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Aux Etats-Unis, la lecture de textes en formats numériques et les ventes d’e-books semblent avoir atteint un palier. Elles ont même reculé. Selon l'Association of American Publishers, la baisse des ventes de livres numériques grand public (« trade » », hors livres scolaires, universitaires et professionnels) aurait atteint 10% entre janvier et mai 2015. Notons ici que les chiffres publiés par l'AAP correspondent au chiffre d'affaires des éditeurs (vente directe, via des sites, aux libraires, statistiques des 1200 principaux éditeurs américains) et pas au total des ventes de détail.

60% des e-books achetés ne sont jamais ouverts

Il est difficile d’interpréter cette tendance du marché. Elle pourrait sonner la fin de la récréation, le déclin de l’enthousiasme pour une technologie nouvelle dont on apercevrait les limites, et qui se traduirait aussi par une baisse des ventes de liseuses. Selon le blogueur Michael Kozlowski, les gens achètent des livres numériques et ne les lisent pas ou peu : l’analyse des données de lecture par Kobo montre que 60% des e-books achetés ne sont jamais ouverts, surtout quand ces derniers ne sont pas chers. Y-a-t-il vraiment lieu de s’étonner de ce constat ? Ce n’est pas certain.

Le monde du numérique est le paradis (ou l’enfer) des achats d’impulsion. Il ne reproduit que partiellement les réflexes du monde physique : on peut mettre en réserve des livres déjà lus dans sa bibliothèque numérique, pour les « feuilleter » au hasard d’un moment de liberté, on peut réserver au numérique les achats de livres que l’on entend simplement parcourir. J’ajouterai enfin que pour ma part j’ai toujours une pile de livres à lire sur ma table de nuit, dont certains doivent parfois patienter longtemps avant d’être ouverts, victimes de phénomènes d’hystérésis (l'hystérésis, en économie, désigne la persistance d'un phénomène économique dont la cause principale a disparu. En économie de l’emploi, c’est le fait de patienter avant de trouver un emploi, le temps que les individus plus employables aient été embauchés, puis, alors que ce devrait être votre tour, se retrouver de nouveau à faire la queue derrière des demandeurs d’emploi nouvellement arrivés et donc moins suspects d’être inadaptés structurellement au marché) : des livres sont condamnés à se retrouver systématiquement en bas de la pile, et à n’être peut-être jamais lus. Avec le numérique, ce type de pratique tend à s'amplifier.

Hausse des prix

Autre facteur à l’origine de la baisse des ventes, il y a tout simplement les prix. Les prix des livres numériques ont fortement augmenté depuis un an aux Etats-Unis, et la sensibilité de la demande au prix est considérée comme élevée. Les cinq grands éditeurs (Penguin/Random House, Macmillan, Simon and Schuster, Harper Collins et Hachette) auraient fait passer brutalement, à la faveur de nouveaux contrats de distribution, les prix de certains e-books de 9,99 à 14,99 dollars.

Dernier élément, joue l'absence de prise en compte, dans les chiffres de vente publiés par l’AAP, de la consommation de livres autoédités. Une part de l’appétit pour le numérique va vers des produits qui ne sont pas proposés par le marché traditionnel, vers ce continent mal connu, où le pire voisine avec de rares pépites, où des marchés de niche viennent se loger, et qui entrent mal (ou pas du tout) dans les statistiques de l’AAP. Ce serait la part « ubérisée » de la production de livres, qui se traduit par des prix cassés, de la désintermédiation, et une forme de retour au capitalisme sauvage, indifférent aux critères de professionnalisation et de qualité qui ont prévalu auparavant.

L'uberisation du monde éditorial pointerait alors son nez à la marge, du côté de l'autoédition.

Commentaires (6)

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Nicolas Ragonneau

il y a 5 ans à 16 h 40

Analyse très intéressante. Les Japonais ont un terme pour désigner les livres qui s'empiles, attendant d'être lus : tsundoku.


N

Nicolas Ragonneau

il y a 5 ans à 16 h 41

qui "s'empilent" pardon


T

Tina Noiret

il y a 5 ans à 20 h 47

Chère Madame, Bien que ce thème me passionne, attirée par le titre clinquant, Je n'aime pas du tout votre article. Je trouve qu'il ne parle pas de son objet. Sous couvert de littérature numérique, vous parlez d'abord de la numérisation des livres traditionnels, nuance que le lecteur lamda ne relèvera pas, ce qui est un manque d'intégrité intellectuelle, et pour le reste vous poursuivez l'amalgame en décrétant qu'il s'agit d'une ubérisation, qui n'aura pas lieu ... Ce manque de respect pour nos livres et notre action, le contraire de cette "forme de retour au capitalisme sauvage, indifférent aux critères de professionnalisation et de qualité qui ont prévalu auparavant" dont vous nous accablez" ne plaide pas en notre faveur. #La Femme invisible http://www.amazon.fr/La-femme-invisible-Tina-Noiret-ebook/dp/B015VN2H6U/ref=cm_cr_pr_product_top?ie=UTF8


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patrick

il y a 5 ans à 13 h 59

dit-elle en faisant sa pub au passage...


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Thierry

il y a 5 ans à 10 h 22

Dommage que l'accentuation des titres ne soit ni pour aujourd'hui ni pour demain. On parle de supprimer dans certains cas l'accent circonflexe ; pas l'accent aigu. Cette "Uberisation de l'edition" ne ressemble à rien. Il n'y a donc pas de correcteurs à Livres Hebdo ?


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jean

il y a 5 ans à 23 h 20

Encore un article d'une bobo parisienne élitiste qui dénigre la vraie démocratie de l'édition et non plus les petits arrangements entre amis influents. Une chose est sûre, Internet est en train de tous vous balayer peu à peu, et vos chiffres truqués n'y changeront rien. Quand le changement est en marche, personne ne peut l'arrêter ...


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