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Les prix Livres Hebdo des bibliothèques 2017

Pendant la délibération.  De g. à d. : Barbara Lison, présidente de l'Association des bibliothécaires allemands, Gauthier van Meerbeeck, directeur éditorial des éditions du Lombard, Maylis de Kerangal, présidente du jury, et Alain Duperrier, directeur de la BDP de Gironde. - Photo OLIVIER DION

Les prix Livres Hebdo des bibliothèques 2017

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Par Véronique Heurtematte,
Créé le 08.12.2017 à 00h00,
Mis à jour le 15.12.2017 à 08h39

Présidé par l’écrivaine Maylis de Kerangal, le jury du 8e grand prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones, soutenu par Infor, Bibliotheca et la Sofia, a attribué le grand prix au learning center Lilliad, à Lille. Il a aussi distingué la médiathèque de Royère-de-Vassivière (Accueil), la bibliothèque municipale de Lyon (Animation), la médiathèque François-Mitterrand de Brest (Espace intérieur), et Bibliothèque et Archives Canada à Gatineau (Innovation). Le prix de la Diffusion scientifique revient à la médiathèque de Saint-Nazaire. La bibliothèque de Mouscron bénéficie d’un coup de cœur.

Grand prix : Lilliad, la philosophie de l’innovation

Le parvis de Lilliad au cœur du campus. - Photo ATMOSPHERE PHOTO


Pour sa 8e édition, le grand prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones est décerné pour la première fois à un établissement universitaire. Choisi à l’unanimité, Lilliad, le très innovant learning center de l’université de Lille, a convaincu le jury par la globalité de son approche, en particulier sa volonté d’inscrire le monde scientifique dans l’ensemble du territoire et de toucher toutes les catégories de population.

Ce programme a métamorphosé l’ancienne bibliothèque universitaire de Lille-1 en un lieu de diffusion des savoirs organisé en trois pôles : une grande bibliothèque, un espace événementiel et Xperium, le laboratoire pédagogique de l’université. L’originalité du projet réside dans la volonté de ne pas les juxtaposer, mais d’en faire des services travaillant en synergie, gérés par une direction et une équipe uniques.

L’atrium avec les rayonnages détente. - Photo ATMOSPHERE PHOTO


L’aménagement intérieur de la bibliothèque a été conçu pour offrir aux utilisateurs un lieu de vie complet, apte à répondre à la diversité de leurs besoins tout au long de la journée : travailler dans un cadre studieux seul ou à plusieurs, se restaurer à la cafétéria, se détendre dans le vaste salon. Les espaces sont rythmés par des ambiances sonores variées, du rez-de-chaussée très animé aux salles de lecture silencieuses du niveau 2. L’accueil a été très travaillé avec en particulier la mise en place d’un accueil mobile au niveau 1, concentré sur les horaires de forte fréquentation.

Un service particulier est délivré aux personnes en situation de handicap dans une salle équipée pour les déficients audio et visuels. Les personnels sont par ailleurs formés aux procédures d’accueil des usagers souffrant de maladies psychologiques.

Au cours de sa première année de fonctionnement, 250 manifestations ont été organisées dans l’espace événementiel : journées d’étude, colloques scientifiques, stands de démonstration, consacrant Lilliad, avantageusement situé au centre du campus universitaire, comme un véritable lieu de vie pour les étudiants, mais aussi largement ouvert aux publics extérieurs à l’université.

Ce qu’en pense le jury

"Lilliad cumule toutes les qualités pour le grand prix dans chacune des catégories, avec à chaque fois une excellence et une compétence remarquables, résume Maylis de Kerangal. Ce projet prend place dans toute la région et excède de loin les seuls étudiants. On sent la volonté de toucher tous les publics et de créer un cercle vertueux dans lequel ces ressources, destinées en premier lieu à la recherche et à l’étude, sont ouvertes à toutes les catégories de population dans l’idée de déclencher des vocations. Cette manière d’ensemencer tout le territoire avec la culture scientifique constitue un réel tour de force."

