Tribune

"Les festivals sont menacés par les conséquences de la crise sur le calendrier"

Pascal Mériaux, directeur des Rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens, et Mathieu Diez, directeur de Lyon BD - Photo OLIVIER DION / TIM DOUET

"Les festivals sont menacés par les conséquences de la crise sur le calendrier"

Dans une tribune pour Livres Hebdo, les directeurs de Lyon BD et des Rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens, Mathieu Diez et Pascal Mériaux, soutiennent que les reports du Festival d'Angoulême et de Livre Paris fragilisent l'écosystème des manifestations littéraires.

Par Livres Hebdo,
Créé le 27.11.2020 à 08h46,
Mis à jour le 27.11.2020 à 10h09

De l'embouteillage à l'accident ? Les annonces des reports au printemps de deux des plus grandes manifestations littéraires françaises, Livre Paris et le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, bousculent un calendrier des salons déjà chamboulé par les deux confinements. La perspective d'une installation plus définitive de l'événement BD sous le soleil de juin, évoquée en filigrane dans un article du Point, partenaire du festival, fait grincer quelques dents.

Dans une tribune pour Livres Hebdo, Mathieu Diez et Pascal Mériaux, respectivement directeurs de Lyon BD et des Rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens, tous deux organisés en juin, alertent sur les risques que fait peser ce grand chambardement sur la diversité culturelle de leur écosystème et sur leur survie concrète.
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Les artistes et festivals de bande dessinée, acteurs culturels indépendants du neuvième art, face aux conséquences de la crise pandémique.

Si le ministère de la Culture a choisi de faire de 2020 l’année de la bande dessinée c’est pour souligner l’incroyable foisonnement créatif dont font preuve le neuvième art, ses auteurs et autrices, et plus largement l’ensemble de ses acteurs depuis maintenant plusieurs décennies.

Ils défendent la bande dessinée, la diversité de ses formes, de ses représentations, autant que la vivacité et le foisonnement de sa création. Ensemble ils promeuvent les expressions riches et variées de ce qui est bien plus qu’une culture populaire. La bande dessinée est à tout à la fois une littérature, un medium, une discipline artistique, un art de la scène et visuel.

Parmi ces acteurs plusieurs festivals sont aujourd’hui particulièrement menacés par l’inscription de cette crise dans la durée et par ses conséquences sur le calendrier annuel des manifestations autour du neuvième art.

Préserver le rayonnement du neuvième art

Lors du premier confinement, les festivals impactés ont déployé dans des conditions difficiles et avec une incroyable réactivité des trésors de créativité, d’innovation, et de résilience. Ils ont inventé des événements et projets digitaux, échelonné dans le temps leurs programmations, publié des récits inédits en numérique et en papier, ils se sont purement et simplement réinventés.

Ils ont ainsi assuré le lien primordial entre les artistes et leurs publics. Plus largement nos festivals ont permis de maintenir la place et le rayonnement du neuvième art et de ses créateurs au sein d’un paysage culturel profondément bouleversé par la pandémie.

Nos festivals ont pu, malgré les annulations et avec le soutien de la puissance publique, maintenir les rémunérations d’artistes liées aux événements annulés. Ils ont également su les développer dans le cadre des initiatives et projets nouvellement lancés et ainsi soutenir les artistes dans cette période difficile.

Fragilisation

L’inscription dans la durée de cette crise pandémique vient désormais impacter des rendez-vous importants du secteur de la bande dessinée prévus pour le premier trimestre 2021. Parmi eux Livre Paris et le festival d’Angoulême font le choix d’un report au printemps de leurs événements.

Cette reprogrammation vient bouleverser le calendrier annuel des manifestations autour de la bande dessinée. Elle aura pour conséquence immédiate de fragiliser les festivals de bande dessinée se tenant habituellement à cette période et avec eux le soutien qu’ils apportent depuis longtemps aux artistes du neuvième art.

Le cumul de plusieurs rendez-vous dans une « poche » de dates allant de la fin mai à la fin juin va enfin drastiquement limiter l’exposition médiatique dont la bande dessinée et ses artistes bénéficiaient à l’occasion de rendez-vous répartis au long de l’année.

Alors qu’ils participaient à la plupart des grands rendez-vous de l’année, les professionnels du secteur indiquent qu’ils devront désormais faire des choix.

La diversité culturelle en péril

Enfin, c’est la diversité culturelle qui est menacée. Nos festivals ont démontré depuis de nombreuses années la pertinence d’une diversité des représentations de la bande dessinée qu’ils incarnent à travers des directions artistiques, des angles et des formats différents.

En défendant la place de cet art au sein des institutions culturelles de nos villes et territoires, en le faisant rayonner à l’international, en développant des actions à large échelle auprès des publics scolaires et la place des artistes dans la ville, nos festivals ont installé une image moderne, vivante, et résolument tournée vers l’avenir de la bande dessinée et de sa création.

Face à ces menaces nous appelons les pouvoirs publics à tout mettre en œuvre pour que nos festivals et structures puissent continuer leur travail au bénéfice des artistes, des acteurs du secteur, au contact et au profit des territoires sur lesquels ils s’expriment, et au service de la diversité des représentations des arts de la bande dessinée.

Mathieu Diez - Directeur de Lyon BD, Pascal Mériaux - Directeur des rendez-vous de la bande dessinée d’Amiens et Olivier Jouvray - Président de l’Épicerie Séquentielle, Association d’autrices et auteurs de bande dessinée lyonnais.

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