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McDonald's, premier distributeur de littérature jeunesse ?

Stand McDonald's au salon du livre et de la presse jeunesse Montreuil. - Photo Olivier Dion

McDonald's, premier distributeur de littérature jeunesse ?

La chaîne de fast-food confirme son intention d'offrir de plus en plus de livres à ses petits clients. Culture washing ou aubaine pour auteurs et éditeurs ?

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Par Sylvie Fagnart ,
Créé le 27.02.2022 à 10h30 ,
Mis à jour le 28.02.2022 à 16h42

Les chiffres donnent le vertige. McDonald's annonce avoir offert, depuis 2015, 80 millions de livres, avec ses menus enfants. Soit 18 millions par an. Cela n'en fait pas le premier distributeur jeunesse, comme la multinationale du fast-food veut le croire un peu vite. Les derniers chiffres de ce secteur de l'édition, rendus publics en novembre dernier par l'institut GfK, tournent plutôt autour des 74 millions d'exemplaires vendus sur dix mois. Mais les « livres McDo », fruits d'une collection originale lancée avec Hachette, représentent tout de même plus de 13 % du volume global des ouvrages vendus en France en jeunesse.

Une proportion amenée à encore augmenter ? La marque au M jaune a, en tout cas, ajouté à son opération « Un livre ou un jouet » une action supplémentaire autour du livre : les « mercredis à lire ». Depuis septembre 2020, chaque premier mercredi du mois, les enfants reçoivent un album avec leur Happy Meal. Un bonus, offert en plus du traditionnel cadeau choisi par les petits clients : un gadget désormais en carton ou papier ou, donc, depuis 2015, un livre.

Souffle bienvenu

Ces albums en cadeau « ont déjà connu une première vie en libraire », détaille Yannick Augrandenis, en charge des relations publiques de la chaîne de restaurants. Dans la sélection, des ouvrages édités initialement par différentes maisons : Actes Sud Junior, Kaléidoscope, Albin Michel Jeunesse, Deux Coqs d'Or, Seuil Jeunesse... Des titres sélectionnés par un comité d'experts. « Nous ne voulions pas jouer ce rôle et prendre le risque de privilégier un éditeur », indique Yannick Augrandenis. Parmi les têtes connues : Marcel Rufo, Anna Cabana ou Nathalie Le Breton. Mais aussi des représentants du Centre national du livre ou de la Bibliothèque nationale de France.

McDo communique sur 300 000 exemplaires donnés chaque mois, dans le cadre des « mercredis à lire ». Une aubaine pour les éditeurs, comme pour les auteurs. « Un souffle bienvenu  », confirme Thierry Magnier. Trois ouvrages, initialement parus dans les maisons qu'il chapeaute au sein d'Actes Sud Junior, font partie de la liste proposée.

Somme convenable

« 300 000 exemplaires de son livre donnés, à des enfants de tous les milieux sociaux : notre autrice Rocio Bonilla a été enchantée. Elle ne s'est pas posé de questions autour de McDo », ajoute Florent Grandin, cofondateur des éditions du Père Fouettard, dont De quelle couleur sont les bisous ? a été distribué en avril 2021.

Au-delà du large cercle que peuvent espérer toucher auteurs et éditeurs - « Je suis persuadé que 80 % des enfants concernés ne vont pas en librairie », affirme ainsi Thierry Magnier - l'argument pécuniaire fait aussi mouche. Personne, d'un côté comme de l'autre, ne veut dévoiler la nature du deal. « Une somme absolument convenable », assure l'éditeur de chez Actes Sud, dont les auteurs perçoivent la moitié, car il s'agit de produits dérivés et non pas de droits d'auteur. En 2018, le stand accordé à l'entreprise au salon du livre de Montreuil avait fait grincer plus d'une mâchoire. Des grands noms de la littérature jeunesse, au premier rang desquels Claude Ponti, avaient alors vivement protesté contre la présence du « Malbouffeur ». Aujourd'hui, assène-t-on du côté de McDonald's, « aucune maison d'édition n'a refusé qu'un de ses titres fassent partie de la sélection »

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