Il en a fallu du courage pour quitter les bibliothèques et archives de l’Université d’Angers, où Nathalie Clot officiait depuis presque 20 ans. Trois rénovations immobilières pour 17 millions d’euros d'investissement sur cinq ans, une équipe de 50 agents, un blog distillant de bonnes idées et un prix de l’accueil au Grand Prix des Bibliothèques de Livres Hebdo 2021 pour ses ateliers bien-être avec des animaux, notamment.
Science et société
Après le constat qu’il était « difficile de se renouveler », la voilà devenue directrice des relations science, culture et société à Sorbonne Université. Un pas de côté par rapport aux bibliothèques, en aidant les chercheurs à sortir de leur labo pour parler de leur travail auprès du grand public. Pas si loin des bibliothèques, en fait. « J’avais toujours vu la bibliothèque non pas comme fin en soi, mais comme un instrument servant au partage de la culture et du savoir. »
Diplômée de l’École nationale des chartes en 1999 avec sa thèse Éditer la littérature médiévale dans la première moitié du XIXe siècle, la femme dynamique enchaîne sur l’Enssib pour devenir conservatrice des bibliothèques. Avec cette fois, un mémoire intitulé Centralisation ou décentralisation ? Réflexions sur l’organisation des SCD en France.
Plasticité
Elle entre donc dans le monde des services communs de documentation (SCD), en tant que responsable de la bibliothèque d’odontologie de l’Université Denis Diderot. Sans appétence particulière pour les dents. « C’est la joie des bibliothèques ! Nul besoin d’être spécialiste de quelque chose pour comprendre comment peut s'organiser la connaissance sur cet objet », s’enthousiasme celle qui aime son métier pour sa « plasticité ».
Maintenance de bâtiment, organisation d'exposition, composition de collections… « C’est un métier qui ouvre des portes et qui n’enferme pas. Je suis allée vers ce poste un peu perdante, en me disant que j’étais trop spécialisée, mais justement, je n’étais pas spécialisée. Nous, bibliothécaires, pouvons voyager un peu partout dans le monde de la culture », philosophe-t-elle de son débit à cent à l’heure.
Conduire au changement
Elle a plusieurs fois participé à Cyclo-biblio, lorsque des médiathécaires se rendent au congrès de l’Association des bibliothécaires de France à vélo en faisant halte dans des villes où ils promeuvent leur métier. « J’aime cette manière ''d’aller vers'' Le vélo est une manière d'explorer la ville, de l’habiter de manière écologique et discrète ». Comme un bibliothécaire : « Quelqu’un de discret, capable d’aller partout, qui permet d'être en contact avec le monde, de nous porter ».
À la rentrée, elle a fêté son 100e kilomètre de vélo à Paris. « Et je suis toujours vivante, j’ai de moins en moins peur ! », sourit celle qui a appris le vélo après ses 18 ans. Avec difficulté, comme à chaque fois qu’il faut se lancer. « Changer de vie, c’est toujours compliqué. J’avais mon confort, mes habitudes. J’ai suffisamment accompagné les gens aux changements pour savoir que c'est terrifiant. J’ai peur, mais j’y vais. »
