Dans la cour de la cité scolaire Françoise-Combes, à Montpellier (Hérault), les participants discutent et rient autour d’un café avec la familiarité de ceux qui se connaissent depuis longtemps. Pourtant, beaucoup viennent de loin et se rencontrent pour la première fois, réunis par une même conception de leur commerce. Elles sont 32, sur les 56 librairies coopératives françaises, à avoir répondu présentes à l’invitation de La Cavale, à l’origine de ces premières Rencontres nationales.
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« On est persuadés que des liens nous unissent », explique Marguerite Cros, coprésidente de la librairie organisatrice, lors de son discours de bienvenue. Préparé depuis deux ans, l’événement doit permettre de « coconstruire ces échanges ». Pour préserver l’activité des librairies, les organisateurs ont d’ailleurs choisi de ne pas programmer la rencontre un samedi.
Des réalités différentes, des questions communes
Le dimanche matin, donc, une table ronde consacrée à la singularité des projets et des territoires introduit ces rencontres. Trois librairies de tailles variées sont invitées à échanger sur leurs singularités, suscitant quelques réactions amusées dans l’auditorium. Lorsque Philippe Pelade, de la librairie clermontoise Les Volcans, évoque une organisation à l’échelle d’une PME, l’assemblée rappelle que toutes les librairies ne disposent pas des mêmes moyens. L’évocation d’une part sociale de 7 500 euros déclenche notamment quelques rires.
Les libraires sont invités à inscrire leurs idées et pistes de réflexions sur un post-it collé ensuite sur « La fenêtre sur l’avenir »- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Si la diversité des structures et des territoires représentés a nourri les échanges, certains participants auraient souhaité une représentation plus équilibrée des modèles coopératifs. Les librairies présentes comptaient en effet majoritairement des sociétés coopératives d’intérêt collectif (Scic), souvent de grandes structures réunissant plusieurs centaines de coopérateurs. À titre de comparaison, les Scic associent différentes parties prenantes (salariés, bénévoles, collectivités ou partenaires) autour d’un projet commun, tandis que les sociétés coopératives et participatives (Scop) sont détenues majoritairement par leurs salariés.
Les territoires, entre défis et opportunités
Implantés en zones rurales pour la plupart, les différents établissements confrontent également les réalités de leur territoire. À Châteaulin (Finistère), La Maison qui pousse doit composer avec le recul de la fréquentation de son centre-ville. À Montpellier, La Cavale a, de son côté, bénéficié de la disparition de Sauramps, qui a contribué à renforcer son activité dans le quartier des Beaux-Arts.
Durant les quatre ateliers de l’après-midi, ces expériences trouvent un écho dans les préoccupations d’autres libraires. Hausse des charges et des loyers, pression sur les marges, multiplication des nouveautés et charge de travail qui en découle, mais aussi baisse du pouvoir d'achat. « Les gens peuvent se priver de livres, mais pas d’essence », relève un participant.
Les échanges ne s’arrêtent pas au constat. Diversifier les activités, développer le livre d’occasion, renforcer les partenariats locaux ou mieux travailler les réseaux sociaux... Les possibilités d'évolution sont discutées à partir des expériences de chacun.
Des pistes pour la suite
Après une rencontre littéraire proposée par l’autrice Pauline Picot, la première journée se conclut autour d’un apéritif réunissant participants et représentants institutionnels.
Fadelha Benammar-Koly, conseillère régionale d’Occitanie, rappelle que la région soutient la filière du livre à hauteur de 1,3 million d’euros et insiste sur le rôle des librairies dans la vie des centres-villes. « Il est urgent d’être aux côtés de la filière », souligne-t-elle. Boris Bellanger, adjoint au maire de Montpellier, espère que ces rencontres s’inscriront dans la durée : « J’espère que naîtra un réseau pour que la démocratie et le débat citoyen puissent perdurer. » Fatima Bellaredj, déléguée générale de la Confédération générale des Scop et des Scic, salue de son côté l’événement. « Cela démontre bien que le statut coopératif est bien adapté au développement et à la sauvegarde des librairies », estime-t-elle.
Puis, vient enfin le temps du bilan. Le lundi matin, les participants se retrouvent dans l’auditorium pour restituer les travaux de la veille et dégager des priorités. Après plus d’une heure de discussions animées, plusieurs pistes finissent par émerger : création d’outils communs de communication, recensement des ressources et des pratiques autour du bénévolat, développement des formations et renforcement de la représentation politique des librairies entre autres.
L’équipe de la Cavale entoure Marguerite Cros (au micro) dans l'auditorium- Photo LOUISE AGEORGESPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Enfin, les participants souhaitent prolonger cette dynamique par des rencontres régulières et des visites entre librairies. La rédaction d’un manifeste pour formaliser leurs valeurs communes est également envisagée. Quant à la prochaine édition, la Bretagne est pressentie pour l’accueillir, au regard du nombre de librairies coopératives implantées dans la région, même si rien n’est encore arrêté.


