Littérature Argentine

Littérature Argentine : moments, figures, épisodes

Littérature Argentine : moments, figures, épisodes

La Boca, le quartier portuaire dans la partie ancienne de Buenos Aires. - Photo Ryno /Images24

Littérature Argentine : moments, figures, épisodes

La littérature argentine reste marquée par le questionnement identitaire qui taraude la patrie de Jorge Luis Borges depuis son indépendance il y a deux siècles. A cinq semaines du Salon du livre de Paris, dont elle est l’invitée d’honneur du 21 au 24 mars, panorama en cinq tableaux, assorti d’une présentation des auteurs invités à la manifestation et des livres qui paraissent pour l’occasion.

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Par Magdalena Cámpora,
Souen Léger,
Créé le 13.02.2014 à 22h38 ,
Mis à jour le 03.04.2014 à 17h10

Dans un compte rendu paru en 1938, Jorge Luis Borges s’interroge sur une "alarmante histoire de la littérature" dont "l’un des procédés de prédilection est l’information déficiente". Le risque est certain, dans ces quelques pages, de rééditer le procédé. Comment présenter efficacement une littérature complexe, que sous-tend l’histoire politique d’une nation qui a plus de deux siècles (l’indépendance vis-à-vis de l’Espagne date de 1810) et qui, aujourd’hui encore, se demande ironiquement, gravement, ce qu’elle est, s’étant longtemps nourrie des fantasmes d’une argentinité désirée ou honnie : immigration, babélisme, cosmopolitisme, mobilité sociale, extension géographique ressentie comme un absolu ou comme un mal, politisation extrême, autodérision, scepticisme, nostalgie, violence ?

Manifestation, en décembre 1986, des Folles de Mai à Buenos Aires après l’acquittement d’Alfredo Astiz, l’un des responsables des disparitions d’opposants politiques durant la dictature militaire entre 1976 et 1983.- Photo RAFAEL WOLLMANN/GAMMA

Connaissant les difficultés de la tâche, nous excusant à l’avance des noms essentiels qui seront sans doute omis, c’est sans prétention de synthèse, un peu à la manière des cosmoramas qui, au XIXe siècle, exhibaient des vues d’un pays étranger, que l’on essaiera de présenter le propos. S’ensuivent des scènes spécifiques, nécessairement partielles, plus ou moins connexes : points d’articulation entre littérature et histoire parfois dotés, en tant qu’images, d’un potentiel de généralisation - figures, auteurs, anecdotes, terreur et "beauté de l’événement", comme dirait Rodolfo Walsh - que la littérature argentine contemporaine problématise et contient à la fois, que ce soit par négation, parodie ou amplification.

Jorge Luis Borges à Paris en 1979- Photo ULF ANDERSEN/GAMMA

Victoria captive

Le récit autour des captives blanches brutalement enlevées du monde civilisé par des bandes ("el malón") d’Indiens à cheval apparaît dans la production littéraire et artistique argentine de la deuxième moitié du XIXe siècle, en consonance avec les campagnes d’éradication et d’extermination des peuples autochtones entreprises en Argentine lors de la "conquête du Désert". El Desierto : tel était le nom donné aux riches plaines de la Pampa, au sud de la province de Buenos Aires, qu’il fallait impérieusement reprendre, pour des raisons économiques, à la prétendue barbarie des Indiens. L’image hautement érotique de la captive blanche aux prises avec l’autre suit au XIXe siècle les canons de représentation européens : invasions barbares, centaures et Lapithes, potentialités du nu féminin. Un trait nouveau apparaît cependant : la plaine, dont il faut rendre compte dans les textes et les tableaux - la plaine, et l’association entre violence et espace non maîtrisé. Echeverría dans La cautiva (1837), Sarmiento dans Facundo : civilización y barbarie en las Pampas argentinas (1845) la comparent au désert de l’Orient et citent les ruines de Palmyre vues par Volney ou Chateaubriand, confirmant un régime de représentation qui passe par l’Europe et ses propres catégories de représentation de l’inconnu. C’est ce regard tourné vers le Nord, de l’autre côté de l’océan, quand il s’agit de représenter l’intérieur du territoire, que l’on retrouve burlesquement évoqué dans le visage détourné de Victoria captive (charbon et acrylique sur papier, 2009), sauf que, dans ce tableau de Daniel Santoro, le barbare est devenu centaure péroniste (militant du parti Justicialista, fondé par Perón en 1947, travailleur à la peau foncée, descamisado récurrent dans ses peintures) et la captive s’est transformée en Victoria Ocampo rétive, se mordant le poing de rage d’être ainsi enlevée à la civilisation. Mécène des arts, femme de lettres, fondatrice de la revue Sur dans laquelle publiaient, entre autres, Borges, Michaux, Heidegger, Gropius, Huxley ou Lorca, Ocampo incarne le modèle de culture cosmopolite rêvé par les élites libérales de la fin du XIXe. La scène condense ainsi de manière extraordinaire l’histoire de la possession du capital symbolique, entendu comme relation privilégiée avec l’Europe (dont la revue Sur serait l’aboutissement) et problématise la mythographie politique qui lie culture péroniste, barbarie et populisme.

Car la question demeure dans la littérature contemporaine, avec force : comment représenter, sans tomber dans des pièges simplificateurs, ce phénomène protéiforme appelé péronisme, qui va du nationalisme des années 1940 au projet socialiste et révolutionnaire des années 1970 ? La promiscuité entre les emblèmes du péronisme, en particulier la figure d’Eva Perón, et des structures culturelles et politiques fondatrices d’une certaine idée de nation, notamment l’opposition "civilización y barbarie" formulée par Sarmiento, semble avoir tracé, à partir des années 1960, une voie complexe qui sape toute conclusion réductrice. Evita prostituée dans le port de Buenos Aires, Evita en travesti, Evita aux fines taches de cancer sous la peau translucide : dans les œuvres de Copi (Eva Perón, théâtre, 1970), Leónidas Lamborghini (Eva Perón en la hoguera, poème, 1972) ou Néstor Perlongher (Evita vive, nouvelle, 1975), la fragmentation du récit historique, le grotesque et l’hyperbole dans la représentation rendent indécidable le point de vue du narrateur. Cette même indécidabilité se maintient dans le roman contemporain, qui instaure à son tour une violence carnavalesque dans le récit et l’écriture de l’histoire. Quelques exemples possibles, parmi d’autres : La lengua del malón de Guillermo Saccomanno (2003), mélodrame "lesbico-péroniste" qui relit le coup d’Etat de 1955 contre Perón ; El muchacho peronista de Marcelo Figueras (1992), où le personnage principal assassine Perón avant même qu’il ne devienne président ; Una virgen peronista de Federico Jeanmaire (2001), ubuesque traversée de la plaine d’un contingent de provinciaux en quête d’idoles.

