Entretien

Michel Wlassikoff : "L'objet livre est un objet graphique par excellence"

Michel Wlassikoff - Photo DR

Michel Wlassikoff : "L'objet livre est un objet graphique par excellence"

A l'occasion de la sortie, revue et augmentée, d'Histoire du graphisme en France, Michel Wlassikoff partage sa vision du métier et les évolutions qu'il a identifiées ces dernières années.  

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Par Pauline Gabinari,
Créé le 10.06.2021 à 18h28,
Mis à jour le 14.06.2021 à 14h26

Historien, chercheur et spécialiste du graphisme, Michel Wlassikoff publie le 11 juin une version revue et augmentée d'Histoire du graphisme en France (Musée des Arts Décoratifs/Editions Dominique Carré). L'ouvrage comprend un chapitre supplémentaire pour les années 2005 à 2020 et un enrichissement du dernier chapitre. Il s'est confié à Livres Hebdo pour nous partager ses impressions sur l'évolution du graphisme et la forme qu'il a pris ces dernières années.  

Pourquoi vous a-t-il paru nécessaire d'ajouter ce dernier chapitre concernant les années 2005 à 2020 ?

Depuis les premières publications d'Histoire du graphisme en France, j'ai participé à des ouvrages collectifs, donné des conférences, écrit… je voyais un peu tout ce qui se passait. Le domaine de la typographie était en pleine mutation, les logiciels de PAO très présents… En 15 ans beaucoup de choses avaient évolué et il m'a paru essentiel d'en tenir compte dans un nouveau chapitre.

Ce chapitre débute en 2005, cela semble une période charnière ?

2005 marque un changement dans la pensée du graphisme même s'il ne s'agit pas d'une bascule à proprement parler. Dans les années qui ont précédé, les logiciels utilisés en graphisme et en typographie ont créé une sorte d'engouement pour le "dessin de lettre" et la recherche de formes un peu tarabiscotées. A l'inverse, vers 2004 et 2005, les graphistes ont souhaité revenir aux fondamentaux. Ils n'ont pas voulu effacer ce qui a été fait mais franchir un cap en assagissant le délire typographique et en revenant à une forme de fonctionnalisme.

Et aujourd'hui, qu'en est-il ?

Il y a eu une vraie émulation ces dernières années. De plus en plus de graphistes sont passés par des cursus pointus enseignés en école d'art et ont été enrichis par les échanges scolaires réalisés avec d'autres pays. Aujourd'hui, on a une véritable pléiade de jeunes créateurs et créatrices reconnus et présents dans les grandes manifestations dédiées au graphisme. Il y a aussi beaucoup plus d'interpénétration entre graphisme et création de caractères. La typographie devient une vraie valeur ajoutée.

 

Extrait d'Histoire du graphisme en France

L'édition emprunte-t-elle la même voie ?

Il y a une tradition d'un bon graphisme dans l'édition française. C'est un phénomène de longue date qui ne s'est jamais perdu. Que cela soit Pierre Faucheux avec Le livre de Poche ou Robert Massin avec Gallimard, l'édition a toujours été fondamentale. Cette attention qu'ils portaient au graphisme dans le livre est toujours présente en 2020. Je dirais donc plutôt que dans l'édition cela s'est renouvelé grâce au numérique.

Comme vous l'évoquez, les années 60/70 sont marquées par l'arrivée du livre de poche dont la promotion se fait en grande partie par un graphisme audacieux. Cette volonté est-elle la même aujourd'hui ?

S'il y a eu cette percée-là à cette époque, c'est à cause d'un contexte très particulier et on ne peut pas dire qu'il soit le même de nos jours. Aujourd'hui, il n'y a pas cet engouement pour le livre de poche. En revanche, la peur que le livre disparaisse au profit du numérique s'est estompée.

Par quels biais ?  

Les éditeurs de beaux livres, notamment, ont montré que rien au monde ne pourra remplacer cette qualité absolue de l'objet livre qui est un objet graphique par excellence. Cette résistance intrinsèque démontre la création de ressources en faveur du livre papier qui n'avaient pas été imaginées il y a une vingtaine d'années. C'est ça qui sert de locomotive au livre aujourd'hui.


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