Prix de l’Accueil : Royère-de-Vassivière, cultiver la bienveillance

Toutes les générations trouvent leur bonheur à la bibliothèque. - Photo VILLE DE ROYÈRE DE VASSIVIÈRE

Pour le prix de l’Accueil, le jury du grand prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones a été conquis par un tout petit établissement de 140 m2 en milieu rural, la médiathèque de Royère-de-Vassivière. Dans cette commune de la Creuse comptant 586 habitants, la médiathèque ouverte en juillet 2016 a mis la bienveillance et l’attention portée à son public au cœur de son projet. Tout a été pensé pour attirer les usagers à la bibliothèque, en faciliter l’utilisation, créer une ambiance chaleureuse et accueillante permettant à chacun de s’approprier le lieu.

Cette philosophie est, fort heureusement, le fondement de nombreux projets d’établissements aujourd’hui. Mais, dans le cas de la médiathèque de Royère-de-Vassivière, elle est portée à un niveau particulièrement abouti. Signe d’un fort engagement, la bibliothèque est dotée de moyens importants pour une aussi petite commune : gratuité totale, conditions et durée de prêts des documents très souples, 25 heures d’ouverture hebdomadaire, quand la moyenne nationale s’établit à 14 heures, deux employés à temps plein, trois postes informatiques et un accès Wi-Fi, un petit coin détente avec café, thé et tisanes que chacun peut déguster selon son envie et, surtout, un gros programme d’activités et d’animations, parmi lesquelles des balades contées et des ateliers musicaux.

"On sent dans cette bibliothèque une dimension sociale et une logique d’accueil très importante", relève Gauthier Van Meerbeeck, directeur éditorial des éditions du Lombard. Les résultats sont là : la bibliothèque a reçu plus de 21 000 visites en un an et compte 808 inscrits, pour 586 habitants ! Les témoignages des usagers sont éloquents. "On y revient, c’est une addiction totale !" s’emballe une lectrice, tandis qu’une autre salue "un espace magnifique, lumineux, propice aux rencontres" et "l’accueil chaleureux de l’équipe".

Ce qu’en pense le jury

"Cette bibliothèque constitue le foyer de vie de tout le territoire, commente Alain Duperrier, directeur de la bibliothèque départementale de prêt de la Gironde. Elle porte des enjeux sociaux, territoriaux, économiques essentiels et reflète un engagement politique fort. Elle est emblématique d’initiatives en milieu rural qu’on retrouve aujourd’hui dans tous les départements, qui ont peu de visibilité à l’échelle nationale mais qui sont de grande qualité."

Prix de l’Animation : BM de Lyon, penser la démocratie

Radiocratie, la web-radio du projet Démocratie, diffuse nouvelles, interviews et conférences. - Photo BM LYON

En janvier 2015, à la suite des attentats de Paris, la bibliothèque municipale de Lyon (BML) s’est engagée dans un vaste programme autour de la notion de démocratie. "La bibliothèque est une institution citoyenne, un espace ouvert à tous, qui se doit d’offrir des occasions de réfléchir aux manières actuelles d’organiser, de penser, de transformer nos démocraties, et de le faire avec un indispensable recul critique", plaide la BML dans sa lettre de candidature. De novembre 2016 à mars 2017, 171 rendez-vous auront touché près de 30 000 personnes.

La cohérence et l’ampleur de cet ambitieux projet ont impressionné le jury, qui lui a attribué le prix de l’Animation à l’unanimité. "Cette ambition folle qu’a eue la bibliothèque municipale de Lyon d’aider les gens à entrer dans la complexité des réflexions et des débats de société est extraordinaire, a relevé Amaël Dumoulin, directrice du réseau des bibliothèques de Dunkerque. C’est d’une grande intelligence et d’une grande finesse."

