Les bibliogeeks prennent la relève | Livres Hebdo

Par Emmanuelle Bour, à Strasbourg, le 12.06.2015 à 13h00 (mis à jour le 16.06.2015 à 17h00) CONGRES ABF

Les bibliogeeks prennent la relève

Photo EMMANUELLE BOUR

Les bibliothécaires qui participent aux modules jeux vidéos de l'ABF se sont laissées prendre au jeu, en découvrant les explications sur Minecraft ou Lego Mindstorm.

Pendant le congrès de l'Association des bibliothécaires de France (ABF) à Strasbourg, les cinq modules de jeux vidéos étalés jeudi 11 et vendredi 12 juin sur quatre sessions ne désemplissent pas. Avec une moyenne d'âge proche de la quarantaine, la demi-douzaine de bibliothécaires de chaque atelier, venue assister aux explications sur Minecraft ou Lego Mindstorm plus par curiosité que par réel intérêt pour le jeu vidéo, a laissé sa part geek s'exprimer.
 
Guillaume Dos Santos, du réseau de bibliothèques de Colombes, arbore un look de gameur, avec sa grosse barbe et son t-shirt noir à message qui rappelle plus le public du ComiCon que celui de l'ABF. Au congrès, il anime un atelier sur Minecraft, le jeu vidéo suédois aux 150 millions d'exemplaires vendus. "Plusieurs modes de jeu sont possibles: le mode "survie", où l'on fait ce qu'on veut, où il n'y a pas d'objectifs à part survivre, et le mode créatif, où il s'agit de construire, de reproduire. Par exemple, certains ont choisi de reproduire entièrement l'univers de la série Trône de fer".

Des questions pratiques

Face aux références geek et aux explications techniques, les bibliothécaires posent des questions professionnelles: "Ça coûte combien? On peut l'acheter où?" Et Guillaume de donner ses astuces et conseils. Puis vient le moment de mettre les mains sur le clavier et de faire vivre son avatar virtuel. "Je suis coincée!" "Il faut appuyer sur Q et espace, et si vous vous sentez à l'aise, pressez la touche D en même temps".
 
Guillaume peine parfois à se faire entendre. Deux tables à côté, Cyrille Jaouan, trentenaire tatoué du réseau de bibliothèques d'Aulnay-sous-Bois, anime une initiation à la robotique et à la programmation. Sur la table trônent 4 robots de briquettes, issues du jeu Lego Mindstorm. Et quand ils se mettent en route pour la "battle finale" du "mode sumo", un bruit certain se fait entendre, entre les sons des machines et les exclamations excitées du vénérable groupe de bibliothécaires.

Les "jeux indés"
 

Atelier jeux vidéos à l'ABF. - Photo EMMANUELLE BOUR
Entre les deux, Céline Méneghin, de la bibliothèque de prêt de la Somme, circule au milieu des Ipads pour présenter les jeux vidéo indépendants, dits "jeux indé", qu'elle a sélectionnés. La jeune femme qui explique le système juridique de la tablette et des jeux associés a sélectionné sept jeux qu'elle fait tester à son groupe.

"Nous avons un vrai rôle à jouer pour faire découvrir aux usagers les pépites graphiques et vidéoludiques des jeux indés. Pour jouer aux blockbusters comme Grand Thief Auto, les jeunes usagers n'ont pas besoin de nous, ils y vont tout seuls." La sélection de Céline inclut par exemple Paper, please, un jeu où l'on incarne un fonctionnaire de la frontière d'un univers soviétique imaginaire. Faut-il obéir à toutes les tâches, accepter les bakchichs, dans un monde où l'on est payé au rendement quand il faut nourrir et soigner sa famille tandis que l'on est confronté à des situations humainement difficiles? "L'empathie pour le personnage permet la réflexion, l'échange entre les participants. Et ceux qui sont nés après la chute du mur se rendent un peu mieux compte du système soviétique" assure Céline, qui a fait découvrir ce jeu à des professeurs d'histoire.
 
Dans la salle à côté, les modules "hackeur vaillant" et "contes numériques" drainent le même type de public, sur un principe identique: une expérience ludique permettra de réduire la fracture numérique et de créer de l'échange entre usagers et bibliothécaires. Le groupe d'animateurs bibliogeeks de l'ABF géré par Julien Devriendt de la médiathèque de Choisy-le-Roi aide les bibliothécaires curieux mais parfois récalcitrants. "On leur montre qu'il est possible de jongler entre la mission traditionnelle de la bibliothèque et les nouvelles activités" conclut Cyrille Jaouan.
close

S’abonner à #La Lettre