Les libraires américains en pleine forme | Livres Hebdo

Par Fabrice Piault, à New York, le 01.06.2018 à 23h36 (mis à jour le 04.06.2018 à 10h24) Etats-Unis

Les libraires américains en pleine forme

Oren Teicher et Robert Sindelar, respectivement directeur général et président de l’association des libraires américains (ABA), jeudi 31 mai à la foire professionnelle BookExpo, à New York. - Photo F.PIAULT/LH

L'Association des libraires américains (ABA) affiche une nouvelle et forte croissance du nombre de ses adhérents ainsi que de leurs ventes de livres en 2017 comme dans les premiers mois de 2018.

Réunis jeudi 31 mai à New York pour leur assemblée annuelle dans le cadre de la foire professionnelle BookExpo, les membres de l'American Booksellers Association (Association des libraires américains, ABA) ont revendiqué une nouvelle hausse des adhésions, qui accompagne la bonne tenue de l'activité des libraires indépendants.

Selon les données qu'elle a rendues publiques lors de son assemblée, l'ABA, qui bénéficie d'une situation financière saine et d'une forte capacité d'investissement, compte en 2018 1835 entreprises adhérentes, en hausse de 4% à un an d'intervalle, correspondant à 2470 librairies (+6 %). En outre, le bassin des "adhérents provisoires", adhérents individuels qui s'apprêtent à créer une librairie mais ne l'ont pas encore fait, a gonflé cette année à 168, effectuant un bond en avant de 19 % très encourageant pour la démographie de la librairie et la croissance concomittante des effectifs de l'association.

Meilleures conditions commerciales

Dans le même temps, l'activité des librairies adhérentes à l'ABA ne cesse de progresser. Elle s'inscrit à +2,6% en 2017 et +5,4% en moyenne sur les cinq dernières années. Les ventes se révèlent également en hausse, de +5%, sur les quatre premiers mois de l'année 2018.

"Notre association est aujour'hui en bien meilleure position, beaucoup plus forte pour obtenir les changements que nous souhaitons", a pu souligner devant l'assemblée Oren Teicher, le directeur général de l'ABA, qui a souhaité "que soit reconnu le rôle spécifique joué sur le marché du livre par les libraires indépendants". Le président de l'association, Robert Sindelar, qui détient trois librairies Third Place Books à Lake Forest Park, Ravenna et Seattle, dans l'Etat de Washington, a fait valoir que, au cours de l'année, l'ABA avait négocié des avantages spécifiques pour les libraires indépendants, en l'occurence "de meilleures conditions commerciales, notamment pour le fonds".

Sens du collectif

"On ne crie pas victoire, le marché reste compliqué, mais ce sont tout de même de bonnes nouvelles", souligne, interrogé par Livres Hebdo, Oren Teicher. Pour le directeur général de l'ABA, la bonne santé de la librairie indépendante aux Etats-Unis s'explique par plusieurs facteurs : "l'écho dans la population du mouvement "buy local" (achetez local, NDLR), dans lequel les libraires sont très présents", "le soutien apporté par l'ABA à ses adhérents dans le domaine technologique, qui permet aux plus petites librairies d'accéder aux technologies les plus pointues, notamment pour la gestion clients", "le fait que les éditeurs américains aient enfin compris qu'ils avaient vraiment besoin des librairies physiques pour faire découvrir leurs livres", ou encore "le sens du collectif, car les libraires ont maintenant vraiment le sentiment d'appartenir à une communauté, ce qui est généralement très rare dans le commerce".
Oren Teicher, directeur général de l'American Booksellers Association, le 31 mai à New York. - Photo F.PIAULT/LH

Reste la concurrence, que l'ABA juge déloyale, d'Amazon, qui "utilise le livre comme produit d'appel" en pratiquant des prix de vente publics d'autant plus bas qu'elle a déployé une stratégie sophistiquée d'optimisation fiscale en jouant sur les différences de fiscalité entre les Etats américains. D’après une étude citée par Oren Teicher, pour la seule année 2016, où Amazon a réalisé, tous produits confondus, un chiffre d’affaires de 130 milliards de dollars, le cybercommerçant a remplacé 44000 commerces, qui auraient employé 650000 personnes.  "Nous jouons notre rôle d'alerte, nous faisons du lobbying en espérant que les autorités de la concurrence finiront par se saisir des pratiques d'Amazon", explique Oren Teicher. Le directeur général de l'ABA se dit "convaincu que la situation changera. Aux Etats-Unis, quand une entreprise devient si grosse et prend une telle place, elle finit toujours par susciter la curiosité des pouvoirs publics."

 
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