Très pensé, le programme a eu recours à une diversité de moyens, de formes de médiation et de supports de communication, des ateliers de décryptage de l’information dans les médias aux sessions spécifiques en direction du jeune public construites avec l’Education nationale, en passant par des rendez-vous participatifs. La BML a notamment expérimenté les "bibliothèques vivantes", rencontres au cours desquelles des lecteurs sont venus écouter des "livres vivants", c’est-à-dire des personnes ayant accepté de parler de leur expérience autour du thème "des exilés dans la ville".

Au cours de l’initiative des "Porteurs de paroles", les bibliothécaires ont interpellé les passants dans l’espace public pour entamer avec eux des échanges sur des questions telles que "Faut-il parler la même langue pour vivre ensemble ?" ou "Comment participer à la vie de mon quartier ?". Le programme a beaucoup investi les réseaux sociaux et médias en ligne avec un site Web, une newsletter, un fil Twitter, une web-radio éphémère de l’événement.

Ce qu’en pense le jury

"Intéresser les citoyens au débat public, leur donner l’envie d’y participer et les moyens de le faire en les informant, c’est essentiel, souligne Barbara Lison, directrice de la bibliothèque municipale de Brême et présidente fédérale de l’Association des bibliothécaires allemands. C’est ce qu’a fait la bibliothèque municipale de Lyon en construisant ce programme très complet, avec plus de 70 partenaires, autour de la notion de démocratie."

Prix de l’Espace intérieur : Brest, spectaculaire intimité

Le hall d’accueil et ses gradins géants. - Photo VILLE DE BREST

Avec la médiathèque François-Mitterrand-Les Capucins, ouverte en janvier 2017, la ville de Brest, qui avait privilégié jusque-là les bibliothèques de quartier, se dote pour la première fois d’un grand établissement tête de réseau. Du point de vue architectural, le défi était immense puisque le nouvel équipement devait prendre place dans l’architecture monumentale d’une ancienne fonderie de la marine nationale, au sein d’un quartier en pleine reconfiguration.

Le jury a récompensé le travail mené par le cabinet Canal Architecture pour transformer les espaces intérieurs de cet ensemble industriel en un lieu accueillant tous les services et les activités d’une bibliothèque moderne. Sa proposition valorise la dimension spectaculaire du bâtiment tout en créant une ambiance intime et accueillante. Sur 5 000 m2, les visiteurs circulent dans des espaces ouverts mais où les différentes activités sont bien identifiées. Dans le hall d’accueil, des gradins géants symbolisent cette intention : impressionnants par leur monumentalité, ils offrent néanmoins un confort de posture qui a rapidement séduit les usagers. Les espaces de convivialité et de rencontres, notamment une salle d’exposition de 175 m2, un auditorium de 195 places et un café ont été rassemblés à l’entrée.

La visite se poursuit parmi les collections organisées en départements thématiques : vie et citoyenneté, jeunesse et numérique au rez-de-chaussée, arts et littérature, patrimoine et le fonds sur la Bretagne et la mer à l’étage.

Point fort de la bibliothèque, les jeux, sous toutes leurs formes, occupent la mezzanine, tandis que les adolescents et jeunes adultes bénéficient d’un espace baptisé le 6 Tonnes. La bibliothèque a également développé un fonds et un important programme d’activité autour de la formation et de l’emploi.

"Ce qui est très important aujourd’hui, c’est de créer des lieux flexibles car les besoins évoluent rapidement, les bibliothèques doivent pouvoir s’adapter à ces changements, a rappelé Barbara Lison. Les bâtiments doivent aussi permettre de larges horaires d’ouverture."

Ce qu’en pense le jury

"Le programme d’aménagement a préservé l’identité de cette architecture industrielle, très importante dans l’histoire de la ville, tout en construisant un parcours cohérent parmi les différents espaces et services de la bibliothèque. Les architectes ont imprimé leur marque, notamment avec les gradins géants de l’accueil, mais on sent que leur proposition a été élaborée en se plaçant toujours au service du projet culturel de l’établissement", note Véronique Heurtematte, chef de la rubrique Bibliothèque de Livres Hebdo.