Ce desierto dans lequel se perdent ensemble, au galop, les symboles de la haute culture et des bases populaires marque désormais les limites de l’immense province de Buenos Aires et, plus loin, celles de l’Amérique latine tout entière. L’immigration des pays limitrophes (et non plus l’européenne) a modifié la langue, la culture et l’espace urbains, et trouve une voix singulière dans la langue grotesque, sexuée, violente, pseudo-populiste de Washington Cucurto (La máquina de hacer paraguayitos, poésie, 1999, Cosa de Negros, nouvelles, 2003). Disparue dans les limites floues de la banlieue, la frontière avec le désert s’étend par ailleurs sur des zones indéterminées : petites collectivités en marge de l’Etat, constructions industrielles, terrains vagues, espaces géographiques fluctuants que racontent Juan Diego Incardona dans Villa Celina (nouvelles, 2008) ou Pedro Mairal dans El año del desierto (2005), roman fantastique, brillante fiction de la crise économique et sociale de 2001, où l’état constant de crise provoque l’avancée définitive du désert sur la civilisation.

A l’échelle urbaine, des espaces identitaires spécifiques autour du quartier, ou barrio, surgissent dans les années 1990, corollaire des politiques néolibérales et du recul de la présence de l’Etat. La poésie a le mieux représenté ces espaces aux codes précis : des écritures qui fusionnent médias, culture populaire et haute culture en lambeaux, une oralité sauvage et stylisée, où la violence extérieure crispe la forme poétique, caractérisent des œuvres d’une puissance étrange comme La zanjita de Juan Desiderio (1992), Punctum de Martín Gambarotta (1996) ou Maternidad Sardá de Martín Rodríguez (2005).

Y a-t-il manière, dans ce contexte, de récupérer le paysage primitif, non pas barbarie originelle, mais beauté de ce qui demeure caché par "des containers, sur des containers, sur des containers", comme l’écrit le poète Sergio Raimondi dans Poesía civil (2001) ? A cette question répondent, dans la lignée du poète Juan L. Ortiz (En el aura del sauce, 1971), l’œuvre d’Arnaldo Calveyra (El maizal del gregoriano, 2005) qui célèbre avec dévotion, dans sa poésie lumineuse, le souvenir de sa terre natale dans la province d’Entre Ríos, ou encore les miniatures sensualistes de Diana Bellessi, qui sont aussi de petites réflexions métaphysiques (El jardín, 1993, La rebelión del instante, 2005).

Figures de la violence politique

Comment représenter la violence est une question récurrente dans la littérature argentine - une littérature qui commence, comme l’a signalé le critique David Viñas en parlant de El matadero (L’abattoir) d’Echeverría (1838), par le récit d’un viol. La violence est une des manières de penser politiquement autrui, dans un pays infesté de dictatures militaires successives, dont la plus sanglante, qui a sévi entre 1976 et 1983, a laissé 30 000 morts et l’atroce imaginaire produit par la disparition des corps des détenus politiques (los desaparecidos) et l’appropriation systématique de bébés nés pendant la captivité de leurs mères.

La littérature a essayé de traduire cette violence, qui attaque la notion même d’identité, dans un double mouvement de représentation. D’une part, une codification hautement littéraire, stylisée, artificieuse, que l’on pourrait mettre du côté de l’allégorie ; d’autre part, la présence envahissante et littérale d’une corporalité broyée et humiliée, où la violence sexuelle incarne la violence politique. Zama (1956), roman au style sec, racé, kafkaïen qu’Antonio Di Benedetto dédie "aux victimes de l’attente", décrit la violence psychique exercée sur l’individu. Rodolfo Walsh, écrivain et journaliste assassiné par les militaires en 1977, raconte dès 1963, dans la nouvelle Esa mujer, les abus subis par la dépouille d’Eva Perón ; dans The Buenos Aires affair (1973), "polar" qui lui vaudra l’exil, Manuel Puig emmure la vie privée de gens quelconques dans une complexe trame faite de disparitions, d’outrages sexuels et de mensonges publics qui rendent impossible l’élucidation des faits. Mais c’est sans doute l’œuvre inclassable d’Osvaldo Lamborghini qui exprime le mieux, dans une allégorie onirique et obscure (El fiord, 1969), la défiguration sexuelle des corps (littérale et bestiale, sur un "matelas tigré") sur l’autel de la lutte politique.

Si la violence exercée sur les corps individuels dans des textes parus avant 1976 préfigure la violence ultérieure infligée au corps social, les fictions publiées durant la dictature essaient de faire face au monologue autoritaire du pouvoir en proposant des récits plurivoques, marqués par l’interrogation. Des romans essentiels comme Nadie nada nunca de Juan José Saer et Respiraciónartificial de Ricardo Piglia (1980) résistent, comme l’a signalé la critique Beatriz Sarlo, à la violence politique et au mensonge officiel en questionnant la possibilité même du récit. "Y a-t-il une histoire ?" est l’incipit de Respiración, et cette question, qui semble porter sur les problèmes de la représentation réaliste et qui recouvre aussi les brillantes et obsessives répétitions du récit de Saer, condense de manière chiffrée la résistance aux histoires univoques imposées par le régime.

L’interprétation et la critique du passé récent traversent la production des nouvelles générations d’écrivains mais la codification, qui n’a plus besoin d’être opaque, entraîne un changement du point de vue : regard complice de l’apprentie tortionnaire dans Ciencias morales de Martín Kohan (2007) ou du médecin qui devient collabo dans Villa de Luis Guzmán (1996) ; regard critique de l’enfant devenu adulte dans Historia del llanto d’Alan Pauls (2007) ou La casa de los conejos de Laura Alcoba (2008) ; regard de celui qui reste sur le monde désormais vide de celui qui a disparu dans Los planetas de Sergio Chejfec (1999) ; regard détraqué, discordant, paranoïaque dans Los topos de Félix Bruzzone (2008). Quelles sont les marques laissées par la violence quand on a grandi avec elle : quel langage, quelle sensibilité, quelle mémoire, quelle marge de critique, quelle perception de l’ellipse et du non-dit ? Voilà quelques-unes des questions que semble poser la littérature contemporaine à l’heure d’une réflexion sur la violence politique des temps récents.

