Du 24 au 27 septembre, le Québec devient le premier territoire francophone à occuper seul le rôle d'invité d'honneur d'une foire grand public non francophone : la Foire de Göteborg (Suède), premier événement culturel des pays nordiques (80 000 visiteurs, 40 % de professionnels, 800 exposants, une quarantaine de pays représentés, 320 séminaires et 4 000 événements au programme). Une première depuis l'invitation du Québec seul à Guadalajara, en 2003.
19 auteurs traduits en suédois
Derrière l'événement, une stratégie de vente de droits mûrie depuis quatre ans et la Foire de Francfort 2022. Objectif fixé alors : intensifier les traductions vers le suédois entre 2025 et 2027. Il est d'ores et déjà dépassé. « Sur les 20 auteurs de la délégation, 19 sont traduits en suédois », assure à Livres Hebdo Sébastien Lefebvre, responsable de projets à Québec Édition. Seule Julie Doucet, par ailleurs invitée du festival de bande dessinée d'Alingsås juste avant la foire, n’a pas encore de traduction établie.
Le marché suédois, structuré autour de deux géants, Bonnier et Norstedts, et d'une myriade d'indépendants, a donc vu 15 à 16 maisons acquérir des droits sur les auteurs de la délégation : Kim Thuy, Michel Jean, Éric Chacour, la jeunesse avec Marianne Dubuc, ou encore Lise Tremblay, dont l'œuvre complète est traduite depuis une dizaine d'années par le même éditeur scandinave indépendant, Ramus förlag.
Fondation indépendante dont 75 % des revenus proviennent des manuels scolaires, Natur & Kultur a récemment acquis un roman de Martine Desjardins (Alto) ainsi que le premier roman C'était ça ou mourir de Thélyson Orélien (Boréal), best-seller actuel de la maison dirigée par Renaud Roussel, également du voyage. Le titre défendu par la directrice de droits de la maison Aline Girard-Gaget avait déjà été cédé à 27 marchés début septembre et sa publication en France, chez Grasset, domine actuellement les sélections des grands prix d’automne.
Littérature autochtone en valeur
Cette réussite s’est construite sur un travail de réseautage mené en amont via un fellowship au Québec coorganisé avec le Swedish Arts Council chaque année pendant trois ans et un déplacement d'éditeurs québécois à Stockholm en mai 2024, incluant du BtoB à l'ambassade du Canada. Son point d’orgue sera les deux tables à l’International Rights Center de la Foire de Göteborg, ouvert dès le mercredi jusqu’au vendredi, pour une douzaine d'éditeurs québécois.
Côté programmation, le Seminar Program compte environ 400 rencontres sur quatre jours ; le Québec y tient sa propre scène, comme au Festival du livre de Paris en 2024 lorsqu’il fut invité d’honneur, avec une quarantaine d'événements et met en avant la littérature autochtone, thème porteur en Suède, avec trois auteurs des Premières Nations et des auteurs samis suédois et norvégiens. Au total, la présence québécoise génère quelque 120 événements littéraires en septembre, entre la foire, Stockholm, Alingsås et les bibliothèques et librairies de Göteborg.
« À quoi bon être à l'honneur dans une foire publique si les lecteurs ne peuvent pas lire les livres ? », résume Sébastien Lefebvre. La réponse, côté suédois, se compte déjà en contrats.