Prix de l’Innovation : Gatineau, la technologie au service de la mémoire

Martha Kasudluak, atteinte de démence sénile, a retrouvé une photo d’elle jeune. (Avec l'autorisation de Johnny Kasudluak, avril 2016.) - Photo JOHNNY KASUDLUAK/BIBLIOTHÈQUE ET ARCHIVES CANADA

Le programme "Un visage, un nom" mené depuis 2002 par Bibliothèque et archives Canada (Bac) sur le site de Gatineau (Québec) a profondément touché le jury du grand prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones, qui lui a décerné le prix de l’Innovation. Ce projet participatif, qui vise à préserver la mémoire et l’identité des Inuits en favorisant la compréhension de leur patrimoine documentaire, permet aux communautés autochtones de participer à l’identification des photographies relevant des importantes collections de Bibliothèque et archives Canada grâce aux nouvelles technologies.

En quinze ans, 8 000 images ont été numérisées et près de 2 000 personnes, activités et lieux inuits ont été identifiés grâce aux renseignements des populations. "C’est génial de voir comment tout d’un coup la bibliothèque entre dans la vie des gens, dans leur histoire, et sert à la réactivation de leur mémoire et de leur culture, s’est exclamée Maylis de Kerangal. Cette initiative montre qu’entrer dans une bibliothèque, cela peut changer la vie des gens de manière très concrète."

Le programme est largement présent sur les réseaux sociaux avec des comptes sur Facebook et sur Twitter. Grâce aux outils de "crowdsourcing", les citoyens ont la possibilité d’enrichir la description des documents, d’épingler des mots clés sur des images ou encore de transcrire des textes manuscrits ou en langues autochtones. Parfois, les séances d’identification des images sont organisées collectivement au sein d’une communauté. Les photos des contributeurs posant avec des clichés pris il y a cinquante ou soixante ans, montrant un membre de leur famille ou eux-mêmes enfants, sont émouvantes et illustrent le travail de mémoire suscité par l’initiative de Bac. "Il s’agit là d’une utilisation novatrice visant à transcender les barrières culturelles et linguistiques, fait valoir l’institution dans sa lettre de candidature. Ce programme démontre le rôle des bibliothèques dans le façonnement de la dynamique sociale."

Ce qu’en pense le jury

"Avec ce projet, la numérisation des photos ne relève pas d’un seul geste technique, analyse Claude Poissenot, sociologue à l’université de Lorraine. Les peuples autochtones prennent part à la production de leur propre histoire. Se construit ainsi une continuité entre le passé et le présent. La force de cette initiative réside dans sa capacité à réconcilier non seulement les autochtones au reste du Canada, mais aussi les autochtones avec leurs ancêtres. En cela, la bibliothèque faire œuvre de tissage de lien. C’est un exemple."

Prix de la Diffusion scientifique : Saint-Nazaire, la science en partage

La médiathèque de Saint-Nazaire. - Photo PHOTOS VILLE DE SAINT-NAZAIRE

Le prix de la Diffusion scientifique, inauguré en 2016 et doté de 5 000 euros par la Société française des intérêts des auteurs de l’écrit (Sofia) pour l’acquisition de livres de sciences, a été décroché cette année par la médiathèque de Saint-Nazaire pour son programme "Partage ta science", qui a convaincu le jury par son ampleur et sa cohérence.

En 2015, alors qu’elle rédige son projet pour l’action culturelle, la médiathèque de Saint-Nazaire constate que, bien que la ville soit marquée par un fort environnement industriel, technique et scientifique, aucune structure institutionnelle ou associative locale n’a investi le champ de la diffusion de la culture scientifique. Elle décide donc de s’engager sur ce terrain avec un programme de médiation qui propose de faire dialoguer les habitants et les experts du territoire au cours de rencontres destinées à tous les publics.

