Le verdict est rude. Parmi les candidats à la reprise de Virgin, qui avaient jusqu’au 5 avril pour déposer leurs dossiers auprès de l’administrateur chargé du redressement judiciaire de l’entreprise, aucun n’a présenté une offre globale, aucun n’appartient au secteur culturel et aucun n’est intéressé par le vaisseau amiral des Champs-Elysées à Paris. « Je suis très déçue », déclarait laconiquement, lundi 8 avril, Christine Mondollot, P-DG de l’enseigne. L’offre la plus conséquente émane de Rougier & Plé avec la reprise de 11 magasins sur 26 (1), 285 salariés… et la marque Virgin. Le fournisseur de matériel pour les métiers d’arts graphiques et pour les loisirs créatifs poursuivrait alors une partie des activités de distribution de produits cuturels, sans plus de précision sur le sort du livre. Trois autres offres portent chacune sur la reprise d’un seul magasin : le gérant de l’Espace culturel Leclerc de Bayonne s’est porté acquéreur du Virgin de sa ville, le groupe de prêt-à-porter Zara est intéressé par celui de Lyon, et le magasin de Barbès à Paris (18e) a suscité une candidature dont l’identité n’a pas été révélée. Enfin, le bailleur Unibail a proposé de racheter ou de résilier à l’amiable les baux de quelques points de vente dont celui de Carré Sénart, en Seine-et-Marne, magasin qui intéresse aussi Rougier & Plé. A ce stade, les offres sont brutes et certaines sont encore conditionnelles. Inquiet d’une reprise de l’établissement de Carré Sénart par Rougier & Plé, le Furet du Nord, qui a annoncé son implantation d’ici à la fin de 2013 dans le centre commercial francilien, a appuyé l’offre d’Unibail en s’engageant à reprendre une partie des salariés de Virgin.
En attendant la réunion du comité d’entreprise le 12 avril, la direction de Virgin se refuse à tout commentaire. Plus diserts mais amers, les représentants syndicaux ont le sentiment que les candidats présumés du secteur culturel se sont abstenus et « attendent la liquidation pour ramasser des magasins à moindre coût ». Mais surtout, inquiets pour l’avenir des 1 000 salariés, ils appellent à la mobilisation pour demander aux actionnaires de Virgin, Butler Capital Partners (à 74 %) et Lagardère (à 20 %), de financer un plan de sauvegarde de l’emploi « à la hauteur de la situation ». L’intersyndicale invite même les magasins à bloquer les stocks de livres d’Hachette, filiale de Lagardère. Pendant ce temps, Patrick Zelnik, patron du label Naïve, seul candidat officiel à la reprise de Virgin lors de sa mise en redressement judiciaire et aujourd’hui absent des repreneurs, affirme, dans un communiqué envoyé le 8 avril à l’AFP, continuer à travailler sur l’élaboration d’une offre, charge à l’administrateur de l’estimer, ou non, « encore recevable » sachant que la fin de la procédure est prévue le 23 mai. Clarisse Normand
(1) L’offre de Rougier & Plé porte sur les établissements de Rennes, Plan de Campagne, Avignon, Dunkerque, Paris (sur les grands boulevards et à Barbès), La Défense RER, Nice, Carré Sénart et Saint-Quentin.
