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Mantegna, le génie de Padoue

Andrea Mantegna, Judith avec la tête d’Holopherne, Washington, National Gallery of Art, Widener Collection. - Photo Washington, National Gallery of Art/Widener Collection

Mantegna, le génie de Padoue

Une imposante monographie consacrée au grand peintre de la Renaissance padouan.

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Par Sean James Rose
avec Créé le 27.02.2014 à 22h16

"Renaissance florentine" est un pléonasme. Dans cette affaire d’invention d’un nouvel espace pictural avec point de fuite - la perspective -, tous les chemins mènent à Florence. Giotto, dès le début du XIVe siècle, introduit le naturel dans ses sujets, rompant avec les raideurs du gothique ; moins d’un siècle après sa mort, Masaccio révolutionne la peinture grâce à un modelé dramatique et un formidable sens du trompe-l’œil… Mais si l’essentiel s’est passé à Florence, tout ne s’y est pas passé. A Venise, ou plutôt dans ses terres à Padoue, conquise par la Sérénissime en 1405, naquit un génie du quattrocento : Andrea Mantegna. Mauro Lucco propose ici "une lecture possible" du Padouan, contemporain de Botticelli, qui fut à sa manière un parangon de la peinture de la seconde moitié du XVe siècle.

On a pu reprocher à Mantegna son obsession de l’antique et une virtuosité sans âme dans son application des lois de la perspective. Une vision, selon le grand historien de l’art italien Roberto Longhi (1890-1970), de "pierres froides veinées d’âpreté".Mauro Lucco n’est pas d’accord. De l’atelier de Squarcione à la cour de Mantoue en passant par Rome, Mantegna fait preuve d’un génie singulier. Ce fils de menuisier s’est "fait tout seul". Le séjour à Venise des Florentins Paolo Uccello et Andrea del Castagno, quelques années avant son essor en 1448 avec le retable aujourd’hui perdu de Santa Sofia, n’eut pas d’influence sur Mantegna. Cela dit, Padoue où il grandit fut grâce à son université un foyer des arts et des lettres - Pétrarque vint s’installer dans la région - et "l’humus" du futur auteur des fresques de La chambre des époux du palais ducal de Mantoue. Madone de la carrière avec un enfant Jésus à peine assoupi, le Saint Sébastien ou le célèbre Christ mort de la Pinacothèque de Brera "peint en raccourci" Chez Mantegna, la précision du trait s’allie à la modernité du traitement. Humaniste, Mantegna vise à une "œuvre totale" où rien n’est laissé au hasard : "L’image ne naît pas spontanément de l’inventivité, elle résulte d’une connaissance capillaire, infiniment ramifiée, de l’épisode à représenter […] mais aussi d’une curiosité presque scientifique à l’endroit de chaque chose, de chaque aspect du monde environnant." Beauté du détail qui fonctionne comme une ellipse et ouvre à la pensée d’un tout qui l’englobe : le pied d’Holopherne qui dépasse symbolise la puissance défaite du général assyrien décapité par Judith. S. J. R.

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