Après une première saison en 2016 au succès encourageant, la médiathèque décide en 2017 de renforcer son programme et de le rendre accessible aux personnes sourdes grâce à la traduction simultanée des rencontres en langue des signes. Elle introduit également la médiation des sciences dans son offre de Parcours d’éducation artistique et culturelle pour les écoles primaires. Cette initiative a eu un impact fort puisqu’elle a suscité une réflexion globale, conduisant les élus à inscrire à l’agenda de la Direction de la culture de la ville la question du développement de l’action dans le domaine des sciences et des techniques, et à confier à la médiathèque la réalisation d’un état des lieux des acteurs et des ressources en la matière sur le territoire.

"Après des décennies de méfiance créée par un passé industriel parfois douloureux, il s’agit rien de moins que de réconcilier tout un territoire avec les scientifiques, les techniciens et les industriels innovants qui le font vivre aujourd’hui et préparent son avenir", affirme Jean-Jacques Lumeau, adjoint à la culture de Saint-Nazaire, dans sa lettre adressée aux jurés.

Ce qu’en pense le jury

"C’est une culture scientifique et technique qui a été apprivoisée au fil du temps, note Amaël Dumoulin (bibliothèques de Dunkerque). On sent que cette dimension est au cœur du projet d’établissement avec une programmation qui s’inscrit durablement dans le temps et dans l’espace. Il ne s’agit pas d’un événement ponctuel mais d’une action menée tout au long de l’année et dans tous les quartiers, connectée à son environnement, à l’identité portuaire de la ville. Cette initiative est très équilibrée."

Coup de cœur : le Biblioroule de Mouscron

Le Biblioroule. - Photo BIBLIOTHÈQUE DE MOUSCRON

Le fort investissement de l’équipe de la bibliothèque de Mouscron, en Belgique, a été salué par un coup de cœur du jury. Dans cette cité ouvrière de 57 000 habitants à quelques kilomètres de Lille, les bibliothécaires ont créé le "Biblioroule". Décoré de couleurs vives pour se faire remarquer et provoquer la curiosité, ce n’est pas un simple bibliobus mais "une bibliothèque circulante" ou encore "un tiers lieu mobile" dont la vocation est d’aller à la rencontre des habitants, en particulier dans les quartiers les plus populaires et les plus délaissés des services culturels.

Le Biblioroule s’installe sur le marché, à la sortie des écoles, dans les quartiers pendant un temps long, permettant ainsi aux habitants de se familiariser avec cet équipement ambulant. L’équipe a placé la dimension humaine au cœur de ce service dont l’ambition n’est pas simplement de répondre à un besoin documentaire. C’est aussi un moyen d’offrir du contact, des échanges, et de susciter la création de liens entre les bibliothécaires et les habitants, mais également entre ces derniers. Au fil du temps, le Biblioroule est devenu pour eux un rendez-vous très attendu, en particulier pour les plus isolés.

"Cette démarche active pour s’ouvrir à tous les publics et pour apporter les services de la bibliothèque là où les habitants se trouvent est remarquable", a apprécié Gauthier Van Meerbeeck, directeur éditorial des éditions du Lombard.

Des bibliothèques ancrées dans la société

Les dossiers de candidature reçus pour le 8e grand prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones témoignent, cette année encore, de la qualité du travail de ces établissements et du fort engagement des bibliothécaires pour les rendre toujours plus accueillants, en phase non seulement avec les attentes des usagers, mais aussi avec les évolutions de la société et les grands débats qui la traversent. Deux des expériences présentées au jury, la formation en ligne autour des questions de citoyenneté développée par la bibliothèque départementale du Nord, et le programme Démocratie de la bibliothèque municipale de Lyon, ont d’ailleurs émergé à la suite des attentats de 2015. Les actions hors les murs confirment également cette volonté d’aller à la rencontre des habitants, et notamment de ceux qui ne sont pas encore usagers de la bibliothèque, là où ils se trouvent. En témoignent le mobilier sur mesure élaboré par la médiathèque du Pavillon blanc de Colomiers pour créer un espace de lecture dans les centres de loisirs, ou encore le Biblioroule de Mouscron, véritable "tiers lieu mobile" qui s’installe partout dans la ville. "J’ai été impressionnée par la qualité et l’intelligence des initiatives présentées, y compris dans les toutes petites structures, relevait la présidente du jury, Maylis de Kerangal, à l’issue de la délibération. J’ai découvert un monde d’une grande créativité, mais aussi en pleine métamorphose, que l’on sent en tension car devant répondre à des injonctions multiples."

