Essai/France 11 juin Carla Hustak et Natasha Myers

Charles Darwin était un amoureux des orchidées. En biologiste scrupuleux, il s'est donc intéressé à leur vie et à leur reproduction. Pendant des années il les a étudiées dans sa maison de Down House. En 1862 il publie un traité, De la fécondation des orchidées par les insectes et des bons résultats du croisement. Il montre la coopération entre les espèces et comment la fleur trompe l'insecte pour survivre. Enfin tromper n'est pas vraiment le terme, vu qu'il y a une sorte d'échange consenti entre la fleur et la guêpe. Carla Hustak (université de Toronto) et Natasha Myers (université de York) ont relu ce traité en dépassant l'idée d'évolution pour proposer une approche involutive du phénomène. En résumé, la guêpe accepte bien volontiers d'être trompée et l'orchidée sait qu'il ne lui faut pas tromper trop de guêpes si elle veut continuer de se reproduire.

« Que se passe-t-il si la topologie des rencontres insecte/orchidée n'est pas seulement conditionnée par une économie du calcul qui maximise la survie mais aussi par une écologie des affects que nourriraient le plaisir, le jeu et des expérimentations ? » La réponse se trouve en partie dans l'« involution créatrice » théorisée par Deleuze et Guattari dans Mille Plateaux (1980) avec l'image de la guêpe et l'orchidée, avec une guêpe qui devient « une pièce libérée de l'appareil de reproduction de l'orchidée » et l'orchidée transformée en « objet d'un orgasme de la guêpe ». Les deux universitaires expliquent que les guêpes ne se contentent pas de transporter le pollen, elles font jouir les orchidées. On apprend aussi que Darwin avait d'une certaine manière inventé le godemiché pour végétaux langoureux en introduisant une « fine soie de porcs dans l'étroit orifice du nectaire » pour faire surgir la pollinie. Les serres sont parfois très chaudes.

Pour Carla Hustak et Natasha Myers cette collaboration rompt avec l'idée du gène égoïste qui instaure la concurrence comme mécanisme de base. Avec son titre à la Marguerite Duras, voici un petit livre inclassable sur un homme qui s'est laissé ravir par la beauté des fleurs, mais aussi un essai où l'on préfère s'émerveiller des inventions de la nature plutôt que de prédire son effondrement.

Carla Hustak et Natasha Myers
Le ravissement de Darwin : le langage des plantes
les Empêcheurs de penser en rond
Tirage: 3 000 ex.
Prix: 14 euros ; 112 p.
ISBN: 9782359251678

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