L’Aleph engrossé ?

C’est une question d’inactualité que pose en 1999, lors de l’apothéose médiatique du centenaire de la naissance de l’auteur de Ficciones, la critique Josefina Ludmer : comment sortir de Jorge Luis Borges ? L’ombre tutélaire d’un écrivain dont la gloire internationale s’est construite, dans les années 1970, à partir des clichés critiques de sa première réception argentine (Borges cérébral, apatride, apolitique, érudit) s’est vue modifiée, dans les années 1990, par la publication des premières éditions d’essais et de poèmes (par exemple Fervor de Buenos Aires, de 1923), par la récupération d’un jeune Borges soucieux d’introduire les avant-gardes et par la mise en recueil d’articles et de comptes rendus inaccessibles ou oubliés, essentiellement parus dans la presse des années 1930 et 1940, qui révélaient au grand public un Borges éblouissant dans l’art de la polémique et profondément intégré dans la réalité politique et littéraire de l’Argentine. Les essais, en particulier, inscrivaient Borges dans une tradition identifiable et prestigieuse : à l’instar de Sarmiento, de toute une génération d’écrivains des années 1930, puis d’Ezequiel Martínez Estrada, il s’essayait, lui aussi, à l’hypothétique question de l’être national. De grandes images conceptuelles ont été créées pour saisir ce glissant ser nacional : quelques essais, désormais classiques, doivent leur efficacité polémique à la synthèse de formules limpides, extrêmement productives, qui ont pu par la suite être appliquées dans des champs aussi divers que la politique, l’histoire, l’économie ou la littérature. On citera, pour exemple, les figures spatiales à partir desquelles Ezequiel Martínez Estrada interprète l’histoire argentine : la Pampa, espace infini et vide, ressenti presque comme un mal (Radiografía de la Pampa, 1937), La cabeza de Goliat (1940), dont le titre et le sous-titre, Microscopía de Buenos Aires, déploient toute une géographie politique ; ou encore l’invention par Raúl Scalabrini Ortiz d’un personnage urbain, El hombre que está solo y espera (1931), pour représenter le sentiment de crise et de malaise existentiel qui accompagne le coup d’Etat de 1930.

Mais pour en revenir à Borges, ces récupérations de l’auteur de El idioma de los Argentinos (1928) ont estompé, à partir des années 1990, l’image de vieux conservateur aux opinions inquiétantes pendant la dictature militaire, et transformé le créateur de Pierre Ménard en repère ou cible qu’il s’agit de réduire, de fêter ou de métaboliser. L’absorption est de fait, dans certains cas, littérale : Pablo Katchadjian gave la nouvelle El Aleph de 5 000 mots supplémentaires et produit El Aleph engordado (2008) ; Rodrigo García va plus loin dans le cannibalisme et met en scène un charcutier psychotique, mais grand lecteur, qui avale les cendres du grand homme pour les recracher un dimanche quelconque, à la sortie du stade de foot de Boca Juniors (Borges, théâtre, 2003)… Dans d’autres cas, l’appropriation reste plus calme : Martín Kohan raconte l’histoire d’Emma Zunz du point de vue du marin "suédois ou finlandais" (Erik Grieg, 1998) ; Help a él (1982) est le titre anagrammatique choisi par Rodolfo Fogwill dans un brillant roman qui subvertit tout le récit du "point de l’espace qui contient tous les points". De manière générale, les réflexions critiques et fictionnelles les plus stimulantes de ces dernières années trouvent dans la figure même de Borges, dans ses vues sur la littérature et l’histoire, une amorce extrêmement efficace, comme le montrent Una vida de Pierre Ménard de Michel Lafon (2010) ou les essais d’Alberto Manguel sur la lecture (Une histoire de la lecture, 1998, Chez Borges, 2003).

Sortir de Borges ? La difficulté va au-delà du jeu intertextuel, la filiation ou le parricide, dans la mesure où l’auteur de El escritor argentino y la tradición semble avoir très tôt décelé le lien délicat et composite qui rattache une grande partie de la littérature argentine contemporaine à la tradition littéraire occidentale : "Je crois que nous, Argentins […], nous pouvons toucher à tous les thèmes européens, y toucher sans superstition, avec une irrévérence qui peut avoir, qui a déjà, d’heureuses conséquences", écrit-il en 1951. Ces conséquences ont été et sont, en effet, nombreuses : le travail sur le genre fantastique, de longue tradition européenne, en est peut-être la meilleure preuve, des perturbantes nouvelles de Julio Cortázar, qui n’ont plus besoin d’être présentées (Bestiario, 1951, Final del juego, 1956, Todos los fuegos el fuego, 1966), aux actuelles formulations du genre, parasitées par un imaginaire de brutalité, de technique et de solitude capitalistes : les romans et nouvelles d’Oliverio Coelho (Los invertebrables, roman, 2003, Parte doméstico, nouvelles, 2009) en sont l’illustration la plus saisissante. Dans la lignée des récits policiers métaphysiques dans lesquels excellait Borges (sociétés secrètes, figures spectrales, meurtres et mystères qui impliquent un savoir philologique, Buenos Aires enfouie dans d’autres villes) s’inscrivent enfin certaines œuvres de Pablo de Santis (La traducción, 1997, El teatro de la memoria, 2000) ou de Guillermo Martínez (Crímenes imperceptibles, 2003).

Duchamp à Buenos Aires

Marcel Duchamp (voir Adieu à Florine, 1918, encre et crayon de couleur sur papier) quitte New York en 1918 pour éviter, dit-on, d’être enrôlé, et s’installe à Buenos Aires, ville mystère signifiée dans une lettre par un énorme point d’interrogation rouge. Il voulait convertir Buenos Aires au cubisme, mais la "tranquillité provinciale" de la ville l’ennuie et l’enthousiasme initial, au fil des mois, disparaît, si ce n’est pour le beurre "qui continue à être bon, mais on s’y habitue". Il travaille pourtant (et joue aux échecs) dans cette ville qu’il méprise et qui ignore tout de son passage ; il aurait pu cependant, comme l’a signalé Cortázar, y rencontrer un frère spirituel, Macedonio Fernández, dont la légendaire conversation et l’écriture, qui interrogent les limites de l’œuvre d’art (No toda es vigilia la de los ojos abiertos, 1928), sont à plus d’un titre en phase avec son œuvre.