Autre fait remarquable cette année, la forte mobilisation des bibliothèques universitaires, avec 17 dossiers déposés. Pour la première fois depuis sa création, le grand prix a été attribué à une bibliothèque universitaire, Lilliad, le learning center de Lille, distingué pour son projet innovant, unique en France. Au total, le jury 2017 a reçu 63 dossiers, soumis par 38 établissements. 9 dossiers ont été présentés dans la catégorie Accueil, 24 dans la catégorie Animation, toujours la plus représentée. 12 ont visé le prix de l’Espace intérieur, 8 celui de l’Innovation. Et 10 dossiers ont concouru pour le prix de la Diffusion scientifique, soit le double de l’année dernière.

Les membres du jury

Olivier Dion

Dans le sens des aiguilles d’une montre en partant du fond : Barbara Lison, directrice de la bibliothèque municipale de Brême et présidente fédérale de l'Association des bibliothécaires allemands, Gauthier van Meerbeeck, directeur éditorial des éditions du Lombard, Maylis de Kerangal, présidente du jury, Alain Duperrier, directeur de la bibliothèque départementale de Gironde, Amaël Dumoulin, directrice du réseau des bibliothèques de Dunkerque (lauréat 2016), Fabrice Piault, rédacteur en chef de Livres Hebdo, Claude Poissenot, sociologue, université de Lorraine, Véronique Heurtematte, chef de la rubrique Bibliothèque à Livres Hebdo.

La boîte à idées

Au fil des dossiers de candidature, le jury du grand prix Livres Hebdo des Bibliothèques francophones 2017 a relevé trois idées originales qui méritent d’être popularisées.

Des squelettes à la BU de Lyon-1

La bibliothèque universitaire Santé Rockefeller de Lyon-1 a ouvert en janvier 2017 une salle d’anatomie regroupant toutes les ressources utiles à l’apprentissage de cette discipline, notamment un atlas électronique en 3D. Les étudiants peuvent également emprunter 29 modèles anatomiques pédagogiques et 2 squelettes grandeur nature.

Faire la sieste à la BU de Saint-Etienne

La bibliothèque universitaire Santé de Saint-Etienne expérimente depuis le début de l’année la première salle de sieste installée dans une bibliothèque en France. Cet espace, baptisé salle des Mille et une nuits, a été conçu dans une démarche de design thinking qui s’appuie sur l’expérience et l’avis des usagers, qui plébiscitent ce nouveau service.

Des ambassadeurs à la bibliothèque Manufacture de Nancy

Depuis un an, la bibliothèque Manufacture de Nancy multiplie les initiatives originales pour valoriser ses services auprès d’un public toujours plus large. Parmi celles-ci, la création d’un groupe de 16 ambassadeurs chargés de faire de la "communication virale", la mise en place d’un programme d’animations culturelles sur mesure assorties d’un accueil "VIP" pour les groupes constitués tels que les associations ou les comités d’entreprise, la diffusion au cinéma d’un film publicitaire sur la bibliothèque réalisé par un jeune réalisateur nancéien, ou encore la bibliothèque pop-up pour les enfants qui s’installe un samedi matin par mois dans un centre commercial avec 450 documents et du mobilier pour accueillir les passants, proposer des lectures à haute voix, des animations numérique en lien avec le livre.

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