Roman/France 21 août Hélène Gaudy

Si l'on rapproche parfois le roman du septième art, par le traitement dynamique de l'histoire, la fiction est sans doute plus proche encore de la photographie. L'image fixe interroge tant la présence de ce qui est photographié qu'elle est le meilleur support du rêve, et, partant, de la fiction. La bonne photographie dit plus que ce qu'elle montre, la vraie écriture dit au-delà des lignes, permet les lignes de fuite.

Dans Un monde sans rivage, Hélène Gaudy nous plonge dans un mystère vieux de plus d'un siècle. En 1897, l'ingénieur et aéronaute suédois Salomon Andrée et ses compatriotes, l'ingénieur Knut Frænkel et le photographe Nils Strindberg, partent en ballon pour le pôle Nord, ils ne reviendront jamais. Pendant trois décennies, l'expédition arctique disparue demeure une énigme. A l'été 1930, à la suite d'une fonte des glaces opportune, voilà qu'on découvre sur l'île Blanche, dans l'archipel le plus septentrional de la Norvège, le Svalbard, les vestiges de la mission - des pellicules et un journal. On développe les négatifs. Des hommes apparaissent sur les clichés, tels des spectres revenus hanter ceux qui leur auront survécu, notamment Anna, l'amoureuse de Nils, mariée depuis à un Britannique. Elle se souvient de Nils comme de la promesse d'une union : « Peut-être que, tout juste fiancés, ils n'ont pas eu le temps de savoir ce que créaient leurs peaux l'une contre l'autre [...]. Peut-être n'a-t-elle jamais connu ce qui lui manque, vide encore plus cuisant de ne savoir par quoi il aurait pu être comblé, la vouant à imaginer, toujours, la peau de Nils quand elle touchera celle de son mari anglais, à chercher sous ce corps-là les formes qui se sont envolées. » Dans la mort elle rejoindra l'amour de sa jeunesse. Selon ses dispositions testamentaires, son cœur est prélevé et disposé près des cendres de Nils.

Il y a aussi le journal d'Andrée et ses observations : une espèce de serpent inconnue, longue de 10 à 12 mètres, « d'un jaune sale » ; « la meilleure façon de sécher ses bas, c'est encore de les mettre sur ses pieds ».Le corps de Frænkel qu'on n'a pas retrouvé, les traces de personnages qui sont passés par le Svalbard, Léonie, maîtresse de Victor Hugo...De ce territoire gelé, pris dans les blancheurs de l'oubli, l'auteure dePlein hiver(Actes Sud, 2014), où il était question du retour d'un absent, tisse des récits de vie contre l'effacement et interroge le profond mystère des êtres au monde.

Hélène Gaudy
Un monde sans rivage
Actes Sud
Tirage: 5 500 EX.
Prix: 21 euros ; 320 p.
ISBN: 9782330124946

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