C’est, semble-t-il, par une espèce d’étrange loi de la compensation que divers auteurs n’ont cessé depuis d’essayer de corriger cette méconnaissance. Duchamp est ainsi pour Julio Cortázar "l’un des phares" de l’expérimentation formelle dans Rayuela (1963, roman qui a initié toute une génération de lecteurs dans une certaine idée de la bohème et la création littéraire). Mais c’est sans doute l’œuvre omnivore de César Aira qui, à partir des années 1980, a le plus efficacement intégré les outils créatifs proposés par Duchamp. Aira publie, dans toutes sortes de supports et de maisons d’édition (ce qui déconcerte et alimente à la fois le marché), en moyenne deux romans par an, et cette prolificité fabuleuse de récits a dessiné les pourtours d’un monde singulier, où la seule valeur est l’invention. Invention d’intrigues farfelues ou féeriques, d’exotismes décalés, de folles péripéties, de personnages à l’identité civile, sentimentale et sexuelle changeante, aux mutations brusques et invraisemblables, régies par le hasard. Quelques titres, en guise d’illustration : Canto castrato, 1984 ; Una novela china, 1987 ; Cómo me hice monja, 1993 ; Las curas milagrosas del doctor Aira, 1998 ; Varamo, 2002, Las noches de Flores, 2004 ; etc. Pour Aira, ce qui constitue l’œuvre n’est pas le produit final mais le moteur, le mécanisme narratif qui fait avancer l’histoire : fuir en avant, jusqu’à l’épuisement du récit, sans trop de considération pour le lecteur, la réécriture ou la vraisemblance. Ce qui importe est le procédé et ses combinaisons, dans son œuvre comme dans celle des auteurs qu’il aime : d’où son étonnante lecture (Alejandra Pizarnik, essai, 1998) de l’œuvre poétique d’Alejandra Pizarnik, qui aurait épuisé, dans un nombre limité de fulgurantes combinaisons (Arbol de Diana, 1962, Extracción de la piedra de locura, 1968), ce que Rimbaud appelait voyance, et qui était aussi le fruit du travail le plus ardu.

L’influence d’Aira sur les jeunes narrateurs est grande : si le roman que vous avez entre les mains est agile, invraisemblable, par moments sinistre et sans aucune solennité, si l’argument est en constante expansion et court le risque de devenir monstrueux, il a sans doute été écrit par un lecteur d’Aira.

Traducciones fusiladas : la question de la langue

En marge de la prestigieuse tradition de traducteurs argentins qui, les premiers dans le monde hispanique, ont, par exemple, rendu des versions d’Ulysse de Joyce (José Salas Subirat, 1945), des Illuminations de Rimbaud (Alfredo Terzaga, 1955) ou de René Char (Raúl Gustavo Aguirre, 1953), une pratique de sous-traitance des traductions se développe à partir des années 1950 en Argentine : les maisons d’édition fondées à Buenos Aires par des exilés de la guerre civile espagnole envoient en Espagne des versions de classiques ou d’ouvrages contemporains faites par des traducteurs argentins ; arrivées en Europe, ces versions sont "désargentinisées" ou "fusillées", selon le jargon du métier. Cette dénaturalisation de l’espagnol d’Argentine rendu neutre à des fins commerciales résume assez bien les avatars du "colloquialisme" dans le marché éditorial, mais devient problématique face à des textes dont la prosodie, le rythme et le lexique sont irréductibles à la neutralité linguistique.

Or il existe en Argentine toute une tradition d’écriture, parfaitement représentée par l’œuvre éblouissante de Roberto Arlt (El juguete rabioso, 1926, Los siete locos, 1929), qui configure non pas une langue mais l’essence même de la vie urbaine, à partir d’une certaine transcription de l’oralité. Oralité qui inclut, d’abord, ces autres langues de l’immigration qui ont fait et font de Buenos Aires "la Babel du Plata", mais encore le langage de la radio, des médias, du feuilleton, de la musique populaire (le tango, évidemment) : Adán Buenosayres (roman, 1948) de Leopoldo Marechal, Boquitas pintadas (roman, 1969) de Manuel Puig constituent d’abord une langue parlée par une communauté. Des poètes comme Raúl González Tuñón (Todos bailan, poemas de Juancito Caminador, 1934) et, plus tard, Juan Gelman (Violín y otras cuestiones, 1956, Cólera buey, 1965) finissent par libérer la langue poétique des modèles normatifs, tout en l’inscrivant dans une tradition qui va de saint Jean de la Croix à Cendrars.

Dans l’actualité, cet inventaire vivant de la langue est magnifiquement dressé par le théâtre. L’effervescente scène théâtrale argentine (400 salles rien qu’à Buenos Aires), que le public français connaît grâce aux festivals de théâtre itinérants, traduit la langue du présent dans les œuvres de Romina Paula, Rafael Spregelburd, Daniel Veronese, Ricardo Bartís, Vivi Tellas, Claudio Tolcachir, Santiago Loza, Alejandro Tantanian, Guillermo Cacace, Mariano Pensotti, Andrea Garrote, Ciro Zorzoli, et la liste continue, en dehors de l’espace limité de ces pages qui contiennent ces quelques scènes et fragments de la littérature argentine, possibles parmi bien d’autres, convoquées uniquement dans l’espoir d’éveiller une curiosité que seules la lecture et la rencontre sauront satisfaire.

Magdalena Cámpora

Les auteurs argentins à Paris

 

La littérature argentine sera représentée dans toute sa force et sa diversité en mars au Salon du livre de Paris, avec une délégation de 30 auteurs invités par le Centre national du livre, dont nous dressons le portrait, auxquels s’ajoutent 18 auteurs invités par le secrétariat d’Etat à la Culture d’Argentine.

 

 

Laura Alcoba

 

Romancière et traductrice, Laura Alcoba est née en 1968 en Argentine. Alors qu’elle n’a que 10 ans, ses parents fuient la dictature et se réfugient en France. Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Fontenay-Saint-Cloud, elle enseigne à l’université de Nanterre. Si elle écrit en français, le thème de ses livres est toujours l’Argentine. Elle revient notamment sur son enfance marquée par la dictature dans Manèges, petite histoire argentine (Gallimard, 2007), son premier roman.

Publications en France :

Manèges, petite histoire argentine, Gallimard, 2007.

