Le Mémorial de la Shoah consacre jusqu'au 8 mars 2011 une exposition à l'écrivain Irène Nemirovsky, née à Kiev et morte à Auschwitz, qui fut une des figures de la vie littéraire française de l'entre-deux guerres, dont certains écrits ont été taxés d'antisémitisme.

Après des années de relatif oubli, elle a reçu le prix Renaudot à titre posthume en 2004 pour Suite française (Denoël), un roman-récit sur l'Occupation et l'exode dont le manuscrit avait été retrouvé incidemment par sa fille dans une petite malle oubliée.

L'exposition, intitulée "Il me semble parfois que je suis étrangère", retrace le bref destin de cette jeune femme brillante, née dans l'opulence d'une famille de banquiers, auteur reconnu et célébré d'une vingtaine de romans, obligée finalement de se cacher et d'écrire sous un pseudo des nouvelles "alimentaires", avant d'être rattrapée par le statut des juifs et déportée en 1942 à l'âge de 39 ans, après sa conversion au catholicisme.

L'exposition présente environ 250 documents, brouillons, lettres, photos, articles, le manuscrit de Suite française et aussi des textes plus ou moins autobiographiques, écrits en français et parsemés de mots russes ou anglais dont elle se servait ensuite pour ses romans. Y figure aussi une lettre au maréchal Pétain, dans laquelle elle lui demande sa protection et à laquelle il n'a pas répondu.

L'exposition s'ordonne en quatre parties retraçant les épisodes de la vie de l'écrivain, successivement russe, française, apatride et juive. En revanche, ses démarches pour obtenir la naturalisation française n'ont jamais abouti en dépit du soutien de ses éditeurs.

On peut lire aussi la liste des 119 femmes du convoi parti du camp de Pithiviers à destination d'Auschwitz, sur laquelle elle est identifiée comme "Epstein Irène Nemirovsky, femme de lettres". Elle est morte un mois plus tard du typhus.

Trois conférences sont prévues, sur les maisons d'édition pendant l'Occupation, sur la conversion des juifs et sur la vie d'Irène Nemirovsky. En librairie, Gallimard s'aprête à rééditer début novembre Jézabel mais aussi à publier Les vierges et autres nouvelles, un recueil de onze textes inédits.

Il s'agit, dit le président du Mémorial Jacques Fredj, de faire "redécouvrir Irène Nemirovsky, grand écrivain français juif". Mais il pense que l'exposition va "faire débat" parce que l'auteur a été fréquemment taxée d'antisémitisme, notamment parce que son roman le plus célèbre, David Golder, décrivait le monde de la finance via le personnage de son héros, un banquier juif avide et cynique. Ce roman, qu'elle a écrit à l'âge de 26 ans, a été d'emblée salué comme un chef-d'oeuvre, quelquefois comparé au "Père Goriot" de Balzac.

Olivier Philipponnat, commissaire de l'exposition, rejette ces accusations d'antisémitisme. "Elle était une fine observatrice et a décrit avec sévérité ce monde qu'elle connaissait, tout comme François Mauriac a décrit la bourgeoisie catholique de province".



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