Covid-19

Les protocoles sanitaires remettent à l’épreuve le monde de l’édition

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Les protocoles sanitaires remettent à l’épreuve le monde de l’édition

Système de rotation au travail, port du masque obligatoire… Les maisons d’édition remettent à jour leur protocole sanitaire en entreprise tout en craignant des conséquences à court terme sur le manque d'interactions sur le terrain. 
 

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Par Isabel Contreras,
Créé le 04.09.2020 à 17h14,
Mis à jour le 04.09.2020 à 18h00

Les salariés d’Editis se sont déjà habitués. Depuis la fin du confinement, tous les lundis matin, l’accueil du siège parisien, près de la BnF, leur distribue des kits sanitaires pour la semaine. A l’intérieur, des masques, des lingettes et un stylet-crochet, pour éviter de toucher les boutons des ascenseurs et les poignets de porte.

Chez Hachette, pas de kit mais des masques sont à disposition des salariés. Le gel hydro-alcoholique balise les couloirs du siège à Vanves. A l'image de Madrigall, Editis et Média Participations, le premier éditeur français a adopté une charte qui énumère les nouvelles mesures sanitaires au sein de l'entreprise: port du masque obligatoire, mise en place de rotations avec, pour la plupart, deux jours de télétravail par semaine, procédures en cas de contamination...

Comptage

Les contraintes liées à la crise du Covid-19 ont transformé les conditions de travail. "En très peu de temps, nous avons développé des réflexes loin d’être anodins", observe la directrice commerciale de Stock, Charlotte Brossier. Dans cette maison d’édition du groupe Hachette, dont les locaux sont situés à Montparnasse et qui compte une vingtaine de salariés, un ordinateur trône désormais sur une étagère de la salle de réunions. La jauge de cette pièce est aujourd'hui limitée à dix personnes. Au-delà de dix, les salariés sont sommés de suivre la réunion à distance, sur écran. Si l'expérience n'est pas forcément désagréable, elle peut parfois s'avérer inadaptée. "La relation avec les représentants est beaucoup moins naturelle", note la directrice commerciale qui souhaite louer fin septembre une grande salle dans un hôtel parisien pour les accueillir "en présenciel".

Du côté d'Hugo&Cie, ce sont les éditeurs qui se déplacent, en nombre restreint, chez les représentants d'Interforum. Dans les bureaux parisiens de la maison fondée par Hugues de Saint-Vincent, une procédure a été actée afin d'éviter les contaminations en entreprise. "Nous avons un tableau à l’accueil qui rend compte en direct de la présence des salariés sur place, fait savoir Arthur de Saint Vincent, directeur général délégué d’Hugo Publishing. De cette manière, si jamais un cas positif se déclare, nous pouvons retracer qui était avec qui et à quel moment".  Pour ce patron, l'arrivée du Covid-19 a surtout bouleversé les relations entre collègues. "Des salariés ont eu très peur de la maladie et l’ont encore, d’autres sont plus insouciants, certains sont apparus sous un nouveau jour… C’est comme si plusieurs camps s’étaient formés au sein de la maison d’édition", déclare-t-il. 

Freins

Plus largement,"le port du masque limite la fluidité des communications", estime de son côté Benoît Pollet, directeur général de Dargaud. Sabine Wespieser, qui dirige la maison d'édition qui porte son nom, va plus loin: "Tout en respectant les consignes sanitaires, je demande à ce que l'équipe travaille en présenciel pour faciliter les échanges, déclare-t-elle. Le télétravail empêche la confrontation entre les salariés et l’émulation est très importante dans notre métier. Nous véhiculons de l'enthousiasme ! Les premiers passeurs sont les personnes qui composent l’équipe de la maison d’édition".

Les masques, les gestes barrières, les jauges... Ces nouvelles contraintes ont surtout provoqué l'annulation de rencontres et salons, essentiels dans le monde de l'édition. Dans son bureau, situé rue Saint-André-des-Arts à Paris, l’attachée de presse de Denoël, Marie Clerc, soupire. "Nous avons annulé un voyage de presse à Londres avec Karl Ove Knausgard, enjeu de notre rentrée littéraire", explique-t-elle. Aujourd'hui, elle cherche des solutions pour maintenir le lancement du premier roman d'Alissa Wenz (A trop aimer). "Un moment qui s'annonce chouette" car l'auteure est aussi musicienne.

Temps disponible

"Cette crise sanitaire a aussi provoqué une baisse des retours de lecture, poursuit Charlotte Brossier. Comme les libraires ont fait face à des journée de ventes exceptionnelles depuis le déconfinement, ils ont eu moins de temps pour se pencher sur la rentrée." Au Tripode, François Bétremieux, chargé des relations librairies, n'ose pas encore proposer des déjeuners aux professionnels. "Malheureusement, je privilégie les échanges par mail", glissse-t-il. La crise sanitaire, bouleversera-t-elle définitivement les rapports entre les différents maillons de la chaîne du livre ?

Les attachés de presse, les chargés des relations librairie ainsi que les responsables marketing s'appliquent déjà à trouver de nouvelles formules pour maintenir les animations en librairie. Pour le lancement de la BD Baiser après #metoo, d'Ovidie, Marabout organise le 9 septembre une présentation en librairie. "Les lecteurs doivent s'inscrire pour y assister, la jauge étant limitée, explique la responsable de la communication, Anne Bonvoisin. Nous avons mis en place un système de pré-commande d'ouvrages dédicacés". L'éditeur retransmettra l'évènement sur les réseaux sociaux en direct.
 
 

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