Jardin blanc, Gallimard, 2009.

Les passagers de l’"Anna C.", Gallimard, 2012.

Le bleu des abeilles, Gallimard, 2013.

 

Selva Almada

 

Née dans la province d’Entre Ríos en 1973, elle est l’auteure de plusieurs livres de contes et de poésie. Son premier roman, El viento que arrasa, a été très bien accueilli par la critique. Il paraîtra en France en mars aux éditions Métaillié sous le titre Après l’orage. Elle est par ailleurs présente dans plusieurs anthologies de contes, dont une parue en Allemagne.

Publication en France :

Après l’orage, Métailié, 6 mars 2014.

 

Leandro Avalos Blacha

 

Né en Argentine en 1980, Leandro Avalos Blacha a étudié la littérature à Buenos Aires. Son travail est inspiré par l’écrivain Alberto Laiseca qui l’a formé. César Aira, Daniel Link et Alan Pauls lui ont attribué à l’unanimité le prix Indio Rico 2007 pour Berazachussetts, publié en France en 2011 aux éditions Asphalte et en Folio SF en 2013. Côté cour, toujours publié chez Asphalte, est son deuxième texte en français.

Publications en France :

Berazachussetts, traduit par Hélène Serrano, Asphalte, 2011. Paru en Folio SF en 2013.

Côté cour, traduit par Hélène Serrano, Asphalte, 2013.

 

Silvia Baron Supervielle

 

Auteure et traductrice, Silvia Baron Supervielle est née en 1934 à Buenos Aires d’une mère d’origine espagnole et d’un père d’origine française. Quelques années après son installation à Paris en 1961, elle se met à écrire en français. En 1970, Maurice Nadeau publie une série de ses poèmes dans la revue qu’il dirige, Les Lettres Nouvelles. Elle publie par la suite des livres de poésie et de prose aux éditions José Corti. Parallèlement, elle traduit en français des écrivains argentins tels que Borges et Julio Cortázar, et traduit en espagnol la poésie et le théâtre de Marguerite Yourcenar.

Dernières publications en France :

Le pays de l’écriture, Seuil, 2002.

Pages de voyage, Arfuyen, 2004.

Une simple possibilité, Seuil, 2004.

La forme intermédiaire, Seuil, 2006.

L’alphabet du feu : petites études sur la langue, Gallimard, 2007.

Autour du vide, Arfuyen, 2008.

Journal d’une saison sans mémoire, Gallimard, 2009.

Le pont international, Gallimard, 2011.

Sur le fleuve, Arfuyen, 2013.

Lettres à des photographies, Gallimard, 2013.

 

Vicente Battista

 

Romancier et nouvelliste, Vicente Battista est également scénariste pour la télévision et le cinéma. Né en 1940, il s’est exilé en Espagne pendant la dictature militaire de 1976 à 1983. Les thèmes de l’expatriation et du rapport au passé sont d’ailleurs au cœur de son roman intitulé Le tango de l’homme de paille, paru en France en 2000 chez Gallimard. Son dernier roman publié en Argentine s’intitule Ojos que no ven (2012).

Publications en France :

Siroco, traduit par Monique Roumette, Mascaret, 1993.

Le tango de l’homme de paille, traduit par Joani Hocquenghem, Gallimard, 2000.

 

Diana Bellessi

 

Née dans la province de Santa Fe, en 1946, elle a suivi des études de philosophie. Entre 1969 et 1975 elle entreprend la traversée du continent américain à pied. Lauréate de nombreux prix littéraires hispanophones, elle reçoit en 2011 le prix national de Poésie. Son dernier recueil de poésie Tener lo que se tiene sera prochainement publié en France, en version bilingue, aux éditions La Rumeur libre.

 

Liliana Bodoc

 

Native de Santa Fe, Liliana Bodoc a étudié la littérature à l’université, qu’elle a ensuite enseignée. En collaboration avec Mariu Carrera, elle a écrit plusieurs pièces de théâtre. Elle est l’auteure d’une célèbre trilogie, La saga des confins, publiée au Seuil entre 2007 et 2008. Son dernier livre, paru au Seuil Jeunesse, s’intitule Le miroir de la liberté (2009).

Publications en France :

La saga des confins, 1, L’armée, traduit par Isabelle Gugnon, Seuil, 2007.

La saga des confins, 2, L’ombre, traduit par Isabelle Gugnon, Seuil, 2007.

La saga des confins, 3, Le feu, traduit par Isabelle Gugnon, Seuil, 2008.

Le miroir de la liberté, traduit par Faustina Fiore, Seuil Jeunesse, 2009.

 

Arnaldo Calveyra

 

Né en 1929 à Mansilla, Arnaldo Calveyra est poète, dramaturge et romancier. Il publie ses premiers poèmes en 1959 et obtient une bourse du gouvernement français deux ans plus tard pour sa thèse sur les troubadours provençaux. Depuis, il vit à Paris. L’essentiel de son œuvre a été publié en français chez Actes Sud dont, récemment, Journal d’Eleusis (2008) et Le cahier grec (2010).

Dernières publications en France :

Le livre du miroir, traduit par Silvia Baron Supervielle, Actes Sud, 2000.

Maïs en grégorien, traduit par Anne Picard, Actes Sud, 2003.

Livre des papillons, traduit par Anne Picard, Le Temps qu’il fait, 2004.

Journal d’Eleusis, traduit par Claude Bleton, Actes Sud, 2008.

Le cahier grec, traduit par Claude Bleton, Actes Sud, 2010.

 

Oliverio Coelho

 

Né à Buenos Aires en 1977, il est l’auteur de six romans, parmi lesquels Tierras de vigilia, édité en Argentine, au Mexique et à Porto Rico, Borneo, édité en France en 2011, et Ida. Il signe également des contes et des nouvelles, et collabore à des suppléments culturels comme ADN, Babelia, La Nación, Clarín et Perfil. Il écrit actuellement dans les pages livres de la version argentine des Inrockuptibles.

Publication en France :

Borneo, traduit par Claude de Frayssinet, Les Fondeurs de briques, 2011.

 

Pablo de Santis

 

Auteur de romans traduits en français, en italien, en allemand ou encore en russe, Pablo de Santis est né à Buenos Aires en 1963. Il écrit également des livres pour adolescents et dirige deux collections de littérature Jeunesse. Rédacteur en chef de la revue de bande dessinée Fierro, il est lui-même scénariste de BD et de télévision. Son prochain roman, Crimes et jardins, sera publié en mars chez Métailié, son éditeur habituel en France.

