Le ministre de la Culture épinglé par les Goncourt | Livres Hebdo

Par Isabel Contreras, le 03.03.2020 à 16h50 (mis à jour le 03.03.2020 à 17h01) Prix littéraire

Le ministre de la Culture épinglé par les Goncourt

De gauche à droite: Camille Laurens, Éric Emmanuel Schmitt, Pascal Bruckner, Tahar Ben Jelloun et Francoise Chandernagor. - Photo OLIVIER DION

Suite aux critiques de Franck Riester sur l'attribution du César à Roman Polanski, Pascal Bruckner l'a traité de "ministre de la censure" tandis que Françoise Chandenagor a remis en cause "son degré de compétence en matière artistique".

L'attribution, du César de la meilleure réalisation à Roman Polanski pour J'accuse ainsi que la tribune en soutien à Adèle Haenel, signé par Virginie Despentes sur Libération ont animé, mardi 3 mars, les discussions de la première réunion de l'académie Goncourt avec ses deux nouveaux membres, Camille Laurens et Pascal Bruckner.

Ce dernier a traité le ministre de la Culture, Franck Riester, de "ministre de la censure" pour avoir critiqué le couronnement de Roman Polanski. Il "s'est transformé en ministre de la censure mais on n'est pas en Union soviétique", a-t-il déclaré.

"Le ministre de la Culture doit superviser tous les métiers artistiques mais n'a pas à donner son avis, j'ai été surpris de ses interventions.  Je pense qu'il veut aller dans le sens du courant mais le courant pourrait un jour se retourner contre lui", a insisté l'essayiste, proche de Roman Polanski.

Juge moral
 
De son côté, Françoise Chandernagor a lancé : "Nous espérons que quels que soient nos choix, le ministre de la Culture ne se mêlera pas de les critiquer parce que je ne sais pas quel est son degré de compétence en matière artistique". Avant d'ajouter : "Je me suis dit que s'il juge du cinéma il va peut-être vouloir juger de la littérature et à qui donner notre prix, c'est possible".

Certains académiciens ont jugé "confuse" la tribune signée lundi par leur ancienne camarade du jury, Virginie Despentes. Parue sur Libération, elle dénonçait la distinction remise à Roman Polanski et saluait le geste d'Adèle Haenel qui a quitté la salle à l'annonce du prix: "La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. "

Essayant de temporiser, le nouveau président Didier Decoin s'est limité à saluer l'arrivée des deux nouveaux membres. "Nous avons voté pour vous à l'unanimité et ce n'est pas si fréquent", a-t-il affirmé. Ne partez pas, n'attrapez pas le Coronavirus... Parce que ce n'est pas si facile de trouver de bons candidats. On exige beaucoup de choses, il y a beaucoup de boulot à faire (...) et vous êtes bénévoles !"
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