Best-sellers

Quelle relation entretenez-vous, en tant que libraire, avec les best-sellers ?

Le best-seller a un rôle : c'est un accélérateur commercial. Il déplace un large public, pas forcément celui qui pousse mes portes habituellement, et il permet de faire de la trésorerie rapide. Le seul talent que l'on demande alors au libraire, c'est de sentir rapidement ce qui peut devenir un best-seller, pour faire la juste commande en temps et en heure et être prêt quand les ventes flambent, et sentir quand les choses retombent, pour ne pas faire le réassort de trop. En fin d'année chez moi, il y a eu On va déguster l'Italie, de François-Régis Gaudry (Marabout), qui est clairement devenu le livre de Noël, Une terre promise, de Barack Obama (Fayard) et le tome V de L'arabe du futur (Allary). À un moment, une personne sur trois entrait pour Riad Sattouf. Le best-seller, ce n'est pas le fond de notre travail, mais cela nous permet à côté de prendre des risques, de pouvoir garder sur une table un titre de sciences humaines à quatre lecteurs, qui aura besoin de temps.

Les best-sellers d'aujourd'hui sont-ils différents, à votre sens, de ceux d'il y a dix ou vingt ans ?

À un moment, on vendait beaucoup de gros livres de fiction, des bluettes. Je suis très contente de vendre des livres avec du contenu, comme le livre d'Obama, ou plus récemment le magnifique Yoga, d'Emmanuel Carrère (P.O.L). Ce qui est clair c'est qu'il y a une concentration du goût du public sur quelques livres. 

Où placez-vous les meilleures ventes dans votre librairie ?

Dans mon magasin de 70 m2, j'ai fait une sorte de petite tour sur un escalier où je place les livres de littérature à fort potentiel commercial, David Foenkinos, Raphaëlle Giordano, et j'ai à côté une table de littérature. Il faut que mes clients puissent aller vers ces titres sans crainte. La vocation première du libraire c'est de ne jamais se mettre en travers du désir d'un lecteur. Nous n'avons surtout pas à juger. On accompagne, pour les diriger éventuellement vers d'autres livres un peu plus exigeants mais qui correspondent à leur goût. En revanche, je regrette que l'on réduise aujourd'hui l'impact des livres aux quantités vendues, alors qu'il y a des livres immenses qui se vendent moins. Avant, c'était presque suspect de vendre, cela voulait dire qu'on avait fait beaucoup de concessions pour plaire au plus grand nombre. Aujourd'hui, on veut tout bestselleriser, tout people-iser, on parle de qui l'a fait, mais pas du style, du texte.

Y a-t-il encore de la place pour les best-sellers imprévus, qui ne sont pas marketés, programmés pour se vendre en très grandes quantités ?

Bien sûr, il y a encore de la place pour le conseil du libraire. À mon niveau, j'ai fait des best-sellers de titres qui étaient de vrais coups de cœur, mais pas forcément très commerciaux. Comme Tempêtes et naufrages, de Vernet à Courbet, par exemple, un très beau livre d'art publié en lien avec une exposition au Musée de la vie romantique. On place certains titres auxquels on croit à côté d'autres, plus médiatiques ou remarqués. Les gens sont persuadés d'avoir fait une découverte. Et c'est le cas ! On les a juste guidés.


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