Publications en France :

La traduction, traduit par René Solis, Métailié, 2000. Réédition le 13 mars 2014.

Le théâtre de la mémoire, traduit par René Solis, Métailié, 2002.

Le calligraphe de Voltaire, traduit par René Solis, Métailié, 2004.

Le cercle des douze, traduit par René Solis, Métailié, 2009. Réédition le 13 mars 2014.

L’hypnotiseur, scénario Pablo de Santis, dessin Juan Seanz Valiente, Casterman, 2010.

La soif primordiale, traduit par François Gaudry, Métailié, 2012.

Crimes et jardins, Métailié, 6 mars 2014.

 

Alicia Dujovne Ortiz

 

Née en Argentine en 1940, elle vit en France depuis 1978 mais a conservé l’espagnol comme langue d’écriture. Alicia Dujovne Ortiz est journaliste, poète, biographe, critique littéraire et romancière. Traduite dans plus de vingt langues, elle est également auteure de livres de voyage et de textes pour la jeunesse. En 2011, elle publie Chronique des ordures : qui a tué Diego Duarte ? aux éditions Tango bar ainsi que Le monologue de Teresa chez Grasset.

Dernières publications en France :

Dora Maar : prisonnière du regard, traduit par Nelly et Alex Lhermillier, Grasset, 2003. Paru au Livre de poche en 2010.

Villa miseria, Rageot, 2003.

Les fiancés du jardin potager, Grasset Jeunesse, 2004.

Anita, traduit par Nelly Lhermillier, Grasset, 2005. Paru chez Points en 2006.

Camarade Carlos : un agent du Komintern en Amérique latine, traduit par Nelly et Alex Lhermillier, La Découverte, 2008.

L’étoile rouge et le poète, traduit par Claude de Frayssinet, Métailié, 2009.

Le monologue de Teresa, traduit par François Rosso, Grasset, 2011.

Chronique des ordures : qui a tué Diego Duarte ?, traduit par André Gabastou, Tango bar éditions, 2011.

 

Luisa Futoransky

 

Poétesse, romancière, traductrice et journaliste, Luisa Futoransky est née à Buenos Aires en 1939. Elle y a étudié la poésie anglo-saxonne avec Borges. En 1974, elle quitte l’Argentine pour vivre successivement en Espagne, en Italie, au Japon, en Chine et à Paris. Etablie en France depuis 1981, elle est éditrice, pour la langue espagnole, de la revue de l’Unesco Patrimoine mondial. Ses écrits ont pour thèmes l’exil, la conquête de la liberté, et les traditions culturelles.

Publications en France :

Partir, te dis-je, traduit par Françoise Campo, Actes Sud, 1984.

Chinois, chinoiseries, traduit par Annie Morvan, Actes Sud, 1984.

Julia, traduit par Jean-Marie Saint-Lu, éditions de l’Aube, 1990.

Cheveux, toisons et autres poils, Presses de la Renaissance, 1991.

Lunes de miel : voyage dans la plus stricte intimité, traduit par Louis Soler, Belfond, 1995.

Les orties de Saorge, traduit par Nelly Roffé, éditions de la Grenouillère, 2014.

 

Fernanda García Lao

 

Née en 1966 à Mendoza et contrainte de s’exiler à Madrid avec sa famille en 1976 pendant la dictature militaire, Fernanda García Lao retourne dans son pays d’origine en 1993 où elle s’installe à Buenos Aires. Comédienne et dramaturge, elle est l’auteure de plusieurs pièces de théâtre ainsi que de nombreuses nouvelles.

Publications en France :

La faim de Maria Bernabé, traduit par Isabelle Gugnon, La Dernière Goutte, 2011.

La parfaite autre chose, traduit par Isabelle Gugnon, La Dernière Goutte, 2012.

La peau dure, traduit par Isabelle Gugnon, La Dernière Goutte, 2013.

 

Inés Garland

 

Née à Buenos Aires, elle a été journaliste et productrice de télévision, réalisatrice de documentaires et de courts-métrages. En 2005, son recueil de nouvelles Una reina perfecta est récompensé par le Fonds national des arts, puis en 2006, elle signe El rey de los Centauros, son premier roman. Inés Garland va publier en mars à L’Ecole des loisirs Pierre contre ciseaux, un roman d’amour et d’apprentissage avec un coup d’Etat en toile de fond.

Publication en France :

Pierre contre ciseaux, traduit par Sophie Hofnung, L’Ecole des loisirs, 5 mars 2014.

 

Mempo Giardinelli

 

Né à Resistencia en 1947, il doit s’exiler au Mexique au moment de la dictature militaire. Quand il revient dans son pays en 1990, il crée une fondation destinée à développer la lecture et la solidarité sociale. Son œuvre a été traduite en vingt langues et a reçu de nombreux prix littéraires dans le monde entier. En France, bon nombre de ses nouvelles ont été traduites dans des revues, et plusieurs de ses romans ont été publiés.

Dernières publications en France :

Luna caliente, traduit par François Gaudry, Métailié, 2002. Première édition : Lune ardente, Messinger, 1987.

Les morts sont seuls, traduit par François Gaudry, Métailié, 2005.

Saint-office de la mémoire, traduit par Jacques Aubergy et Gérard Macia, L’Atinoir, 2012.

Des vies exemplaires & autres histoires, L’Atinoir, 10 mars 2014.

Fin de roman en Patagonie, traduit par Bertille Hausberg, Métailié, 13 mars 2014.

 

Gerardo Mario Goloboff

 

Poète, fondateur du groupe Poesia La Plata, Gerardo Mario Goloboff a créé et dirigé la revue de fiction Nuevos Aires. Exilé en France en 1973, il a enseigné la littérature latino-américaine à l’université de Toulouse, collaboré à plusieurs ouvrages collectifs et publié des essais sur Roberto Arlt, Jorge Luis Borges, ou encore Julio Cortázar. Il a publié plus d’une vingtaine d’ouvrages, qu’il s’agisse d’essais, de poésie, ou de romans.

Publication en France :

Chronique de la colombe, traduit par Albert Bensoussan, Actes Sud, 1988.

 

Martín Kohan

 

Professeur de lettres à l’université, Martín Kohan est né à Buenos Aires en 1967. Il est l’auteur de quatre romans, de deux livres de nouvelles et d’un essai sur Walter Benjamin. Critique littéraire, il collabore à plusieurs journaux et revues. Il a publié trois romans en France, toujours au Seuil.

