Quand Patrick Corbet revient sur la naissance de Momie Folie à Grenoble en 1985, l'émotion est encore vive. Car son associé de toujours, Christophe Salomon dit Cric, est décédé voilà un an. « J'avais 20 ans et une formation de cuistot, lui en avait 21 et un bac+2. On a ouvert cette librairie avec l'espoir d'en vivre, mais sans y croire vraiment. On n'a jamais eu d'idées expansionnistes ! » C'est après « 18 années à tirer le diable par la queue dans 30 m2 » qu'un troisième complice, Grégory Gabriel, investit dans l'affaire et permet un agrandissement, puis un développement. D'abord avec une boutique dédiée au manga. « Ensuite, ce sont des rencontres, comme toujours dans l'histoire de Momie. » Mikaël Vitry et Pedro Favier suivent les cours des deux libraires à la fac : le courant passe et ils lancent Momie Manga Lyon fin 2005.

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Si Grenoble reste aujourd'hui la plus grosse, avec 2,7 millions d'euros de chiffre d'affaires pour 14 salariés, Momie a essaimé à Annecy, Chambéry, Clermont-Ferrand, Dijon, Metz, Saint-Malo. Des librairies indépendantes, dans lesquelles la holding grenobloise n'est même pas toujours associée, mais qui suivent un modèle simple. « Un plafond jaune, du parquet, des meubles en bois fabriqués dans la banlieue de Grenoble. Et surtout, une formation des libraires qui privilégie la relation client. » Car Patrick Corbet le martèle : « On n'a pas de plan de conquête ! On veut juste simplifier l'activité des libraires, qui mènent leur boutique comme ils l'entendent. »
Une forte cohésion
Toutefois, quand on croise les libraires Momie au festival d'Angoulême, une forme de cohésion évidente s'observe. « Dans un monde où il a trop tendance à disparaître, je tiens beaucoup à l'humain, souligne Patrick Corbet. J'aime quand les libraires, même éloignés, s'entraident. Je propose un "Momierasmus", des échanges de libraires entre magasins, pour découvrir les façons de travailler de chacun. » Il y a aussi les séminaires, avec trois heures de travail et deux jours de fête. Ou les voyages au Japon ou aux Etats-Unis organisés pour les salariés. De là à parler de « famille », il n'y a qu'un pas que le fondateur ne veut pas franchir. « Car dans une famille, on finit toujours par se fâcher ! » Résultat, le réseau Momie se vit comme tel, possède son site marchand, produit ses propres supports de médiation (Les 100 mangas à lire avant la fin du monde...), et a même quitté - sauf Momie Metz - le réseau Canal BD. « On ne s'apportait plus grand-chose mutuellement », glisse Patrick Corbet.
Conformément à sa ligne, le gérant ne dresse pas de plan pour l'avenir. Outre l'agrandissement des magasins de Chambéry et Lyon, la reprise signée en mars du fameux Album Comics du boulevard Saint-Germain, à Paris, représente déjà un gros morceau. « C'est la première fois que nous reprenons une librairie, et celle-ci est une sorte de rêve tellement elle est incontournable. La négociation n'a pas été simple, avec la pandémie, mais ça m'aurait fait de la peine qu'elle laisse la place à une supérette ou à un assureur. » C'est, à ce jour, la dernière folie de Momie.
