès ? Une manifestation gratuite qui sait, comme l'a joliment exprimé lors de l'inauguration Frédéric Soulier, empruntant le célèbre vers du Rêve Familier de Paul Verlaine, n'être année après année "ni tout à fait la même, ni tout à fait une autre". Fidèle à sa réputation, la foire de Brive s'est déroulée dans une ambiance joyeuse et détendue malgré les nombreuses mesures de sécurité mises en place. La bonne humeur a même été accentuée par la victoire, samedi soir, du club de Rugby de Brive qui s'est imposé face à Bayonne lors d'un match ouvert par l'écrivain Jean Teulé.

L’ambiance entre les libraires de la foire est aussi au beau fixe. "Il y a une vraie cohésion entre nous, durant quelques jours on laisse de côté toutes les concurrences pour s’unir", assure Frédéric Thély, directeur du magasin Cultura et ancien président du GIE, qui tient à mettre l’accent sur l'esprit bon enfant de la manifestation et ses allures d’"anarchie contrôlée". La programmation éclectique, avec près de 350 auteurs, a attiré les foules, créant par exemple samedi matin sous le crachin une file d'attente de plusieurs centaines de mètres qui courait jusqu'à la Truffe Noire, où une partie du monde de l'édition avait festoyé la veille au soir.
 
Le public a  plébiscité le président délicat et bienveillant de cette nouvelle édition, Daniel Pennac qui, selon ses propres mots lors de l'inauguration, a accepté de succéder à l'académicienne Danièle Sallenave, "non pas en tant qu'auteur mais en tant que lecteur, infiniment reconnaissant de ce qu'apportent les écrivains". Tous ses rendez-vous avec les lecteurs, de son Grand Entretien de vendredi à l'hommage qu'il a rendu à Jean Giono, ont fait salle comble.
 
Programmation éclectique
 
Mais ce sont les têtes d'affiche de la rentrée littéraire et les auteurs populaires qui ont suscité le plus d'engouement. La toujours souriante Leila Slimani, tout juste auréolée de son prix Goncourt pour Chanson Douce (Gallimard), était, à quelques heures de la fermeture, au coude à coude des meilleures ventes de la foire à coté de Christian Signol (Albin Michel), habituel numéro 1 de la manifestation,  avec approximativement 1100 exemplaires vendus. Affluence aussi au stand d’Albin Michel pour Bernard Werber, qui dédicaçait son dernier roman, Demain les chats, tandis qu’un peu plus loin une file de fans impatient attendait Gilles Legardinier  qui, bien qu’ayant abandonné, lui, les félins pour la couverture de son Dernier Miracle (Flammarion), n’a rien perdu de sa popularité. L’auteur a d’ailleurs poursuivi ses rencontres le soir même lors d'un diner au Living avec dix de ses lecteurs.

Le primo romancier Gaël Faye pressenti pour plusieurs grands prix de la rentrée avec son Petit pays, a fait l’honneur de déplier ses deux mètres pour serrer la main de chacun de ses très nombreux lecteurs, et pourrait bien aussi faire partie des meilleurs ventes de la manifestation. De même la reine du polar Elizabeth Georges qui signait à tour de bras son Avalanche de conséquences (Presses de la cité). Les autres lauréats des grands prix littéraires de l’automne, tel Ivan Jablonka, paré du Médicis, ou Adelaïde de Clermont Tonnerre, couronnée par l’académie française, ont aussi suscité des cohues. D'autres plumes qui ont marqué la rentrée littéraire 2016 ont également été accaparées par leurs lecteurs tels Amélie Nothomb qui, sitôt sortie du train du livre, a entamé de longues séances de dédicace, au champagne évidemment, Catherine Cusset, Serge Joncour, Régis Jauffret, Nina Bouraoui, Baptiste Beaulieu, Alexandre Postel – invité spécial de Daniel Pennac – ou encore Yasmina Khadra.
 
Des scènes frôlant l'hystérie

La circulation dans les allées de la Halle Georges Brassens a ainsi rappelé pendant trois jours aux Parisiens, les embouteillages du boulevard périphérique. La présence de personnalités particulièrement médiatiques a donné lieu à des scènes frôlant l’hystérie. Au stand Michel Lafon samedi, des hordes de fans et de curieux tentaient d’apercevoir en vain Laetitia Milot, actrice de la série Plus belle la vie, tandis que juste à côté, Lorant Deutsch produisait le même effet. Dimanche, l’arrivée pourtant matinale d’Alain Juppé, candidat aux primaires de la droite, tout juste adoubé par Claude Chirac, a créé un mini tsunami autour du stand de JC Lattès. En 1h30, le candidat à la candidature à l'élection présidentielle aurait vendu pas moins de 200 exemplaires de Pour un état fort. Enfin, très remarqués durant le week end, l’ex-policier et l’ex-trader, Michel Neyret (Plon) et Jérome Kerviel (Presse de la renaissance), ont déambulé de concert dans les allées de la foire.
 
La grande nouveauté de la programmation de l’événement, défini par le très populaire Alain Mabanckou  comme la  "manifestation préférée des écrivains", ce sont "Les grandes leçons" qu’il a lui-même inauguré samedi matin. "Nous voulions créer un moment qui rappelle l'université de tous les savoirs, offrir au public des passeurs de connaissance sur des sujets très variés : littérature, cinéma (ndlr avec Jean-Pierre Mocky), histoire...", explique Guillaume Delpiroux, le commissaire général de la foire. L'initiative a fait salle comble à chacune des leçons, attirant un très large public. Il s'est, par ailleurs, réjoui de l'aboutissement du programme jeunesse de la Foire.

Deux rencontres professionnelles

Mais la foire de Brive n’est pas seulement un rassemblement destiné aux lecteurs, puisqu’elle tend année après année à mettre l’accent aussi sur la vie et les problématiques des professionnels du livre. D'une part, la sixième journée interprofessionnelle organisée par la grande région a, selon le communiqué des organisateurs, été suivie par plus de 120 participants, venus vendredi échanger autour de la fidélisation des publics. D'autre part, le lendemain au musée Labenche, s’est tenue la deuxième rencontre professionnelle de la Foire de Brive, une demi-journée inaugurée l’année précédente en présence du président du Syndicat national de l'édition (SNE), Vincent Montagne, et de celle de la Société des gens de lettres (SGDL), Marie Sellier. Cette deuxième édition a vu la participation d'intervenants aux profils variés – Pierre Dutilleul, directeur général du SNE, Marie Sellier ou encore Philippe Walter, directeur du développement et de l’innovation sur le secteur public lié à l’innovation chez Microsoft – pour débattre de l’utilisation du numérique dans les métiers du livre.
 
Alors que la saison des grand prix littéraires touche à sa fin, la foire de Brive a été l’occasion de continuer à mettre en lumière certains auteurs. Philippe Forest (Gallimard) a reçu pour son œuvre le Prix de la langue française, Franck Bouysse celui du Prix des lecteurs de la ville de Brive pour Plateau (la manufacture des livres) tandis que Guy Boley s’est vu remettre pour Fils du feu (Grasset), le prix révélation de la SGDL, et que Gérard Bayo a reçu le prix de poésie Mallarmé. Alors que les portes de la halle Georges Brassens viennent de se refermer, les organisateurs réfléchissent déjà au choix de la personnalité qui présidera la prochaine foire de Brive, du 10 au 12 novembre 2017.
close

S’abonner à #La Lettre