Publications en France :

Dix-sept secondes hors du ring, traduit par Gabriel Iaculli, Seuil, 2007.

Sciences morales, traduit par Gabriel Iaculli, Seuil, 2010.

Le conscrit, traduit par Gabriel Iaculli, Seuil, 2012.

 

Alberto Manguel

 

Né à Buenos Aires en 1948, il a grandi en Israël - où son père était ambassadeur d’Argentine -, puis dans son pays natal. A l’âge de 16 ans, alors qu’il travaille dans une librairie, il fait la connaissance du grand écrivain argentin Jorge Luis Borges, rencontre qui marquera son existence tout entière. Alberto Manguel a résidé par la suite dans divers pays, notamment une vingtaine d’années à Toronto. Il s’est installé en France en 2001 et vit actuellement dans un village du Poitou. Essayiste, romancier, critique littéraire, éminent polyglotte et traducteur de réputation internationale, il a publié de nombreux ouvrages. Il a reçu le prix Médicis essai en 1998 pour Une histoire de la lecture (Actes Sud).

Dernières publications en France :

La bibliothèque, la nuit, traduit par Christine Le Bœuf, Actes Sud, "Babel", 2009.

Le livre d’images, traduit par Christine Le Bœuf, Actes Sud, "Babel", 2009.

Ça & 25 centimes : conversations d’Alberto Manguel avec un ami, L’Escampette, 2009.

Histoires classiques, Al Manar, 2010.

Un retour, traduit par Béatrice Arnal, Actes Sud, 2010.

Nouvel éloge de la folie : essais édits & inédits, traduit par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 2011.

Tous les hommes sont menteurs, traduit par Alexandra Carrasco, Actes Sud, "Babel", 2011.

Le voyageur & la tour : le lecteur comme métaphore, traduit par Christine Le Bœuf, Actes Sud, 2013.

M. Bovary & autres personnages, L’Escampette, 2013.

 

Guillermo Martínez

 

Après des études de sciences mathématiques, Guillermo Martinez, né à Bahia Blanca en 1962, va poursuivre sa formation à l’université d’Oxford. Revenu au pays, il se consacre à l’écriture et collabore au journal La Nación. Son roman Mathématique du crime est un best-seller qui a été publié en français en 2004 (Nil, réédition Robert Laffont en 2008) et adapté au cinéma en 2008 par Alex De La Iglesia sous le titre Crimes à Oxford.

Publications en France :

Mathématique du crime, traduit par Eduardo Jiménez, Robert Laffont, 2008, 1re éd. Nil, 2004.

La mort lente de Luciana B., traduit par Eduardo Jiménez, Robert Laffont, 2011, 1re éd. Nil, 2009.

La vérité sur Gustavo Roderer, traduit par Eduardo Jiménez, Nil, 2011. Paraît en "Pavillons poche" le 13 février 2014.

Moi aussi, j’ai eu une petite amie bisexuelle, traduit par Eduardo Jiménez, Nil, 13 février 2014.

 

Tununa Mercado

 

Née à Códoba en 1939, Tununa Mercado a publié son premier livre de récits, Celebrar a la mujer como a una pascua, en 1967. Plusieurs études critiques ont été faites sur certains de ses livres dans des universités américaines et argentines. Elle a donné des cours à l’université de Besançon puis elle a vécu au Mexique. Mémoire argentine est paru chez Sabine Wespieser en 2004.

Publication en France :

Mémoire argentine, traduit par Nicolas Goyer, S. Wespieser éditeur, 2004.

 

José Muñoz

 

Grand prix de la Ville d’Angoulême en 2007, José Muñoz est né en 1942 à Buenos Aires. Dès l’âge de 15 ans, il devient l’assistant du dessinateur de bande dessinée Francisco Solano Lopez. Quittant l’Argentine en 1972 pour l’Espagne, il rencontre Carlos Sampayo, argentin comme lui, féru de poésie et de littérature. Suivra une longue et fructueuse collaboration entre les deux hommes. En 1975 naît Alack Sinner, une BD qui fait vivre un New York sombre et presque irréel. En 1983, les deux auteurs évoqueront l’histoire de l’Argentine avec Sudor Sudaca (1986). Ses dernières œuvres sont disponibles chez Casterman et Futuropolis.

Dernières publications en France :

Les frontières, texte Jean-François Chabas, illustrations José Muñoz, Casterman, 2009.

Carlos Gardel : la voix de l’Argentine, texte Carlos Sampayo, illustrations José Muñoz. Futuropolis, 2010.

Carlos Gardel : la voix d’une autre Amérique, texte Carlos Sampayo, illustrations José Muñoz, Futuropolis, 2010.

L’homme à l’affût, texte Julio Cortàzar, illustrations José Muñoz, Futuropolis-Gallimard, 2010.

Alack, scénario Carlos Sampayo, illustrations José Muñoz, BDartiste, 2011.

Blancs et Noirs, Super loto éditions, 2011.

L’étranger, texte Albert Camus, illustrations José Muñoz, Futuropolis, 2012.

Encres, texte Fernando Bandini, Nuages-Champaka, 2012.

Le premier homme, texte Albert Camus, illustrations José Muñoz, Futuropolis, 2013.

Coffret Camus-Muñoz, texte Albert Camus, illustrations José Muñoz, Futuropolis-Gallimard, 2013.

 

Elsa Osorio

 

Née à Buenos Aires en 1953, Elsa Osorio est romancière, biographe, nouvelliste et scénariste pour le cinéma et la télévision. Elle est lauréate de plusieurs prix dans son pays natal, dont le prix national de Littérature pour Luz ou Le temps sauvage, son roman sur la dictature argentine. Son œuvre, également traduite en Allemagne et en Italie, est disponible en français chez Métailié.

Publications en France :

Luz ou Le temps sauvage, traduit par François Gaudry, Métailié, 2000. Paru chez Points en 2010.

Tango, traduit par Jean-Marie Saint-Lu, Métailié, 2007. Paru chez Points en 2010.

Sept nuits d’insomnie, traduit par François Gaudry, Métailié, 2010.

La Capitana, traduit par François Gaudry, Métailié, 2012. Réédition le 13 mars 2014.

