Tribune

"Les artistes-auteurs sont exclus du droit commun" dans la politique culturelle

Roselyne Bachelot, ministre de la Culture - Photo OLIVIER DION

"Les artistes-auteurs sont exclus du droit commun" dans la politique culturelle

Dans une tribune publiée samedi 17 avril dans Le Monde, un collectif d’auteurs, compositeurs, plasticiens et représentants d’organisations professionnelles interpellent le gouvernement sur les dernières annonces du ministère de la Culture, concernant le statut des artistes-auteurs. 

Par Thomas Faidherbe,
Créé le 19.04.2021 à 15h45,
Mis à jour le 20.04.2021 à 10h02

Dans une tribune publiée samedi 17 avril sur le site internet du Monde, un collectif d’auteurs, compositeurs, plasticiens et représentants d’organisations professionnelles ont décidé d'interpeller la ministre de la Culture, Roselyne Bachelot, et le gouvernement, à propos du statut des artistes-auteurs. 

Samantha Bailly, autrice et ex-présidente de la Ligue des auteurs professionnels, Aurélie Gerlach, autrice et coprésidente de la Charte des auteurs et illustrateurs jeunesse, Nathalie Ferlut, autrice de BD, fondatrice et déléguée aux relations extérieures de l’ADABD (Association des auteurs de bande dessinée) et Benoît Peeters, auteur et président des EGBD (Etats généraux de la bande dessinée) sont parmi les signataires.

Cette tribune est une nouvelle fois un rappel aux conclusions du rapport Racine sur "L’auteur et l’acte de création", publié en janvier 2020. Le document "soulignait avec lucidité la précarité et la dégradation des rémunérations des artistes-auteurs. Un audit sans appel et guère reluisant pour un ministère de la Culture

Le rapport "proposait des solutions claires pour remédier à une situation sociale indigne : identification de la profession, accès effectif aux droits sociaux, création d’une instance de négociation collective contraignante pour les exploitants d’œuvres, élections professionnelles, valorisation du travail de création, objectifs de minimums de rémunérations, (...) il envisageait les artistes-auteurs comme une catégorie à part entière, des professionnels aux intérêts communs, dont le statut nécessitait une refonte pour sortir enfin de l’angle mort des politiques culturelles" précisent-ils. 

Amertume

Malgré cela, les 23 recommandations du rapport n'ont pas été suivies par le gouvernement. Si les signataires reconnaissent le déploiement de délégations ministérielles, le lancement des enquêtes et l'envoi de missions exceptionnelles pour des spécialistes, ils constatent surtout que "le ministère a choisi d’écouter celles et ceux qui prétendent représenter "l’intérêt des auteurs » parce qu’ils défendent les intérêts financiers tantôt des exploitants des œuvres, tantôt de certaines catégories d’auteurs, tantôt d’auteurs morts !", pointant du doigt sans les nommer les organismes qui ont accueilli favorablement les 15 mesures du plan pour les auteurs présentées par la ministre de la Culture le 13 mars dernier.

"Le ministère a simplement acté une situation inacceptable – comme si on nous demandait de confier à nos banquiers ou à nos assureurs notre carte d’électeur, sous prétexte que "c’est plus simple comme ça" et qu’ils "savent mieux que nous ce qu’il nous faut"" ironisent-ils.
 
À toutes ces mesurettes, il ne manque plus que la mise en place d’un numéro vert pour les artistes-auteurs au bord du gouffre… il aurait probablement du succès. Tribune du collectif des artistes-auteurs


"Les bricolages se poursuivent, ces mêmes bricolages qui font que durant quarante ans, notre organisme de sécurité sociale dédié a failli à la mission que lui a déléguée l’Etat. La nouvelle branche de l’Urssaf, créée pour les artistes-auteurs, n’est toujours pas opérationnelle plus de quinze mois après son lancement" se désolent les auteurs du texte, qui rappellent les nombreuses inégalités et la précarité des artistes-auteurs.

En conclusion, ils soulignent, amers: "Nous avons compris le fond du problème : les artistes-auteurs sont exclus du droit commun. Et le ministère de la culture en est complice, estimant qu’il est normal que lui-même choisisse ses interlocuteurs, ou encore que des sociétés privées sous sa tutelle représentent nos intérêts professionnels. Peut-être aurions-nous préféré, comme dans un bon roman ou une série passionnante, que cette mutation essentielle du statut des artistes-auteurs soit portée par l’actuel gouvernement. Visiblement, sous ce mandat, cette réforme essentielle ne se fera pas."


 

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