Une nouvelle maison d'édition qui entend faire dialoguer les livres et la musique. Installée dans les monts du Lyonnais (Rhône) et animée par le chanteur jeune public Jean René, né en 1953, Noire Pointée publiera ses deux premiers titres le 20 août prochain : À regarder la mer, récit de voyage signé par son fondateur et ponctué de 15 chansons accessibles par QR codes, et Avec le temps, Léo, de Didier Pobel, consacré à Léo Ferré.
Prolonger le plaisir de lecture
Le nom de la maison vient du solfège. « Quand on rajoute un point à une note, peu importe qu'elle soit noire, blanche ou ronde, on prolonge sa durée de moitié », explique le fondateur, joint par Livres Hebdo. Il y voit une symbolique : « La vie des livres est tellement courte qu'on peut imaginer que le livre durera dans la tête des gens un peu plus longtemps, la moitié de la lecture normale. »
Ancien créateur de chansons pour enfants, à travers des disques et des spectacles, Jean René a aussi dirigé une maison jeunesse, Bulles de Savon, forte d'environ 75 titres et de signatures comme Jean-Claude Carrière ou Jacques Bonnaffé. « C'est un peu dans mon ADN », résume l'éditeur, les livres et les mots l'ayant toujours motivé. Selon lui, le panorama éditorial actuel laissait peu de place à ce croisement entre texte et musique, qui pourra à l'avenir s'ouvrir à tous les genres et à toutes les formes.
Le logo de Noire Pointée, maison d'édition dédiée à la littérature et à la musiquePour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Des chansons intégrées au récit
À regarder la mer raconte un voyage le long des côtes françaises, ponctué de 15 chansons puisées dans la jeunesse de l'auteur, de Barbara à Georges Brassens en passant par Alain Souchon et Maxime Le Forestier. Les titres sont accessibles au fil des pages grâce à des QR codes, pour une écoute au rythme du récit. « C'est un pas de côté pour moi, puisque je reprends des chansons qui ne sont pas de moi, à ma façon, et surtout qui ont un sens dans le récit de mon voyage », détaille Jean René. « L'idée, c'est qu'elles ne tombent pas comme ça, mais qu'elles soient intégrées soit à mon histoire, soit au lieu. » Ainsi, l'étape de Sète est associée à Brassens.
Compositeur, Jean René revendique un soin particulier porté à l'habillage sonore, qu'il juge souvent négligé chez les grands éditeurs de livres audio. « Il ne s'agit pas de couper la lecture, mais de faire en sorte que ce soit un plus qui aille dans le même sens », précise-t-il. Publier son propre récit pour lancer la maison relève, à ses yeux, de la cohérence : courante en musique, la posture d'auteur éditeur reste rare dans le domaine littéraire. « On en a parlé avec quelques éditeurs, ils trouvaient ça bien, mais ça ne rentrait pas dans leur collection », rapporte-t-il, avant d'ajouter : « Ce n'est pas pour me mettre en avant, mais pour faire un lien avec ma carrière d'avant, qui forme une sorte de continuité. » Le livre se prolongera par une rencontre musicale en librairie, guitare à l'appui, et par un seul en scène, que l'auteur espère présenter à Avignon l'an prochain.
Les deux premiers titres de Noire Pointée, «À regarder la mer» de Jean René et «Avec le temps, Léo» de Didier Pobel, paraissent le 20 août 2026.- Photo NOIRE POINTÉEPour télécharger ce document, vous devez d'abord acheter l'article correspondant.
Un catalogue resserré et un second volet audio
Noire Pointée vise un rythme de quatre à cinq titres par an, complété par des livres audio numériques lus par leurs auteurs. Parmi les projets, un livre audio réalisé avec Jean-Claude Carrière, que Jean René souhaite intégrer une fois les droits récupérés. La maison compte aussi publier des textes de son fils, l'écrivain Pierre Ducrozet. Ce dernier avait déjà tissé un lien avec la musique dans son roman Variations de Paul (Actes Sud). Il figure cette année dans la rentrée littéraire 2026 avec Éden (Actes Sud), en librairie le 19 août. « On a envie de proposer un livre audio clé en main à des éditeurs qui voudraient s'y mettre mais n'en ont pas les capacités. », détaille Jean René.
Côté fabrication, les couvertures sont illustrées par Sylvie Serprix, qui collabore avec Le Monde et Libération, tandis que l'identité graphique est confiée à une maquettiste installée à Barcelone, déjà à l'œuvre du temps de Bulles de Savon. « Comme je vais éditer peu de livres, je voudrais que l'ensemble donne l'impression d'une collection », précise l'éditeur.
Les premiers tirages, imprimés par le façonnier régional Sepec, se situent entre 1 000 et 2 000 exemplaires, l'impression réactive permettant d'éviter les stocks. La diffusion passe par Amalia, à Montpellier, spécialisé dans la petite édition indépendante, le volet numérique étant assuré par un groupe allemand, sur un marché du livre audio plus mûr outre Rhin. Après ce récit maritime et cet hommage à Léo Ferré, d'autres titres sont déjà en préparation, première étape d'un catalogue où chaque livre cherchera sa propre partition.


