Roman/États-Unis 5 mars Mary Gaitskill

Voilà un livre qui tombe à pic. Ou comme un pavé dans la mare, c'est selon. En ces temps de #metoo, d'emprise, de libération de la parole des femmes, ce livre, Faites-moi plaisir, courte fable passionnante, fait entendre une voix différente. Son auteur, Mary Gaitskill, fait partie de cette génération urbaine et le plus souvent new-yorkaise, qui avec Jay McInerney, Bret Easton Ellis ou Susan Minot a réinventé le « roman fitzgeraldien » vers les années 1980. Auteure de Veronica (L'Olivier, 2008), chronique d'une enfant d'un siècle finissant, elle n'en a peut-être pas la notoriété, mais le talent sûrement.

De quoi est-il ici question ? De ce dont bruisse aujourd'hui toute personne réfléchissant sérieusement aux faits énoncés plus-haut. Cette « zone grise » qui peut-être celle du consentement ou non. C'est l'histoire de Quin, un grand éditeur de « Big Apple », connu pour la pertinence de ses choix littéraires qui, accusé par plusieurs femmes de comportements « inappropriés », est licencié par son employeur. Le livre est composé tour-à-tour, en courts chapitres, des réflexions que cela lui inspire ainsi qu'à sa meilleure amie Margot, qui sans rien excuser, cherche à comprendre sans cacher la colère que cela lui inspire aussi. Si la structure du texte est profondément romanesque, c'est parce que justement, les faits et gestes de l'un et des autres prêtent le flanc à des « lectures » différentes. Il ne s'agit en aucun cas d'un exercice de réhabilitation du harcèlement sexuel ou autre. Les faits sont avérés et le coupable, s'il en réfute plus ou moins la gravité, ne les nie pas. Les dégâts, sur sa vie professionnelle, familiale, sociale, sont immenses comme ceux sur celles dont il répugne tout de même à les reconnaître comme victimes. Précisons qu'il n'y a eu dans cette histoire aucune espèce de viols ou agressions violentes. Précisons surtout que Mary Gaitskill, enfant du féminisme américain, est d'autant plus autorisée à parler qu'elle a révélé dès 1994, dans un article paru dans Harper's Magazine et intitulé On not being a victim, avoir été victime de viols et refusé par le fait de se définir d'abord ainsi, par ce « statut ». Un quart de siècle plus tard, avec ce si ambigu et bienvenu à la fois, Faites-moi plaisir, elle contribue au débat en cours de la plus juste des manières.

Mary Gaitskill
Faites-moi plaisir - Traduit de l’anglais (États-Unis) par Marguerite Capelle.
Ed. de l’Olivier
Tirage: 4 000 ex.
Prix: 13 euros ; 108 p.
ISBN: 9782823616330





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