 

Ricardo Piglia

 

Romancier, critique littéraire, essayiste et biographe, Ricardo Piglia est né en Argentine en 1940. Dès son premier roman, Respiration artificielle, écrit à l’époque de la dictature militaire, il est reconnu comme l’une des figures majeures de la littérature latino-américaine contemporaine. Couronnée par de nombreux prix internationaux, dont le prix Roger-Caillois qu’il reçoit à Paris en 2008, son œuvre est déjà largement traduite en Europe et aux Etats-Unis.

Publications en France :

Respiration artificielle, traduit par Isabelle et Antoine Berman, André Dimanche, 2000.

Argent brûlé, traduit par François-Michel Durazzo, André Dimanche, 2001. Paru chez J’ai lu en 2013.

Une rencontre à Saint-Nazaire, traduit par Alain Keruzoré, Meet, 2006.

Le dernier lecteur, traduit par André Gabastou, Bourgois, 2008.

La ville absente, traduit par François-Michel Durazzo, Zulma, 2009.

Cible nocturne, traduit par François-Michel Durazzo, Gallimard, 2013.

Pour Ida Brown, traduit par Robert Amutio, Gallimard, 6 mars 2014.

 

Claudia Piñeiro

 

Née à Burzaco en 1960, dans la province de Buenos Aires, Claudia Piñeiro est romancière, dramaturge et auteure de scénarios pour la télévision. Chez Actes Sud ont paru : Les veuves du jeudi (2009, prix Clarín), Elena et le roi détrôné (2011) et Bétibou (2013).

Publications en France :

Les veuves du jeudi, traduit par Romain Magras, Actes Sud, 2009.

Elena et le roi détrôné, traduit par Claude Bleton, Actes Sud, 2011.

Bétibou, traduit par Romain Magras, Actes Sud, 2013.

 

Lucía Puenzo

 

Auteure et réalisatrice, Lucía Puenzo est née à Buenos Aires en 1976. A 23 ans, elle écrit son premier livre, L’enfant poisson, qu’elle adaptera au cinéma dix ans plus tard. Un exercice qu’elle renouvelle avec son roman Wakolda dont elle tire le film Le médecin de famille, en compétition pour Un certain regard à Cannes, sorti en novembre 2013. Ses romans ont été traduits en Italie, en Allemagne, au Brésil et aux Etats-Unis. Son œuvre en français est disponible chez Stock.

Publications en France :

L’enfant poisson, traduit par Anne Plantagenet, Stock, 2010.

La malédiction de Jacinta, traduit par Anne Plantagenet, Stock, 2011.

La fureur de la langouste, traduit par Anne Plantagenet, Stock, 2012.

Wakolda, traduit par Anne Plantagenet, Stock, 2013.

 

Quino

 

Né à Mendoza en 1932, Quino est scénariste, dessinateur de bandes dessinées et auteur de dessins d’humour. Il est surtout connu pour avoir créé le personnage de Mafalda, une petite fille brune, et a reçu de nombreux prix et récompenses dans tout le monde hispanique. En 2014, Quino fêtera ses 60 ans de carrière et les 50 ans de son personnage Mafalda, apparu pour la première fois dans la presse argentine en 1964. Son œuvre immense est éditée chez Glénat.

Dernières publications en France :

Les vacances de Mafalda, Glénat, 2011.

Le club de Mafalda, Glénat, 2011.

Il était une fois Mafalda, Glénat, 2012.

Mafalda s’en va, Glénat, 2012.

Mafalda, intégrale : 50 ans, Glénat, 2014.

La petite philo de Mafalda. Ainsi va le monde !, P’tit Glénat, 2014.

La petite philo de Mafalda. La guerre et la paix, P’tit Glénat, 2014.

La petite philo de Mafalda. Comment va la planète ?, P’tit Glénat, 2014.

La petite philo de Mafalda. L’injustice, P’tit Glénat, 2014.

Quino : 60 ans d’humour, Glénat, 5 mars 2014.

 

Guillermo Saccomanno

 

Né à Buenos Aires en 1948, Guillermo Saccomanno a d’abord travaillé dans la publicité avant de devenir auteur de bandes dessinées. Il arrive plus tard à la littérature et s’y consacre désormais entièrement.

Publications en France :

77, traduit par Michèle Guillemont, L’Atinoir, 2012.

L’employé, traduit par Michèle Guillemont, Asphalte, 2012.

 

Samanta Schweblin

 

Née à Buenos Aires en 1978, Samanta Schweblin a étudié le cinéma et la télévision. Son premier livre de contes paraît en 2002 et obtient plusieurs prix en Argentine. Son second ouvrage, Des oiseaux plein la bouche, reçoit le prix Casa de las Americas et paraît en France en 2013 au Seuil. Traduite et publiée dans une vingtaine de pays, elle a été reconnue par la revue britannique Granta comme l’une des meilleures narratrices de langue espagnole.

Publication en France :

Des oiseaux plein la bouche, traduit par Isabelle Gugnon, Seuil, 2013.

 

Ana María Shua

 

Née en 1951, à Buenos Aires, Ana María Shua a publié son premier écrit, un recueil de poèmes, à l’âge de 16 ans. Depuis, elle a signé plus de quatre-vingts livres dans de nombreux genres : roman, nouvelle, microfiction, poésie, théâtre, littérature jeunesse, ou encore littérature comique. Elle a par ailleurs signé des scénarios et des essais. Son œuvre prolifique a été saluée par de nombreux prix nationaux et internationaux, dont la Bourse Guggenheim.

Publications en France :

La saison des fantômes, traduit par Anne-Marie Chollet, Cataplum éditions, 2010.

La mort comme effet secondaire, traduit par Philippe Poncet, Folies d’encre, 2013.

Botanique du chaos, Folies d’encre, 27 février 2014.

Sois patient, Folies d’encre, 27 février 2014.

 

Damián Tabarovsky

 

Né à Buenos Aires en 1967, Damián Tabarovsky est diplômé en sociologie de l’Ecole des hautes études en sciences sociales de Paris et a publié des essais et des romans. Il est par ailleurs éditeur à Interzona, l’une des plus jeunes et des plus inventives maisons d’édition de Buenos Aires.

Publications en France :

Bingo/les hernies, traduit par Nelly Lhermillier, Bourgois, 2007.

L’expectative, traduit par Nelly Lhermillier, Bourgois, 2007.

Autobiographie médicale, traduit par Nelly Lhermillier, Bourgois, 2010.

Souen Léger, d’après les données CNL/Salon du livre de Paris


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