Les laboratoires du numérique | Livres Hebdo

Par Véronique Heurtematte, le 05.09.2014 (mis à jour le 05.09.2014 à 10h27) Bibliothèques

Les laboratoires du numérique

Toutes les générations sont mélangées dans cet atelier nouvelles technologies de la bibliothèque Tapiola, à Espoo, Finlande. - Photo BIBLIOTHÈQUE TAPIOLA, ESPOO

Les bibliothèques montent en première ligne pour assurer aux citoyens la maîtrise des technologies numériques. Un échange d’expériences particulièrement riche au dernier congrès de l’Ifla en août à Lyon.

Alors qu’Internet et les technologies du numérique investissent de plus en plus fortement tous les domaines d’activité, l’enjeu pour les bibliothèques n’est plus seulement d’offrir un large accès à l’information mais de donner aux citoyens la maîtrise de ces outils pour en faire des acteurs actifs, comme l’ont montré de nombreuses communications lors du congrès de l’Ifla (International Federation of Library Associations and Institutions) en août dernier à Lyon. "Les nouvelles technologies vont à la fois élargir l’accès à l’information et le limiter pour ceux qui n’ont pas l’accès aux outils et les connaissances pour les utiliser, prédisait notamment lors du congrès le spécialiste des technologies de l’information David Souter. Ces personnes vont se retrouver devant des barrières d’exclusion dans un nombre croissant de domaines".

Démonstration d’une imprimante 3D dans le "maker space" de la bibliothèque Tapiola d’Espoo. - Photo BIBLIOTHÈQUE TAPIOLA, ESPOO

Former la génération Google

Les adolescents sont l’une des cibles de ces actions. Car contrairement aux idées reçues, les compétences de la "génération Google" en matière de numérique sont loin d’être aussi bonnes qu’on a coutume de le dire : nombre de jeunes ne savent pas faire une requête pertinente, ni utiliser correctement un moteur de recherche, ni évaluer la fiabilité des résultats obtenus, selon une enquête menée en 2012 en Finlande. "Les étudiants étant supposés être déjà familiarisés avec cet univers, on ne leur enseigne pas les bases des technologies de l’information, soulignait Johanna Kiviluoto, de l’université de sciences appliquées à Lahti, Finlande, lors de sa présentation à l’Ifla. Or cela nécessite un apprentissage."

La Joint Higher Education Library de Lahti en Finlande, une bibliothèque au service de plusieurs universités et structures d’enseignement, a mis en place un programme de formation aux technologies de l’information et de la communication (TIC) qui s’adresse aux élèves à partir du secondaire, accessible dans plusieurs centres répartis dans toute la région : les usagers y ont accès aux ressources numériques de trois universités, à des cours, en particulier des sessions sur mesure où des spécialistes de l’information aident les étudiants à utiliser les bases de données et les ressources documentaires en rapport avec leur sujet d’étude. A partir de cet automne, un "smartBus", équipé des dernières technologies de l’information, apportera ces services aux élèves des villages les plus reculés de la région.

Toujours en Finlande, la bibliothèque Tapiola de la ville d’Espoo, près d’Helsinki, a largement recours aux nouvelles technologies dans ses actions envers le public scolaire. "Les enseignants n’ont pas souvent les moyens d’acquérir une connaissance des nouvelles technologies suffisante pour les transmettre à leurs élèves, relevait Marjukka Peltonen, bibliothécaire à la section jeunesse de la bibliothèque Tapiola. Ils sont donc très en demande d’ateliers où les étudiants puissent utiliser ces outils qui, par ailleurs, constituent des moyens d’apprentissage motivants pour les jeunes."

Au-delà du futur

Dans son rapport de tendances publié en 2013, l’Ifla identifie cinq grands axes qui influeront dans les années à venir sur le monde de l’information :

1. les nouvelles technologies élargiront et limiteront l’accès à l’information ;

2. l’enseignement en ligne démocratisera et déstabilisera l’apprentissage à l’échelle mondiale ;

3. les limites de la protection de la vie privée et des données seront redessinées ;

4. dans les sociétés hyper-connectées, de nouvelles voix et de nouveaux groupes pourront se faire entendre ;

5. les nouvelles technologies transformeront l’économie mondiale de l’information.

Déjà très investie sur ce terrain, la bibliothèque a franchi un pas supplémentaire en créant à l’été 2013 un "maker space", un de ces lieux de création participatifs autour du numérique qui se développent un peu partout. L’opération "Une nuit à la bibliothèque" propose aux jeunes de réaliser en quelques heures des films d’information sur l’utilisation de la bibliothèque (emprunter un livre, faire une réservation). Pendant la "Semaine des robots", les élèves participent à des ateliers autour de la robotique et du coding, et créent des robots animés via des iPad. D’autres ateliers sont l’occasion pour les élèves de se familiariser avec les applications mobiles, comme ceux de création de bandes dessinées numériques ou de sonneries pour leurs téléphones portables.

Des usagers plus actifs

Installé dans une trentaine de bibliothèques publiques chinoises, le programme "DigiBook MakerSpace" (DBMS) offre aux familles, parents et enfants, une plateforme d’édition pour créer leurs propres livres numériques, associant textes, photos, enregistrements audio et vidéo. Mais le DBMS ne se résume pas à la mise à disposition d’outils. Généralement installé dans un espace dédié de la bibliothèque aménagé de manière confortable et accueillante, ce dispositif permet aux usagers de se familiariser avec les outils numériques et de créer du lien.

Au Brésil, le programme AccessaSP, déployé depuis 2000 dans l’Etat de Sao Paulo, a pour objectif de démocratiser l’accès à Internet. Cent vingt-cinq "infocentres" ont été créés dans les bibliothèques publiques mais également dans des lieux de passage tels que les stations de train et de métro, les services administratifs, et totalisent plus de deux millions d’usagers inscrits. Une étude comparative menée sur les usagers seniors du programme a montré que les compétences dans les nouvelles technologies s’étaient améliorées de manière significative : entre 2008 et 2012, la participation aux réseaux sociaux de cette catégorie d’utilisateurs a augmenté considérablement, de même que le nombre de blogs et de pages Internet qu’ils ont créés.

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