La poésie avait déjà son histoire au Seuil, elle aura désormais sa collection. Le 16 octobre paraîtront les deux premiers ouvrages de « Pierres Vives », une collection entièrement dédiée au genre et dirigée par Pierre Hild, secrétaire général de la maison.
Quatre à cinq recueils devraient être publiés chaque année, avec l’ambition de faire émerger de nouvelles voix. Pour inaugurer la collection, Le Seuil s'appuie sur Méduse-moi d’Amanda Brizzi et Bèstia d’Irene Solà, tirés chacun à 1 200 exemplaires.
De nouvelles voix
Deux autrices dont les univers, bien que singuliers, se rejoignent par leur manière d’aborder certains sujets de société. Pierre Hild évoque ainsi une possible « littérature de confrontation », une expression empruntée à Édouard Louis pour désigner des écritures capables de mettre en tension formes littéraires et questions politiques ou sociales.
Mais la collection n’entend pas pour autant se doter d’un cahier des charges trop étroit. « Ce qui prime, c’est la singularité de la voix », insiste Pierre Hild. Le politique ou le sociétal ne constitueront donc pas des conditions indispensables.
La collection accueillera majoritairement des auteurs et autrices émergents, sans que cela signifie nécessairement qu’il s’agira de leurs premiers livres. L'éditeur souhaite également rester attentif à des auteurs déjà présents dans son catalogue et qui pourraient développer, parallèlement à leur pratique habituelle, une écriture poétique.
Pierre HIld, secrétaire général du Seuil - Photo BÉNÉDICTE ROSCOTPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Dans les pas de l’histoire du Seuil
La poésie n’est pas une nouvelle venue au Seuil. Depuis sa création en 1935 et la parution de Rondes, ouvrage qui mêlait déjà vers et prose, l'éditeur a publié de nombreux recueils et textes consacrés à la poésie, notamment dans des collections comme « Fiction & Cie » ou « La Librairie du XXe siècle », puis « La Librairie du XXIe siècle ».
Le nom même de la nouvelle collection revendique cette filiation. « Pierres Vives » est une collection historique créée en 1945 par Claude-Edmonde Magny, principalement consacrée aux essais littéraires et à la critique, mais qui a également accordé une place importante à la poésie. Elle a notamment accueilli Pierre Jean Jouve, Léon-Gontran Damas, T. S. Eliot, Jean-Marie Gleize ou encore Édouard Glissant.
« Pierres Vives » s’inscrit ainsi dans un « esprit de suite et de mémoire », selon les mots de Pierre Hild. Sa maquette reprend notamment les codes la collection-revue « Écrire », créée par Jean Cayrol en 1956.
Une publication « mémorielle » par an
Cette volonté de mémoire se traduira aussi par la publication, à raison d’un volume par an, d’un poète ou d’une poétesse, français ou étranger, ayant un lien particulier avec l’histoire du Seuil. Après les deux titres inauguraux d’octobre, la prochaine livraison est ainsi prévue pour mars 2027 avec un volume consacré au poète chilien Nicanor Parra.
Une poésie bien vivante
« La vitalité du domaine de la poésie actuellement en France, c’est aussi ce qui a motivé la création de cette collection », indique le Pierre Hild. Si le regain d’intérêt pour la poésie reste difficile à mesurer précisément, l’éditeur observe plusieurs signes de cette vitalité. Il évoque notamment la multiplication des lectures et rencontres poétiques publiques.
Surtout, certaines formes de poésie semblent parvenir à toucher un public plus jeune. « Les jeunes figures de la poésie ont des pratiques multiples, mêlant différentes formes d’art », observe Pierre Hild. Une porosité entre les disciplines qui se retrouve chez Amanda Brizzi, dont le travail ne se limite pas à la poésie puisqu’elle a également écrit pour le théâtre et a développé une pratique dans le champ des arts plastiques.
« Cette nouvelle forme de création est riche, la circulation de genres et de créations est passionnante à accompagner », conclut le directeur de collection.

